
Le travail que l'on va lire est issu de ma thèse de doctorat (Études sur la Bible grecque des Septante: 1 Esdras) soutenue le 10 janvier 1997, devant MM. Gilles Dorival (professeur à
l’Université de Provence,
Institut Universitaire de France
), Jan Joosten (professeur à
l’Université de Strasbourg II
), Francis Schmidt (directeur d’études à
l’EPHE
, 5e section) et Pierre Villard (professeur à
l’Université de Provence). Ce travail a obtenu la mention très honorable, avec félicitations du jury; il s’inscrivait dans l’entreprise de traduction commentée de la Septante,
La Bible d'Alexandrie aux éditions du CERF
, sous la direction de Marguerite Harl. La forme de cette collection, sa présentation, mais surtout le dessein dans lequel elle est éditée informent donc largement ce travail, qui a principalement pour objet de permettre une lecture de la Septante dans ce qu’elle a de spécifique. On fait d’abord le point sur la réception de cet apocryphe: son rejet par saint Jérôme et une partie de la tradition; le problème de la canonicité et le vocabulaire utilisé pour désigner les livres extérieurs au canon (apocryphes, pseudépigraphes et deutérocanoniques); la réception du livre chez Flavius Josèphe et les Pères de l’Église. Il ressort de cela que jusqu’à saint Jérôme le livre d’Esd.A’ a joui d’une réputation tout à fait honorable, qui fait qu’on le cite à côté des livres les plus prestigieux de la Bible. Le canon biblique, défini par les pharisiens, qui incluait certainement Esd.A’ dans les Écrits, montre que le rejet d’Esd.A’ doit être attribué à saint Jérôme. On montre ensuite qu’Esd.A’ est la traduction d’un texte protomassorétique rédigé en hébreu et en araméen. Les leçons des diverses traditions manuscrites, et en particulier celles issues d’erreurs de lecture de l’hébreu ou de l'araméen, montrent que le texte traduit par Esd.A’ était écrit en caractères proches de la cursive araméenne d’Éléphantine. L'examen comparatif des ressemblances et des divergences que présentent les textes montre clairement que les deux versions grecques traduisent un texte (hébreu ou araméen) dont la structure consonantique est la même. Voici, à titre d'exemple, les traductions (volontairement très littérales) du début de la prière qu'Esdras prononce quand il apprend l'affaire des mariages mixtes:
La traduction grecque d’Esd.A’ date du dernier tiers du second siècle av.J.C., comme le montrent certains éléments du vocabulaire. Une étude statistique des mots employés dans la Septante révèle des parentés évidentes avec l’historien Jason de Cyrène, dont l’œuvre a été résumée par celui que l’on appelle « l’abréviateur » de 2Maccabées. La traduction est donc d’origine égyptienne; elle se caractérise par un souci constant de privilégier les tours proprement grecs, à l’inverse de celle d’Esd.B’ qui décalque l’hébreu très servilement. On étudie ensuite les nombreux problèmes que pose la composition du livre. Après une esquisse de reconstitution de la chronologie interne d’Esd.A’, et après avoir exposé les diverses difficultés que soulève cette chronologie très chaotique, on donne une interprétation de cet apparent désordre: la chronologie a été bouleversée à dessein afin de souligner à quel point les souverains achéménides ont toujours été favorables à la nation juive. On passe ensuite en revue les éléments principaux du livre, en en donnant une interprétation d’ensemble: La Pâque du roi Josias: au rebours de la tradition, Esd.A’ montre les défauts de cette Pâque, qui aboutira à la déportation de Babylone; cet épisode sert de faire-valoir à la réforme d’Esdras qui sera au contraire en tout point conforme à la Loi. L’étude des successeurs de Josias dans les diverses traditions historiques révèle que cette partie de l’histoire a été dès le départ trafiquée afin de donner telle ou telle inflexion à l’image de la royauté. Les documents officiels de l’administration perse sont assez nombreux dans le livre; on examine leur valeur historique et leur utilité dans l’économie du récit. Le concours des trois gardes du corps de Darius est un élément original du livre d’Esd.A’. La comparaison avec la version qu’en donne Flavius Josèphe montre qu’il ne s’agit pas d’un ajout en grec, mais d’un texte, en hébreu ou en araméen, qui a disparu ensuite du texte massorétique. Rapproché de textes empruntés au vieux fonds mythologique indo-iranien, le récit de ce concours s’avère très proche d’autres récits traitant de rites de passage propres à restaurer le pouvoir royal. Ce récit a sans doute été adapté par les Achéménides à des fins de propagande; récupéré par les Juifs de la diaspora, il contribue à donner une bonne image d’Esdras, en face des deux autres réformateurs du livre, Josias et Néhémie, le grand absent du livre. Les listes de recensement sont très importantes quantitativement dans le livre. Après un examen des aspects principaux des trois grandes listes du livre, on pose le problème de l’utilité de ces listes: elles sont l’image d’Israël, ouvert aux étrangers, mais fermé à l’impur. La répression des mariages mixtes pose problème dans tous les textes, car les coupables d’exogamie auraient dû normalement être punis de mort, ce qui n’est pas le cas. Néanmoins, divers indices, dans le vocabulaire, suggère qu’il y a eu (ou qu’il aurait dû y avoir) une élimination physique des femmes étrangères avec leurs enfants, ainsi que des Juifs qui les ont épousées. Les Lévites et les prêtres: le livre est fondé sur une montée en puissance des Lévites, considérés comme l’élite, au détriment des prêtres fils d’Aaron. Au sacrifice sanglant qui est l’apanage des prêtres aaronides dont le recrutement est fonction de l’appartenance à ce groupe par naissance, est substituée la lecture de la Loi par les Lévites, lesquels sont recrutés non pas en fonction de leur naissance, mais de leur connaissance de la Loi (écrite et orale). Les trois personnages, piliers de l’œuvre, Josias, Zorobabel et Esdras. Est posé le problème de l’existence historique d’Esdras, qui est remise en question par un certain nombre d’indices; ce personnage aurait alors en ce cas été forgé de toutes pièces, afin de devenir le champion des idées pharisiennes sur la transmission et l’enseignement de la Loi, écrite et orale.
Le premier livre d'Esdras, communément appelé "l'Esdras grec", est un livre de la Septante, cette traduction grecque de la Bible hébraïque grâce à laquelle le livre sacré des Juifs s'est répandu dans tout le bassin méditerranéen.
Son titre dans la Septante est Esdras A' (c'est-à-dire Esdras 1 dans la numérotation grecque), pour le distinguer d'Esdras B', le second livre d'Esdras, beaucoup plus proche du texte hébreu qui nous est parvenu. A ce titre, Esdras A' est un apocryphe, un livre qui a été exclu du canon biblique tel que nous le présente le recueil de textes hébreux que nous appelons l'Ancien Testament.
Le judaïsme tel que nous le connaissons (avec la lecture de la Loi se substituant au sacrifice sanglant) est directement issu de ce livre méconnu. Mais, à l'opposé de pratiques exégétiques qui aboutissent à une tradition intellectuelle remarquable, ce texte peut également servir de base à l'intégrisme le plus radical, puisqu'il prône ouvertement la nécessité d'une pureté ethnique, éventuellement assortie de ce qu'il faut bien appeler (dans ce livre du moins) une purification ethnique...
Le livre couvre une période qui s’étend environ de -622 à -397. Il s’ouvre avec la Pâque célébrée par le roi Josias; il continue avec le récit de sa mort et la succession des rois qui ont suivi avant la déportation de Babylone (chapitre I). Le chapitre II évoque l’intervention de deux souverains perses, Cyrus qui libère les Juifs et un Artaxerxès qui, à la demande des Samaritains, s’oppose à la construction du temple.
Les
chapitres III et IV
sont une partie originale qui raconte un concours entre trois gardes du corps de Darius: le vainqueur de ce concours s’avère être Zorobabel qui demandera en récompense à Darius que l’on reconstruise le temple de Jérusalem. Les chapitres V à VII racontent les circonstances dans lesquelles le temple, malgré diverses difficultés, a pu être rebâti et fonctionner normalement. Les chapitres VIII et IX sont consacrés à la mission d’Esdras qui se caractérise principalement par le recrutement de Lévites compétents, l’expulsion des femmes étrangères que les Juifs ont pu épouser et l’instauration de la lecture de la Loi.
Tous ces éléments, hormis le concours des gardes de Darius, ont leur correspondant dans le deuxième livre des Paralipomènes et Esd.B’.


Cependant, comme il n'était pas question pour les éditions du CERF de publier in extenso une thèse de 360 pages à interligne simple, je devais réduire mon travail au quart de sa longueur initiale, ce qui lui faisait perdre tout son sens. Pour ces raisons (et pour d'autres plus personnelles...) ce travail ne sera donc jamais livré aux éditions du CERF, et il y aura un trou noir au milieu des tomes bleus de la Bible d'Alexandrie.
On trouvera donc ici la version non expurgée de mon travail.







Des études thématiques closent l’introduction:
Le vocabulaire de la faute.
Le vocabulaire de la hiérarchie, chez les Perses et chez les Juifs.
La traduction achève le premier tome du travail. On peut désormais lire cette traduction avec le texte grec en regard en allant sur ce site (qui m'a d'ailleurs emprunté mon travail sans me demander mon avis...).
Le deuxième tome est constitué d’un commentaire philologique de deux cent vingt pages, verset par verset, reposant sur un examen comparatif systématique des diverses traditions textuelles du texte biblique: hébraïque, araméenne, grecques (Esd.A’, Esd.B’ et les Antiquités juives de Josèphe) et latines (Vulgate et Vieille Latine).
Après le commentaire suivent des annexes (comprenant douze tableaux) et deux indices (termes grecs étudiés dans l’introduction et les notes, versets cités par les Pères de l’Eglise).

Le texte de cette thèse est consultable ou téléchargeable d'un clic: il s'agit de documents *.DOC, nécessitant Word 6 sous Windows 3.1 (ou une version ultérieure de ces programmes). Les polices quelque peu exotiques nécessaires à la lecture du texte (hébreu, araméen, grec, chiffres hébraïques, etc.) sont inclues dans les fichiers et devraient donc s'installer automatiquement sur tout matériel compatible PC (pour les Mac, je ne garantis rien...).
Tome 1
(903.168 octets):
Tome 2
(1.760.768 octets):


Vous pouvez aussi télécharger les polices suivantes:



Athenian: grec ancien.



Grec Pablo Studio: grec ancien (police personnelle).



Greek Regular: grec ancien.



WP Greek Century: grec ancien.



Shalom Old Style: hébreu (police personnelle).



Shibolet: hébreu.



Araméen: cursive araméenne d’Éléphantine (police personnelle).



Chiffre: chiffres hébraïques (police personnelle).



Prononciation: police utilisée pour transcrire certaines lettres hébraïques.



Symbol: police utilisée pour représenter certains signes (flèches, etc.).



Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler sur cette page un certain nombre de choses concernant la religion:
il existe une grande religion, L'Islam, la deuxième de France;
cette religion ne correspond en rien à la caricature qu'en donnent certains médias ou à l'image que veulent en donner certains fanatiques;
des trois grandes religions de France (le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam) aucune ne peut affirmer avoir les mains propres;
tous les crimes perpétrés au nom d'une religion l'ont été par des extrémistes, souvent pour de tout autres raisons que la religion;
une conception de la religion fondée sur l'exclusivité et l'exclusion aboutit toujours à la violence;
peu importe la formule ("Got mit uns", "God bless America", "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens"): le résultat est un bain de sang.
Un homme résistait à l'obscurantisme en Afghanistan, dans l'indifférence générale; Ahmad Shah Massoud a été assassiné le 9 septembre 2001, dans l'indifférence générale. Il a fallu attendre le 11 septembre pour que le monde tourne les yeux vers l'Afghanistan.
Ahmad Shah Massoud était un être humain digne, noble, très pieux sans être fanatique, faisant la guerre par nécessité et donc sans haine, cherchant le dialogue, souhaitant la paix, la démocratie; il aimait la poésie et savait rire avec fraîcheur, sans cynisme.
La cause qu'il défendait est en grand danger, trop d'argent en jeu, trop de pouvoir. La désinformation n'a jamais sévi avec autant d'ampleur.
Pour que son combat n'ait pas été vain, pour que Massoud ne soit pas mort pour rien, un certain nombre d'organisations existent. Ce m'est un pieux devoir de les indiquer ici:
Collectif Liberté Afghanistan : information fiable et mise à jour quotidiennement; nombreux liens.
Afghanistan-Bretagne: programme de construction d'abris pour les réfugiés.
Afghanistan-Lorraine: information de l'opinion publique sur la situation en Afghanistan, l'aide humanitaire au peuple afghan, le soutien aux femmes afghanes et l'aide à toutes actions de coopération dans la Vallée du Panshir, notamment le soutien financier à des écoles pour filles et garçons.
Afghanistan libre: met en place des micro-projets de développement économique en Afghanistan.
Afghanistan-Europe: association pour la défense des droits de l'homme en Afghanistan basée à Bruxelles.
Emission "Le dessous des cartes" sur ARTE: explique très clairement la situation, en montrant comment fondamentalisme, hydrocarbures et bonne conscience humanitaire peuvent fort bien cohabiter.
NEGAR : soutient les droits des femmes d'Afghanistan.
Femmes en marche pour l'Afghanistan: La charte des droits fondamentaux de la femme afghane.
Solidarité Panjshir: actions pour permettre aux habitants et aux réfugiés des régions du Nord de poursuivre et de recréer des structures pédagogiques, en leur permettant d’acheter du matériel scolaire et de payer un salaire aux professeurs.
Bactriane: L'association tente d'apporter un soutien médico-social et éducatif aux femmes et aux enfants afghans ainsi qu'à ceux de la diaspora (projet de créer une clinique et un orphelinat en Afghanistan).
Liberté en Afghanistan: Programme d'aide aux déplacés (achat de tentes et de nourriture) et aux réfugiés de l'intérieur de l'Afghanistan; aide au développement de la vallée du Panjshir.
Le site de la résistance afghane: nombreuses informations (dépêches AFP, témoignages de civils afghans,...).
Interscoop: le site de Christophe de Ponfilly, le réalisateur du film Massoud l'Afghan.
Les vidéos d'interviews du commandant Massoud: en particulier lors de la visite de Massoud en France, quand Jacques Chirac et Lionel Jospin ont trouvé bon de ne pas le recevoir.
D'autres sites, en anglais:
Nothern Alliance.
Massoud of Afghanistan.
Afghan Mujahideen Publications.
Omaid Weekly: le grand journal afghan.
WAPHA, Women's Alliance for Peace and Human rights in Afghanistan.