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Sa Naissance Le dernier des Messagers
d’Allah [ paix et bénédiction d’Allah
sur lui ] naquit à la Mecque au mois de Rabi’ Al-Awwal, durant
l’année dite de « l’éléphant »
en rapport à l’évènement qui est relaté par
une sourate du Coran et dont nous allons voir le récit, incha Allah. Abraha Al-Achram, un abyssinien
représentant général du Négus au Yémen,
avait constaté que les Arabes faisaient leur pèlerinage
à la Kaaba. Il construisit alors une grande église à
San’a, d’une architecture magnifique et aux dimensions
démesurées, afin d’y orienter le pèlerinage des
Arabes. Les Arabes, en particulier les Qouraichites, répugnèrent
cela ; L’un d’entre eux profita d’une nuit pour entrer
clandestinement dans l’église et en souilla la Qibla à
l’aide de matières fécales. Mis au courant de cet acte, Abraha devint
fou de rage et décida de lever une armée gigantesque pour aller
détruire la Kaaba. Pour ce faire il choisit un énorme
éléphant, parmi ceux que comptait cette armée, et se mit
en marche vers la Mecque. Informés de ses intentions, les
Arabes décidèrent qu’ils devaient empêcher Abraha
d’accéder à la Kaaba, quel qu’en soit le prix. Mais
toutes les tentatives d’opposition à la marche d’Abraha
échouèrent, si bien que l’armée arriva à
proximité de la Mecque, à un endroit appelé Al-Maghmas.
Là, l’armée attaqua les troupeaux appartenant aux
Mecquois et prirent comme butin deux cent chameaux dont le
propriétaire était ‘Abdel Mouttalib. Abraha envoya un émissaire
à la Mecque, un homme du nom de Hinata, pour ramener le chef de cette
ville et faire connaître qu’Abraha n’était pas venu
pour les combattre, à moins qu’ils ne s’interposent pour
l’empêcher d’accéder à Lorsque Abraha demanda à
‘Abdel Mouttalib ce qu’il désirait, celui-ci
répondit qu’il souhaitait récupérer ses deux cent
chameaux. Abraha fut alors surpris par cet homme qui se souciait plus
de ses chameaux que de la Kaaba, lieu de culte de son peuple et de ses
ancêtres, qu’il s’apprêtait à détruire.
Abraha fit part de son étonnement et de son incompréhension
à ‘Abdel Mouttalib qui lui répondit : « Je suis le
propriétaire de ces chameaux ; quant à la Maison Sacrée,
elle a un Seigneur (propriétaire) qui la défendra ».
Abraha répliqua que ce Seigneur ne pourrait l’empêcher
d'accomplir ses intentions. Il rendit à ‘Abdel Mouttalib ses
chameaux et le laissa retourner à la Mecque. De retour à la Mecque, 'Abdel
Mouttalib ordonna aux mecquois de quitter la ville et de se réfugier
dans les montagnes, se mettant ainsi à l'abri de la réaction
d'Abraha et de son armée. Le lendemain matin, Abraha et son
armée entrèrent dans la Mecque. Lorsqu'ils dirigèrent
l'éléphant vers la Kaaba, celui-ci s'agenouilla. Les soldats le
frappèrent violemment et se servir de tous les moyens pour le faire
lever, mais en vain. Et pourtant il trottait dès lors qu'on
l'orientait vers une toute autre direction. Cette situation prévalut jusqu'au
moment où Allah envoya sur eux des oiseaux par volées qui
leur lançaient des pierres d'argile qui n'atteignaient l'un des
soldats sans le tuer. Ils furent ainsi réduits à l'état
de paille mâchée. Ceux qui survécurent prirent la fuite
en tous sens, se heurtant les uns aux autres, et ne sachant où
fuir... Quant à Abraha, Allah le frappa d’une
maladie lui ravissant tous les doigts et il périt une fois
arrivé à San'a (sa ville de départ). Après que
l'armée fut décimée, les mecquois regagnèrent
leurs maisons sains et saufs. Cet évènement eut lieu au
mois de Mouharram, premier mois de l'année musulmane, peu de temps
avant la naissance du Prophète Muhammad . On peut noter une
chose importante, c'est que les Qouraichites qui ont assisté à
cet évènement de leur vivant et qui ont écouté la
sourate révélée par Allah relatant ce récit
n'ont pas crié au mensonge lors de la Révélation de ces
versets. On ne peut qu'en déduire que cet évènement
s'est historiquement déroulé tel que les versets coraniques
nous le mentionnent. A propos de la naissance même du
Prophète , ibn Sa’ad a rapporté que la mère
de l’Envoyé d’Allah (paix et bénédiction
d’Allah sur lui) a dit : « Lorsque je l’ai mis au monde, de
mon entrejambe a jailli une lumière qui illumina les palais de la
Syrie. » Ahmad et Ad-Darimi ont rapporté quelque chose de
similaire. Après avoir accouché, Amina
envoya quelqu’un auprès de ‘Abdel Mouttalib pour annoncer
la naissance de son petit fils. Réjoui par la nouvelle, il arriva,
prit le nouveau né, l’amena dans la Kaaba, invoqua et remercia
Allah . Il lui choisit le nom de Muhammad, nom inconnu des arabes, à
l’époque. Il le circoncit au septième jour comme le
faisaient les arabes. La première femme à
allaiter Muhammad après sa mère fut Thouwayba, la captive
affranchie d’Abou Lahab. Elle l’allaita à un moment
où elle allaitait son propre fils Masrouh. Cette femme avait déjà
allaité Hamza ibn ‘Abdel Mouttalib et ensuite Abou Salama ibn
‘Abdel Asad Al-Makhzoumi. Ensuite, ‘Abdel Mouttalib chercha
une nourrice pour le prophètedans le village des Bani Sa’ad. En
effet, les arabes avaient coutume de chercher des nourrices pour leurs
enfants à l’extérieur de la métropole pour leur
éviter les maladies, les doter d’une forte constitution,
développer leurs muscles et leur permettre de comprendre l’arabe
dès le bas âge. Il choisit donc une femme appartenant à
cette tribu de Bani Sa’ad ibn Bakr et dont le prénom
était Halima. Elle était la fille de Abi Thouwayb et
l’épouse de Abou Kabcha, issu de cette même tribu. Sa Jeunesse Muhammad était une
miséricorde pour l'univers. Sa vie brille toujours comme un symbole de
lumière et de direction pour tous les temps et pour toute l'humanité.
Il était le dernier messager de Dieu envoyé à
l'humanité, le Sceau des prophètes. Il appela à
l'unicité divine La ilaha il Allah Mouhammad Rassoul Allah
Nulle divinité n'est digne
d'adoration excepté Allah et Mouhamad est son Messager Telle est sa vie et le message de
l'Islam. Muhammad le dernier des
prophètes, est né dans le désert aride d'Arabie, environ
six cent ans après Jésus dans la ville de la Mecque,
située dans une profonde vallée entourée par un rideau
de montagnes dentelées, brunes et noires. L'orphelin solitaire Muhammad était un orphelin.
Son père était mort avant même sa naissance. Il a donc
été élevé et sevré dans le désert,
selon la coutume arabe de l'époque. À l'âge de six ans,
sa mère Amina décéda à son tour, il fut
dès lors élevé par son grand-père,
'Abd-al-Muttalib, et plus tard, par son oncle paternel, Abû Talib. La Mecque était une ville
importante et très connue, principalement parce qu'elle abritait la
Ka'ba, la première maison jamais construite pour l'humanité
à la gloire du Dieu unique. Elle avait été construite
environ trois mille ans plus tôt par le prophète Abraham
avec l'aide de son fils Ismaël [ que la paix soit sur eux ]. C'était là, dans cette
vallée déserte et aride, qu'Abraham, selon la volonté
divine, avait laissé sa femme Hajar avec leur enfant Ismail. Petit à petit, avec le temps, la
Mecque devint une ville de pèlerinage et un centre culturel et
commercial important dans laquelle, passaient de grandes caravanes qui
allaient au Nord vers la Syrie et au Sud vers le Yémen. Muhammad
était un descendant direct d'Abraham par Ismail, appartenant à
la noble et célèbre famille des Bani Hashim. En tant que berger, Muhammad avait
l'habitude de garder, sous un soleil de plomb, les moutons et les
chèvres aux environs des collines entourant la Mecque : un
entraînement familier, semble-t-il, pour tous ceux qui étaient
destinés à porter la prophétie. Le digne de confiance Jeune homme, Muhammad était
connu auprès de tous comme al-Amîn, « celui sur qui l'on
peut compter », grâce à son honnêteté et
à son noble caractère. Son oncle l'aimait profondément
et l'emmenait avec lui en Syrie lors de ses voyages d'affaires. Cela donna
à Muhammad la possibilité d'apprendre à gagner sa
vie en tant que commerçant. Il menait ses affaires avec succès.
Bien qu'il fut relativement pauvre, son honnêteté et sa nature
généreuse faisaient qu'il était aimé et qu'il
avait la confiance de tous ceux qui le connaissaient. À cette époque, vivait
à la Mecque une des femmes les plus honorables. Elle s'appelait
Khadija. Muhammad travailla pour elle et lorsqu'il atteignit
l'âge de 25 ans, il reçut de sa part une demande en mariage
indirecte. Bien qu'elle fût son aînée et
déjà deux fois veuve, Muhammad accepta son offre. Ils se
marièrent et vécurent heureux. Elle donna naissance à
deux garçons et quatre filles. Malheureusement, les deux
garçons moururent en bas âge ; ce fut, cependant, un mariage
idéal et ils vécurent une vie de famille comblée de bonheur.
La Pierre Noire La compagnie de Muhammad , ainsi que ses
sages conseils, étaient grandement recherchés par tous. Il est
rapporté qu'une fois, alors que l'on était entrain de
réparer la Ka'ba à cause de violentes inondations qui en
avaient dévasté les murs, il y eut un désaccord entre
les quatre principales tribus des Quraïsh pour savoir laquelle parmi les
quatre aurait l'honneur de replacer la pierre noire sacrée. Une
dispute était sur le point d'éclater quand un des anciens
proposa : « Que la première personne qui entre soit notre juge !
». A leur grande joie, le premier à
entrer fut Muhammad . « C'est al-Amîn, l'honnête »,
s'écrièrent-ils. Muhammad fut mis au courant de la situation et
il demanda qu'on lui apporte un morceau de tissu. Il plaça la pierre
noire sur le vêtement et demanda aux membres de chaque tribu d'en tenir
un coin de façon à pouvoir soulever la pierre et il la remit
lui-même à sa place. Il sut donc, avec intelligence, mettre fin
à cette querelle et il évita, de surcroît, un risque de
guerre. Les Arabes de l'époque avaient de
grandes qualités. Ils étaient courageux, généreux
et loyaux, et néanmoins, ils se trouvaient souvent impliqués
dans de petites disputes, se querellant sans cesse, prêts à
répandre le sang à la moindre occasion. Ils avaient peu de
respect pour le faible, l'orphelin et la veuve, et se livraient
fréquemment à des beuveries et à des frivolités.
À cause de l'important statut donné aux garçons, les
pères avaient la détestable habitude d'enterrer vivantes les
petites filles qu'ils ne voulaient pas à leur naissance. Au demeurant,
à l'origine de ces maux, on trouve le polythéisme. Polytheistes et idôles Le polythéisme, le culte des
idoles, était pratiqué, à l'époque, par la
presque totalité de la population. La religion éternelle
laissée en héritage par Abraham l'adoration du Dieu
Unique - avait avec le temps été enterrée et
oubliée. Au fil des ans, environ trois cent soixante idoles et statues
représentant de faux dieux avaient été installées
à l'intérieur et autour de la Maison Sacrée et
étaient adorées comme des seigneurs et des intercesseurs.
Même les fidèles de Moïse et de jésus
s'étaient écartés du monothéisme originel
d'Abraham et ils s'étaient divisés en tribus et en sectes
séparées. Muhammad était une
personnalité exceptionnelle. Il ne prit part à aucune des
pratiques polythéistes. Il prit l'habitude, très
tôt, de se retirer dans une grotte isolée dans les environs de
la montagne appelée Hirâ', non loin de la Mecque, pour purifier
son coeur et prier pour la recherche de la Vérité. Avec le seul bruit du vent dans sa
solitude, il contemplait les signes de l'univers. Mouhamed chez les
Bani-Sa'ad Nous avions vu que la première
femme à allaiter Muhammad fut sa mère, Amina ; puis Thouwayba,
la captive affranchie d'Abou Lahab. Ensuite, ce fut Halima de la tribu des
Bani Sa'ad. Cette dernière découvrit, durant cette
période d'allaitement du Prophète , toute la
bénédiction qui accompagnait celui qui serait bientôt le
Messager d'Allah. Voyons le récit qu'elle a fait elle-même
à ce sujet, et qui nous est rapporté par Ibn Ishaq : « J'ai quitté mon pays, un
jour, avec mon mari et mon bébé, en compagnie d'un groupe de
femmes des Bani Sa'ad, à la recherche de nourrissons à
allaiter. C'était une année difficile, il ne nous restait rien.
Mes seins ne donnaient pas assez de lait
pour lui suffire, et la chamelle n'en produisait rien pour le nourrir. Nous
espérions être soulagés de ces angoisses et
partîmes donc à la Mecque en quête d'un nourrisson. Je
sortis donc sur mon ânesse qui était si faible et si maigre que
les autres ânes nous distancèrent. Aucune des femmes venues à la
recherche d'un bébé à allaiter, lorsqu'elle apprenait
qu'il était orphelin, ne voulait prendre le Messager d'Allah, et ce
parce que nous nous attendions à des actes de bienfaisance de la part
des pères. Toutes les femmes qui m'accompagnaient avait trouvé
un nourrisson sauf moi. Sur le point de repartir, je dis à mon mari :
«Par Dieu! Il m'est désagréable de rentrer sans
nourrisson. Je vais prendre cet orphelin». Il répondit : «
Je n'y vois pas d'inconvénient. Il sera peut-être pour nous une
source de bénédiction ». Ainsi, j'allais le prendre, et
en réalité, je faisais cela parce que je n'avais pas
trouvé d'autre que lui. De retour au campement, je le mis dans
mon giron. Mes seins se remplirent de lait. Il téta à
satiété et s'endormit. Son frère (de lait) téta
aussi et trouva le sommeil. Mon mari alla surveiller la chamelle et trouva
que ces mamelles étaient gonflées de lait. Il se mit à
la traire. Nous bûmes à notre aise et passâmes une nuit
tranquille. Au matin mon mari me dit : « Tu sais Halima, ce petit que
tu as pris est béni. – Je le souhaite bien, répondis-je
». Nous partîmes. Je montais sur
l'ânesse avec le nourrisson. Elle était si active qu'elle
dépassait tous les autres ânes. Etonnées, mes compagnes
dirent : « Fille d'Abou Thouwayb ! Est-ce là l'ânesse que
tu montais à notre sortie ? ». Je leur répondis : «
Oui, c'est la même ». Et je me disais qu'il y avait là une
grande chose. Nous arrivâmes chez nous, à Bani Sa'ad, la plus
aride des terres à ma connaissance. Mon troupeau de brebis revenait du
pâturage le soir, repu, les mamelles gonflées de lait. Les gens
de notre tribu qui vivaient près de nous disaient à leurs
bergers : « Allez faire paître les moutons là où le
berger de la fille de Abi Thouwayb mène les siens ». Mais leurs
troupeaux ne cessaient de rentrer affamés, sans une goutte de lait,
contrairement au mien. Nous avons joui de cette aisance durant les deux ans
de l’allaitement, jusqu'au moment où Muhammad fut sevré. Nous avons vu précédemment
la bénédiction et l'abondance que la présence du
Prophète parmi eux a procurées à Halima et son
mari. Laissons Halima nous raconter la suite des évènements qui
se déroulèrent à cette période. « Muhammad évoluait
magnifiquement, mieux que les autres garçons. A l'âge de deux
ans il possédait déjà une constitution très
solide. Nous le ramenâmes chez sa mère, mais espérions le
garder, vu la bénédiction qui avait accompagné son
séjour parmi nous. Nous en parlâmes à sa mère et
je lui dis : « Si tu laissais ton fils avec moi, jusqu'à ce
qu'il devienne plus solide, cela le préserverait des
épidémies de la Mecque ». Nous insistâmes tellement
qu'elle consentit à le laisser repartir avec nous ». Halima raconta
ensuite l'épisode décrivant l'ouverture de la poitrine du
Prophète . Voyons ce qu'a rapporté Anas Ibn
Malik à ce sujet, d'après Moslim : « Djibril
(Gabriel) s'était présenté au Messager
d'Allah alors que celui-ci jouait avec les autre enfants. Il le saisit,
l'étendit au sol et lui ouvrit le coeur duquel il sortit une
impureté en lui disant : « C'est la part de Satan qui est en toi
». Il lava ensuite cette impureté dans une cuvette en or avec de
l'eau de Zemzem et la remit à sa place. Les garçons se précipitèrent
vers sa mère (nourricière) et dirent : « On a tué
Muhammad ». Les gens accoururent vers lui et le trouvèrent tout
pâle. » Après cet évènement,
Halima eut tellement peur qu'elle ramena l'enfant chez sa mère. Amina,
étonnée par ce retour après que Halima ait tant
insisté pour garder Muhammad , questionna Halima qui finit par lui
expliquer ce qu'il s’était passé. Confiante et
pleine de sérénité pour le destin de son enfant, Amina
autorisa Halima à lui laisser l'enfant et à repartir vers sa
tribu. C'est ainsi que se termina le passage de Muhammad au sein Bani
Sa'ad. La Tutelle De Muhammad
Après son retour de chez les Bani
Sa’ad, Muhammad resta chez sa mère jusqu’à
l’âge de six ans. Amina mourut au cours d’un voyage
qu’elle avait entreprit pour se rendre à Yathrib (Médine)
afin de rendre visite à la proche famille de son défunt mari,
‘AbdAllah. Elle y resta pendant un mois avant de prendre le chemin du
retour. A mi-chemin, elle fut frappée d’une maladie qui
s’aggrava tellement qu’elle en mourut, à Abwa, entre la
Mecque et Médine. C’est l’esclave affranchie de
‘AbdAllah, Oum Ayman (ou Baraka) qui prit en charge Muhammad
jusqu’à leur arrivée à la Mecque. Elle le remit
alors à Abdel Mouttalib qui décerna des égards
inestimables pour son petit-fils Muhammad . Il lui vouait une compassion
qu’il ne vouait à aucun de ses fils. Le tendre grand-père
et généreux tuteur ‘Abdel Mouttalib cessa de vivre et
laissa l’enfant âgé de huit ans. Toutefois, avant de
rendre l’âme, ‘Abdel Mouttalib confia la garde de
Muhammad à Abou Talib, oncle germain du Prophète. Le Messager d’Allah resta
ainsi plusieurs années sous la tutelle d’Abou Talib. Durant
cette période des signes annonciateurs de sa future mission apparurent
et des évènements sublimes se déroulèrent, comme
nous le verrons prochainement, incha Allah. Quand il atteignit l’âge de
douze ans, le Messager d’Allah accompagna son oncle Abou Taleb au
Cham (en Syrie) pour un voyage d’affaires. Ils arrivèrent
à Basra, en Syrie, où ils campèrent près
d’un ermitage occupé par un moine nommé Bahira. Celui-ci
était érudit dans l’Evangile et le christianisme. Du haut
de son monastère il aperçut la caravane des Qouraichites et
remarqua un certain enfant marqué par les signes de la
prophétie. Il désirait s’entretenir avec cet enfant,
ainsi il offrit l’hospitalité à tous les membres de la
caravane. Il questionna Muhammad sur ces faits et gestes quotidiens
afin de vérifier qu’il s’agissait bien du prophète
annoncé dans les livres antérieurs. A la vision de son dos, il
reconnut aussi le sceau de la prophétie, une tâche entre ses
deux épaules. Bahira questionna ensuite Abou Taleb au sujet de son
neveu. Le moine finit par être convaincu
que l’enfant était le Prophète attendu. Il conseilla
alors Abou Taleb de retourner avec l’enfant le plus vite possible
à la Mecque, par crainte des juifs et des romains qui
n’hésiteraient pas à lui nuire s’ils le
reconnaissaient. Abou Taleb régla en hâte ses affaires et
retourna rapidement à la Mecque avec son neveu. Rencontre et Mariage
avec Khadija Khadija , fille de Khouwaylid,
était une commerçante noble et aisée qui engageait des
hommes à son service en leur confiant des transactions dont ils
bénéficiaient. Ainsi, lorsqu’on loua devant elle la
sincérité, la loyauté et la noblesse du Prophète
, elle lui proposa d’aller faire fructifier une partie de son argent
dans la région du Cham (Syrie). Elle le fit accompagner de son esclave
Maysara. Le Prophète (paix et
bénédiction d’Allah sur lui) qui était alors
âgé de 25 ans, accepta l’offre et se rendit ainsi en Syrie
pour la deuxième fois, après son voyage avec Abou Taleb et la
rencontre avec le moine Bahira. Il y fit fructifier l’argent que
Khadija lui avait confié, bénéficiant lui-même des
gains acquis comme le stipulait leur accord ; il pouvait alors s’affranchir
de l’hospitalité de son oncle. De retour à la Mecque, Maysara
informa Khadija (qu’Allah soit satisfait d’elle) de ce
qu’il avait vu de la personnalité de Muhammad comme
douceur, vertu, force de persuasion, pertinence et honnêteté.
Sur ces bases, Khadija envoya l’une des ses amies, Nafissa Bint Manya,
comme intermédiaire auprès de Muhammad pour lui faire
part de son souhait de l’épouser. Ravi, le Prophète
en informa alors ses oncles qui se rendirent alors chez Khouwaylid Ibn Asad
pour demander sa fille en mariage pour leur neveu et le mariage fut conclu.
La dot était de vingt chamelles. Khadija avait alors quarante ans et
était réputée être la meilleure femme de sa tribu
en vertu de sa généalogie, sa richesse et son intelligence.
Elle s’était déjà mariée deux fois
auparavant : d’abord, à ‘Atiq Ibn ‘Aïd, dont
elle eut pour fille Hind ; ensuite, à Zourara At-Tamimi qui mourut
à son tour. De cette deuxième union naquit Hala. Khadija était la
première femme que le Messager d’Allah épousa et il
ne se maria avec aucune autre femme jusqu’à la mort de celle-ci.
Elle est la mère de tous les
enfants de l’Envoyé d’Allah à
l’exception d’Ibrahim qu’il eut de Maria
l’Egyptienne. Leurs enfants étaient donc Al-Qassim
(d’où le surnom du Prophète : Abou-l-Qassim),
‘AbdAllah surnommé At-Tayib et At-Tahir pour les garçons.
Tous moururent en bas âge, avant l’avènement de
l’Islam. Quant à leurs filles, elles étaient : Rouqayah,
Zaynab, Oum Kalthoum et Fatima qui vécurent toutes jusqu’à
l'avènement de l’Islam et embrassèrent la nouvelle
religion. La Construction De La
Kaaba Lorsque Muhammad atteignit
l’âge de 35 ans, les Qouraichites entreprirent de reconstruire la
Kaaba. Celle-ci ne possédait pas de toit et un groupe de voleurs avait
dérobé un des trésors qu’elle renfermait. Aussi,
l’édifice avait déjà subi les intempéries
et les aléas du temps affaiblirent ses fondations et
lézardèrent ses murs. De plus, 50 ans avant la mission du
Prophète , un torrent descendit sur la Mecque et s’abattit sur
le temple sacré avec une violence qui faillit faire basculer la Kaaba.
Ainsi les Qouraichites furent
obligés d’en renouveler les fondations, désireux de
garder cet édifice, souvenir de la foi d’Ibrahim (Abraham) . Ils
décidèrent tous ensemble de n’investir dans ce sens que
les biens honnêtement acquis, écartant de ce fait la dot des
prostituées, les biens résultant de l’usure ou
d’une injustice. Les gens avait peur de détruire la Kaaba, alors
Al-Walid Ibn Al-Moughira commença le travail de démolition. Les
gens, après s’être rendus compte qu’aucun malheur
n’avait atteint Al-Walid, le rejoignirent et continuèrent
à démolir jusqu’à ce qu’ils atteignirent la
fondation réalisée par Ibrahim . Occupés ensuite
à construire, Ils divisèrent la Kaaba en plusieurs parties dont
chacune était à la charge d’une tribu. Chaque tribu rassembla des pierres et la
construction commença. Lorsqu’on eut atteint l’endroit de
la Pierre Noire, les tribus divergèrent sur la question de savoir qui
d’entre elles aurait l’honneur de la mettre en place. Le conflit
s’étendit sur 4 ou 5 nuits et faillit déclencher une
guerre violente, puis les tribus se rassemblèrent pour trouver une
solution juste. Ils décidèrent alors de prendre pour juge
arbitre la première personne qui franchirait la porte de la Maison Sacrée
où ils étaient réunis. Et ce fut Muhammad . Dès
qu’ils le virent, ils s’exclamèrent : « Voici
l’honnête (Al-Amine) ! Nous acceptons son arbitrage ! C’est
Muhammad ! » Lorsque Muhammad fut mis au courant du
motif de leur conflit, il demanda qu’on apporte un morceau de tissu. Il
plaça ensuite la Pierre Noire au milieu du tissu et demanda aux chefs
des tribus en conflit de tenir chacun un côté de
l’étoffe puis de soulever ainsi la Pierre Noire. Ils
s’exécutèrent et quand ils atteignirent sa place,
Muhammad prit la pierre et la mit lui-même avec sa main. Puis ils
construisirent là-dessus, satisfaits du jugement équitable qui
les avait départagés. D’après Ibn Ishaq, au temps
de l’Envoyé d’Allah, la Kaaba était de 18
coudées. Elle était revêtue de tissus coptes (qabati),
puis elle fut revêtue de tissus yéménites (burud).
Al-Hajjaj fut le premier à la revêtir de brocart. Aspects Generaux du
Prophete avant sa Mission Muhammad avait réuni en lui, par
son éducation, les meilleures qualités que l’on pouvait
trouver chez les gens. C’était un modèle raffiné
de pensée lumineuse et d’observation pertinente,
élevé à un haut niveau de perspicacité et de
sagacité, d’originalité dans les idées, de
rectitude dans le jugement et de bon sens dans le choix des moyens et des
objectifs. Il recourait au silence dans ses longues méditations,
approfondissait la vérité, l’explorant jusqu’au
bout. Par la fécondité de son
esprit et la pureté de son caractère, il avait pris
connaissance des réalités de la vie des collectivités.
Il se détournait des superstitions et traitait avec les gens sur la
base du discernement et de la clairvoyance. Toutes les fois qu’il trouvait
qu’une chose était bonne, il y participait effectivement. Sinon,
il se retirait dans sa solitude. Il ne buvait pas de vin et ne mangeait pas
non plus ce qu’on avait sacrifié ou immolé pour les
idoles. Il n’assistait à aucune des fêtes
organisées par les idolâtres car il avait toujours
éprouvé de l’aversion pour l’adoration futile et
absurde des idoles. Il ne supportait pas d’entendre
jurer par Al-Lât et Al-Ozzâ. Il ne fait aucun doute
qu’Allah (à Lui la Puissance et la Gloire) l’avait
entouré d’un mur de protection. Ainsi lorsque les penchants de
l’âme le poussaient à vouloir découvrir par
curiosité la jouissance de ce monde, toutes les fois qu’il
voulait suivre des traditions blâmables, la bienveillance divine
intervenait pour l’en empêcher. La
Révélation La grotte de Hira Aux environs de la quarantaine, le
Prophète constata que ses méditations antérieures
avaient élargi le fossé entre lui et son peuple et
préféra la solitude. Muni de vivres et d'eau, il se rendait
à la grotte de Hira, dans la montagne de la lumière (Jabal
An-Nour) située à peu près à 4 km de la Mecque. Il y passait le mois de Ramadan,
nourrissait les pauvres qui l'y rejoignaient, passait son temps à
l'adoration et à la réflexion sur les signes de l'univers qui
l'entouraient ainsi que sur la puissance créatrice qu'ils cachaient. L'associationnisme absurde et les
représentations inconsistantes de son peuple ne le rassuraient pas.
Cependant, il ne disposait ni d'une voie claire, ni d'une méthode
définie, ni d'une démarche orientée pouvant lui apporter
dans ce sens quiétude et satisfaction. Son choix de la solitude était un
aspect de la guidance d'Allah à son égard, guidance
destinée à le détacher des préoccupations d'ordre
terrestre, du tumulte de la vie, des petites considérations dont les
gens meublaient leur vie, aux fins de le préparer à la grande
affaire qui l'attendait. Ainsi, le prophète
s'apprêtait à endosser la lourde responsabilité, à
changer la face du globe et à modifier le cours de l'histoire. Pendant
trois ans, Allah le voua à cette solitude avant de lui faire
porter Son message. Le Début De La
Révélation Lorsque le Prophète eut 40 ans
révolus les indices de la prophétie commencèrent
à se faire jour. De ces indices, on note que celui-ci ne faisait aucun
rêve qu'il ne vît se réaliser. Ces songes apparurent pendant
6 mois. La durée de la prophétie fut de 23 ans. Quant aux
rêves vrais, ils constituent une des 46 éléments de la
prophétie. Au mois de Ramadan de la troisième
année de solitude dans la grotte Hirâ, il plut à
Allah d'inonder l'humanité de Sa clémence en choisissant
Mohammad comme prophète et comme Messager. Il envoya Jibril
(Gabriel) lui révéler les premiers versets du Coran. Ecoutons Aicha , nous raconter l'histoire
de cet événement qui, point de départ de la
prophétie, commençait à repousser les
ténèbres de l'impiété et de l'égarement,
au point de changer le cours de la vie et aussi de modifier la perspective de
l'histoire. Elle dit : « Les premières
manifestations de la révélation chez Muhammad furent des
rêves profitables : il ne faisait aucun rêve sans en voir la
réalisation. Ensuite, on lui fit aimer la solitude. A cet
égard, muni de provisions, il s'isolait dans la grotte de Hirâ,
fuyant l'adoration des idoles et se consacrant à Allah, avant de
regagner les siens. Il revenait chez Khadija, s'approvisionnait et repartait,
ainsi de suite jusqu'au moment où la vérité apparut dans
la grotte. Alors, l'ange se présenta à
lui et dit : « Lis ! » « Je ne sais pas
réciter » dit le Prophète. L'ange l'étrangla une
deuxième fois au point de le mener à l'étouffement,
après quoi il le lâcha et dit : Alors, il dit : Lis au nom de ton Seigneur qui a
créé, qui a créé l'homme d'une adhérence.
Lis, ton Seigneur est le Très Noble Le Messager d'Allah revint tout
tremblant chez Khadija bint Khouwaylid disant : « Enveloppez-moi
! Enveloppez-moi ! ». On l'enveloppa jusqu'au moment où se
dissipa sa frayeur. Alors il raconta à Khadija ce qu’il venait
de vivre, en ajoutant : « J'ai crains pour ma vie ». Khadija lui
répondit : « Je jure par Celui qui tient l’âme de
Khadija, Allah ne t'humiliera jamais. Tu maintiens le lien de parenté,
composes avec tout le monde, assistes les nécessiteux, donnes
l'hospitalité aux hôtes et aides à faire triompher la
vérité ». Elle l'emmena chez son cousin Waraqah ibn
Nawfal ibn Asad ibn ‘Abdil-‘Ozza. Celui-ci était
chrétien depuis l'époque antéislamique. Sachant
écrire l'hébreu il écrivait aisément
l'évangile dans cette langue. C'était aussi un grand sage qui
avait perdu la vue. Khadija s'adressa à lui en
ces termes : « Cousin, écoute ce que va te dire ton neveu
». Waraqah demanda à Mohammad ce qu’il avait vu. Celui-ci
lui décrit ce qu'il s’était passé. Waraqah reprit
: « Ça c'est l’ange Gabriel qui est apparu autrefois
à Moussa. Ah ! Si seulement j'étais jeune ! Si seulement
j'étais en vie au moment où ton peuple te chassera de la ville
». Le Messager d'Allah dit : «Vont-ils me faire sortir de
la ville, eux ? – Oui, répondit Waraqah ». Il ajouta : «
Aucun homme n'a jamais apporté quelque chose de semblable à ce
que tu apportes sans s'exposer à l'inimitié et à
l'adversité ; mais, si ce jour je me trouve en vie je t'aiderai
énergiquement ». Mais, Waraqah ne tarda pas à mourir et
la révélation fut temporairement interrompue. Interruption De La
Révélation Les biographes ne sont pas tous
d’accord quant à la durée de cette interruption. Certains
ont affirmé qu’elle était de quelques jours,
d’autres ont dit qu’elle avait duré plusieurs mois, voire
trois années. Et Allah est plus Savant. Durant l'interruption, le Messager
d'Allah resta affligé et triste, frappé
d'étonnement et de stupéfaction. Il éprouvait une telle
amertume qu'il errait dans les montagnes de la Mecque et leurs sentiers. Au
paroxysme de son trouble, Jibril (Gabriel) lui apparaissait et s'adressait
à lui en ces termes : « Mohammad ! Tu es sans aucun doute
l’Envoyé d'Allah ». Cela le rassurait. Les jours s’écoulaient et le
Messager d'Allah attendait la suite de la révélation ;
c’est alors que Jibril (Gabriel) revint pour la deuxième fois.
Jabir ibn ‘Abdullah a rapporté à ce sujet
qu’il a entendu le Messager d'Allah dire : « Alors que je marchais, j'entendis
soudain une voix venant du ciel. Alors, levant les yeux, je vis le même
ange qui m'était apparu à (la grotte de) Hira, assis sur une chaise
entre le ciel et la terre. Je fus tellement surpris que je retournai (chez ma
famille) et je m'écriai : Enveloppez-moi ! Enveloppez-moi ! et on
m'enveloppa. Alors Allah le Très Haut révéla les versets
: Ô, toi (Muhammad) ! Le revêtu
d'un manteau ! Lève-toi et avertis. Et de ton Seigneur,
célèbre la grandeur. La Prédication
Après avoir reçu les
premières révélations, le Prophète
commença à entrer en contact avec les gens susceptibles de
répondre à son appel. Cette période de prêche en
secret s’étendit sur 3 années. Les premiers donc à avoir
répondu à cet appel (as-sabiqoun al-awwaloun) furent : Khadija
bint Khouwaylid , la mère des croyants ; Zayd ibn Haritha ,
l’esclave affranchi ; ‘Ali Ibn Abou Taleb , le cousin du
Prophète , âgé alors de dix ans ; et Abou Bakr As-Siddiq
, l’ami intime de Muhammad . Ceux-ci embrassèrent l’islam
dès les premiers jours de l’appel. Abou Bakr, appelé auparavant
‘Atiq, s'investit par la suite dans l'appel à l'islam.
C'était un homme familier aimable et très simple ayant du
caractère et enclin au bien. Les hommes de sa tribu le
fréquentaient, se familiarisaient avec lui, pour ses connaissances,
son commerce et sa bonne compagnie. Il se mit à appeler ceux qui
avaient confiance en lui, ses protégés et ceux qui le
fréquentaient. Grâce à son appel, ‘Othman ibn
Affan, Az-Zoubair ibn Al-Awwam, Abdour-Rahman ibn ‘Awf, Sa’ad ibn
Abi Waqqas et Talha ibn ‘Oubaydillah embrassèrent l'islam. On compte aussi parmi les premiers
musulmans Bilal ibn Rabah . Embrassèrent ensuite l'islam Abou 'Oubayda
'Amir ibn Al-Jarrah, Abou Salma ‘AbdAllah ibn ‘Abdel-Asad,
Al-Arqam ibn Abil-Arqam, ‘Othman ibn Madh’oun, 'Oubayda ibn
Al-Harith, Sa’id ibn Zayd et sa femme Fatima bint Al-Khattab sœur
de ‘Omar ibn Al-Khattab, Khabbab ibn Al-Art, ‘Abdullah ibn
Mas’oud et bien d'autres. Ils appartenaient tous à des
fractions de la tribu de Qouraich et embrassèrent l'islam en secret.
Le Messager d'Allah se réunissait avec eux et les orientait vers la
religion en cachette parce que l'appel en était encore à sa
phase individuelle et secrète. La Prédication Ouverte Au Peuple
De Qouraich Le nombre des adeptes de la nouvelle
religion atteignit un peu plus de la quarantaine, comprenant hommes et
femmes. La nouvelle de l’appel – pourtant secret depuis
près de trois ans – parvint aux qouraïchites et la
renommée de l’Islam se répandit à la Mecque. Alors
Allah ordonna à Son Envoyé de prêcher publiquement,
proclamant la vérité qui lui avait été
révélée et invitant ouvertement les gens à y
adhérer. Les versets suivant furent
révélés : { Expose donc clairement ce qu'on t'a
commandé et détourne-toi des associateurs } { Et avertis les gens qui te sont les
plus proches. { Et dis : “Je suis l'avertisseur
évident” } Le Messager d’Allah ne tarda pas
à exécuter les ordres d’Allah et monta un jour sur
le mont As-Safa où il s'écria : « Ô ! Bani Fihr !
Ô ! Bani 'Ady !». Les qouraïchites - qui jusqu'alors ne
s'étaient pas vraiment souciés de la nouvelle religion - se
rassemblèrent pour l'écouter. Parmi eux, se trouvait Abou Lahab,
oncle paternel de Muhammad. Le Prophète dit : « Me croiriez-vous si je vous
disais qu'il y a dans la vallée des cavaliers prêts à
vous attaquer ? ». * Il répliquèrent : «
Oui ! Et tu ne nous a jamais menti ». Le Prophète reprit :
« Alors sachez que je viens vous avertir de l'approche d'un
châtiment terrible ». Abou Lahab lui répondit : «
Que tu périsses aujourd'hui même ! Est-ce pour cela que tu nous
as réunis ? » Alors Allah révéla la
sourate Al-Masad : { Que périssent les deux mains
d'Abu-Lahab et que lui-même périsse } Ce récit est rapporté par
Al-Boukhari d'après Ibn 'Abbas. L'exposé De La
Vérité Et La Réaction Des Associateurs Les Qouraichites refusèrent
catégoriquement de répondre à cet appel sous
prétexte qu’ils possédaient déjà une
religion, celle héritée de leurs ancêtres. Celle-ci
était devenue une tradition bien ancrée en eux, et partant de
là, très difficile à renier. Le Prophète les
invita à libérer leur esprit de ce cloisonnement
façonné d’habitudes et de traditions, et les appela
à se référer à la logique et la raison, leur
démontrant que les fausses divinités qu’ils adoraient ne
leur servaient à rien et qu’ils ne leur vouaient un culte que par
pure tradition. Le Messager d’Allah commença
à adorer Allah au vu et au su de tous. Son appel avait obtenu
davantage de réactions favorables. Les gens, un à un entraient
dans la religion d'Allah. Régnaient entre eux et les membres de leur
famille réfractaires à la conversion, la haine, la
distanciation et l'intransigeance. Le Groupe Consultatif Pour Empêcher
Les Pèlerins D'écouter L'appel La publication de l'appel eut lieu
quelques temps avant l'approche du pèlerinage. Les Qouraichites
savaient que les délégations des arabes allaient leur parvenir
pour y participer. Alors, ils considérèrent nécessaire
de dire un mot aux arabes au sujet de Mohammad de manière à ce
que l'appel de celui-ci n’ait aucun effet dans leurs esprits. Un groupe
d’entre eux se réunit chez Al-Walid Ibn Al-Moughira pour se
concerter sur ce qu'il fallait dire. Al-Walid leur conseilla de tenir le
même langage et de ne pas diverger pas au point de se contredire ou
d'inscrire leurs propos dans une situation de porte-à-faux. Ils lui
demandèrent de leur proposer son opinion. Al-Walid répondit :
« Mais non ! Proposez, et moi j'écoute». Ils dirent : « Nous dirons que
c'est un devin ». Al-Walid dit : « Non ! Par Allah, ce n'est pas
un devin. Nous avons vu les devins. Il n'a ni le chuchotement (zamzamah), ni
la prose d'un devin ». Ils dirent : « Alors nous dirons que c'est
un fou ». Al-Walid reprit : « II n'est pas fou. Nous l'avons vu
le fou et nous savons le reconnaître. Il n'en a ni
l'agressivité, ni l'agitation, ni la confusion ». Ils dirent :
« Donc nous dirons que c'est un poète ». Al-Walid refusa
en disant : « Ce n'est pas un poète. Nous connaissons la
poésie dans tous ses genres : Ar-Rajaz, Al-Hazj, Al-Qarid, Al-Makboud
et Al-Mabsout. Non, ce n’est pas un poète ». Ils dirent :
« Nous dirons que c'est un magicien ». Al-Walid dit : « Ce
n'est pas un magicien. Nous avons vu les magiciens et leur magie. Il ne fait
pas de nœud pour y souffler ». Ils demandèrent : «
Que devons-nous dire alors ? » Al-Walid dit : « Par Allah, il ne
fait pas de doute que sa parole est agréable élégante,
intelligente et rare. Vous ne direz jamais rien de tout cela sans qu'on ne
sache que c’est faux. Le mieux que vous puissiez dire à son
sujet est ceci : « C'est un magicien qui vous apporte une parole
magique séparant l'homme de son père, de son frère, de
sa femme et de son clan - Fuyez-le donc ! » A propos d'Al-Walid Ibn Al-Moughira,
Allah révéla les versets suivants : { Laisse-Moi avec celui que J'ai
créé seul, et à qui J'ai donné des biens
étendus, et des enfants qui lui tiennent toujours compagnie, pour qui
aussi J'ai aplani toutes difficultés. Cependant, il convoite [de Moi]
que Je lui donne davantage. Après que le conseil fût
d'accord sur cette décision, les membres se placèrent le long
des chemins qu'empruntaient les gens pour se rendre au pèlerinage.
Toutes les fois que quelqu'un passait, ils le mettaient en garde contre
Mohammed . Ainsi, les arabes s'en retournèrent après le
pèlerinage, imprégnés de l'affaire du Messager d'Allah
que l'on citait désormais dans toute l'Arabie. A la fin du pèlerinage, les
Qouraichites réfléchirent sur les moyens de supprimer l'appel
à l’Islam en l'étouffant au berceau. Dans cette
perspective ils recoururent à la moquerie, le dénigrement, le
persiflage, le démenti et la ridiculisation, l'objectif étant
de décourager et de démoraliser les musulmans. Les accusations burlesques
et de grossières injures fusèrent à l'égard du
Messager d'Allah que l'on appelait aussi le fou. On le taxait de magicien et
de menteur, on l'accueillait avec des regards perçants expressifs
d'une soif de vengeance, de sentiments de dépit et de rage. Les Qouraichites dénaturaient les
enseignements du Prophète et diffusaient de fausses informations sur
son identité et sa personnalité, de telle manière
à ce que les gens n'aient pas le temps de méditer son appel.
Ils traitaient le Coran de mensonge, insinuant qu’il était une
parole inventée par Mohammed ou une autre personne. A ce sujet, Allah dit : { Les mécréants disent :
“Tout ceci n'est qu'un mensonge qu'il (Mohammed) a inventé, et
où d'autres gens l'ont aidé”. Or, ils commettent
là une injustice et un mensonge. Et ils disent : “Ce sont des
contes d'anciens qu'il se fait écrire ! Les Persécutions Les Qouraichites employèrent les
moyens que nous avons vu précédemment pour étouffer
l'appel et ce au début de la quatrième année de
l'avènement de la prophétie. Des semaines ou des mois
passèrent et ils virent que de tels moyens ne servaient à rien
pour faire échouer l'appel islamique. Ils se réunirent, se
consultèrent et décidèrent après cela d'user de
châtiments à l'égard des musulmans, afin de les
éprouver au sujet de leur religion. Ainsi, chaque chef de clan fondit
sur ceux qui, parmi sa tribu, avaient embrassé l'islam. Ils
provoquèrent chez eux des malheurs dont le simple récit fait
frémir. Nous en relaterons quelques uns pour illustrer la
cruauté des Qouraichites, menés dans leurs exactions par Abou
Jahl. Toutes les fois que celui-ci apprenait
que quelqu'un de noble et de riche s'était converti à l'islam,
il allait le blâmer et l'humilier, menaçant de le ruiner en fait
de biens et de puissance. Lorsque le converti était un faible, il le
frappait et le soumettait au chantage. Bilal était
l'esclave affranchi d'Oumayya ibn Khalaf Al-Jamhi. Oumayya le torturait en
l'exposant sous la chaleur torride du soleil, il l'étalait sur le sol
rocailleux puis envoyait chercher une énorme pierre qu'il lui
déposait sur la poitrine en disant : « Tu resteras ainsi
jusqu'à la mort, à moins que tu renies ta foi et que tu adores
Al-Lât et Al-Ozzâ ». Alors, gémissant sous le poids
de la pierre, Bilal ne cessait de répéter : « Ahad ! Ahad
! Unique ! Unique ! ». Abou Bakr le racheta pour mettre fin à
son supplice, puis il l'affranchit. ‘Ammar Ibn Yasser, son père
Yasser et sa mère Soumayya se convertirent à l'islam.
Alors, les associateurs, avec à leur tête Abou Jahl, les
exposaient sur le sol extrêmement brûlant et ensuite les torturaient.
Une fois, le Prophète vit la scène et dit : « Patience,
famille de Yasser ! Il ne fait aucun doute que votre lieu de rendez-vous est
au Paradis ». Yasser mourut à la suite des tortures.
Après ses supplices, Soumayya fut transpercée par la lance
d’Abou Jahl et elle succomba. Ainsi, elle fut la première
martyre de l'Islam. Les associateurs redoublèrent de
violence pour la torture de ‘Ammar, tantôt le traînant au
sol, tantôt lui posant une grosse pierre sur la poitrine, tantôt
le plongeant dans l'eau avec l'intention de le noyer. Ils lui dirent :
« Nous ne te lâcherons que lorsque tu auras insulté
Mohammad ou lorsque tu auras glorifié Al-Lât et Al-Ozzâ
». Celui-ci n'en pouvant plus, leur donna satisfaction et fut
libéré. Troublé, il alla trouvé le
Prophète pour s’excuser. A ce sujet, Allah
révéla le verset : { Quiconque a renié Allah
après avoir cru - sauf celui qui y a été contraint alors
que son cœur demeure D’autres convertis, tels que Abou
Fakiha, ‘Amir Ibn Fihaira , et des femmes (dont Oum ‘Oubays,
Zinnirah, An-Nahdiyya et sa fille) - Qu'Allâh soit satisfaites d'elles
- eurent à subir ces persécutions et supplices. Abou Bakr
acheta les esclaves parmi eux et les affranchit, comme il le fit de Bilal .
La Délégation De Qoraysh Auprès
D'abou Talib Etant sous la protection de son oncle
paternel Abou Talib, personne n'osait commettre de bassesses à
l’encontre du Messager d’Allah, à l'exception des stupides
et des gens les plus ignobles. Abou Talib faisait partie des grandes personnalités
de la Mecque. Très respecté, il était difficile que
quelqu'un eût le courage de s'attaquer à ses
protégés ou de s'emparer de leurs biens. Cette situation inquiéta les
Qouraichites qui eurent besoin d'une réflexion profonde propre
à les sortir de l'impasse sans les conduire à
l'irréparable. Sur cette base, ils choisirent la voie de la
négociation avec Abou Talib. Ils firent preuve de sagesse et
d'application, mais on notait en filigrane, un style de menace et de
défi visant à l’amener à obéir à
leurs ordres. A ce propos, Ibn lshaq raconte que des hommes parmi les nobles
de Qouraïch allèrent voir Abou Talib et lui dirent : Le Prophète poursuivit sa mission,
proclamant l'islam et appelant les gens à y adhérer. Les
Qouraichites perdaient patience de le voir continuer son travail de
prédication. Ils s’entretenaient souvent au sujet du Messager
d’Allah ils se plaignaient contre lui, ce qui finalement les poussa
à retourner chez Abou Talib... Les Qouraichites Menacent Abou Talib Venus pour la seconde fois chez Abou
Talib, les Qouraichites durcirent le ton plus qu'ils ne l'avaient
déjà fait. Ils lui dirent : Puis ils s’en allèrent, mais
Abou Talib fut profondément déprimé du fait de couper
avec son peuple et d’entraîner sur lui leur animosité ;
mais il ne pouvait pas non plus se réjouir de leur livrer son neveu. Abou Talib fit alors venir le
Prophète et lui dit : « Ô mon neveu ! Ton peuple est venu
me voir et m'a dit ceci et cela. Ménage-moi et ménage-toi. Et
ne me charge pas de ce que je ne saurais supporter ». Le Messager d'Allah pensa que son oncle
avait changé d’avis et qu’il allait cesser de le secourir.
Il répondit dit : « Ô mon oncle ! Je jure par
Allah que même s'ils mettaient le soleil dans ma main droite et la lune
dans ma main gauche pour me faire renoncer à cette affaire, je n'y
renoncerais jamais jusqu’à ce qu’Allah la fasse triompher
ou que j'y perde la vie ». Lorsque le Prophète eut
tourné le dos pour partir, Abou Talib l'appela et lui dit : «
Va, mon neveu. Fais ce qui te plaira. Je jure par Allah de ne jamais te
livrer à tes ennemis ». Les Qouraichites Encore Une Fois Chez
Abou Talib Lorsque les Qouraichites
constatèrent que le Messager d'Allah poursuivait toujours sa
démarche, ils comprirent qu'Abou Talib avait refusé de le
livrer et de cesser de le secourir, prêt à se séparer
d'eux et à les prendre pour ennemis. Ainsi, ils allèrent le
voir en compagnie de 'Omarah Ibn Al-Walid Ibn Al-Moughira et lui dirent :
« Ô Abou Talib ! Voici un jeune homme. Il est le plus robuste et
le plus beau des jeunes Qouraichites. Alors, prends-le et tu profiteras de
son intelligence et de son aide, et adopte-le, il sera à toi. En
retour, livre-nous ton neveu qui a contredit ta religion et celle de tes
ancêtres, il a divisé ton peuple et considéré
comme sottises nos croyances. Ainsi nous le tuerons. Ce sera un homme en échange
d’un homme ». Abou Talib leur répondit : «
Oh ! Il s'agit là d'une piètre proposition. Vous me demandez de
prendre votre fils pour l'élever et de vous livrer le mien pour que
vous le tuiez ? Par Allah, ceci ne se fera jamais ». Alors Al-Mout'im Ibn ‘Adi Ibn
Nawfal Ibn ‘Abd Manâf Ibn Qousay dit : « Ô Abou Talib
! Par Allah, ton peuple aura été juste envers toi. Il aura
déployé un effort pour te débarrasser de ce qui te nuit.
Pourtant, je constate que tu ne veux rien recevoir de sa part ». Abou
Talib répliqua : « Par Allah, vous n'avez pas été
justes à mon égard. Au contraire toi, tu as
décidé de ne pas me soutenir et tu as
préféré ces gens à moi. Fais donc ce que bon te
semble ». Lorsque les Qouraichites eurent
échoué dans ces négociations, incapables de convaincre
Abou Talib de la nécessité de freiner le Messager d'Allah et de
le détourner de l'appel à Allah , ils décidèrent
d'emprunter un chemin qu'ils avaient essayé d'éviter par
crainte de son issue et des conséquences qui pourraient en
découler, à savoir : s’en prendre à la personne du
Messager d'Allah. Les Agressions Contre Le Messager D'Allah
L’hostilité des Qouraichites
envers Mohammad et ses disciples s’envenima et les
atteintes portées à la personne du Prophète furent
nombreuses. En plus des moqueries, des persiflages, des
méchancetés, etc. déjà utilisés, ils
incitèrent contre lui les hommes les plus vils parmi eux. Nous
citerons brièvement quelques anecdotes à ce sujet. Abou Lahab, oncle du Prophète,
était le plus enclin au mal. Nous avons déjà vu son
attitude, le jour de l’appel sur le mont As-Safa. Il accusait plus que
tout autre le Prophète de menteur. Il traînait derrière
le Prophète au pèlerinage et dans les marchés pour le
contredire. C'était un ennemi irréductible de l'islam et des
musulmans. Il était également le
voisin du Prophète. Il déversait devant sa porte toute sortes
d’immondices et de pourritures. Toutes les fois qu'on lui jetait cette
saleté, le Messager d'Allahla prenait à l'aide d'un bâton
puis la jetait dans la rue. Il disait ensuite : « Ô fils de
‘Abdel Mouttaleb ! Quelle sorte de voisinage est-ce là ?
». Abou Lahab avait déjà
marié ses deux fils aux deux filles du Messager d'Allah : Rouqaya et
Oum Kalthoum, - Qu'Allah soit satisfait d'elles - et cela avant le
début de la mission. A l'avènement de celle-ci, il intima
à ses fils l'ordre de divorcer et les divorces furent
prononcés. Lorsque ‘Abdullah, le deuxième fils du
Prophète mourut, Abou Lahab, pavoisant, se rendit chez les
associateurs leur annoncer ce qui était pour lui une bonne nouvelle,
à savoir que Mohammad était désormais sans
postérité. La femme d’Abou Lahab, Oum Jamil,
fille de Harb Ibn Oumayya et sœur d'Abou Soufiane, n'était pas
moins déterminée que son mari à nuire au Messager
d'Allah. C'était une femme acariâtre et dure, développant
sa langue contre lui, forgeant des mensonges et des intrigues à son
égard. Lorsqu'elle entendit ce qu'Allah
avait révélé à son sujet et au sujet de son
époux, (cf. sourate n°111 : Al-Masad) elle prit une pierre et alla
trouver le Prophète . Alors qu’il était en face
d’elle, assis dans la mosquée de la Kaaba, en compagnie d'Abou
Bakr, Allah l'aveugla et elle ne vit que ce dernier. Elle lui dit alors :
« Abou Bakr, où est ton compagnon ? J'ai appris qu'il me
dénigre. Par Allah, si je le trouve, je frapperais sa bouche avec
cette pierre… Et je suis poétesse ». Sur ces mots elle
ajouta : « Nous refusons de lui obéir, repoussons son appel et
dénigrons sa religion ». Un jour, le Prophète priait dans
l’enceinte de la Kaaba alors qu'Abou Lahab et sa clique étaient
assis en ce lieu. Soudain, ‘Oqba Ibn Abi Mou'ait apporta des restes
d’un chameau égorgé et attendit jusqu'à ce que le
Prophète se prosterne pour les lui poser entre les épaules.
Alors tout le groupe se mit à rire sous l'emprise de la gaieté
et de l'exubérance. Le Messager d'Allah resta prosterné
jusqu'à l'arrivée de Fatima qui ôta les saletés de
son dos. Il releva la tête et dit par trois fois : « Seigneur,
préserve-moi des Qouraichites ». Cette invocation fut
pénible pour les associateurs qui savaient que toute prière
faite dans ce lieu était exaucée. Ce que nous venons de voir est une image
très réduite de ce que le Prophète et les musulmans
rencontraient comme injustice, humiliation et agression de la part des
associateurs. Ceux qui avaient le plus d’inimitié envers le
Messager d'Allah étaient - en dehors de ceux
précédemment cités – ‘Amrou Ibn Hicham, plus
connu sous le surnom de Abou Jahl, Al-Walid Ibn Al-Moughira, Obay et Oumayya
Ibn Khalaf, et d’autres. Le Prophète, face au danger qui
menaçait ses compagnons et comprenant qu’il ne pouvait pas
les protéger ou améliorer leur situation, leur proposa
d’émigrer vers l’Abyssinie (l'Ethiopie). Il
s’adressa à eux en ces termes : « Que pensez-vous
d’émigrer vers la terre d’Abyssinie car il y a
là-bas un roi auprès de qui personne n’est
lésé - jusqu’à ce qu’Allah vous apporte un
soulagement ? ». Ainsi, au mois de Rajab (septième
mois de l'année hégirienne) de la cinquième année
de l'avènement de la prophétie, eut lieu la première
émigration de l’Islam. Le groupe était composé de
12 hommes et de 4 femmes et parmi eux se trouvait Othman ibn 'Affan,
accompagné de son épouse Rouqaya, la fille du Messager d'Allah.
Abou Houdhaïfa et son épouse, Sahla Bint Souhayl, ainsi que Mous’ab
Ibn ‘Oumayr, Az-Zoubeyr Ibn Al-Awwam et Abderrahman Ibn
‘Awf avaient également pris part à cette
émigration. Le départ de ces émigrants eut lieu dans la
nuit par crainte des Qouraichites. Arrivé sain et sauf en Abyssinie
malgré la tentative des Qouraichites pour le rattraper, ce groupe de musulmans
fut bien traité en Abyssinie. Et la louange est à Allah. L'Abyssinie Les émigrants restèrent en
Abyssinie durant les mois de Cha’aban et de Ramadan. Pendant ce temps
à la Mecque, alors qu’il était au milieu de la foule,
où se trouvaient également les notables de Qouraïch, le
Prophète récita la sourate « les étoiles ».
Frappés par cette parole divine, splendide et élégante,
les Qouraichites prêtèrent une oreille attentive et se
prosternèrent lorsque le Messager d’Allah récita : { Prosternez-vous donc à Allah et
adorer-Le } Lorsqu’ils se rendirent compte que
la grandeur de la parole d'Allah les avait conduits à
lâcher du lest, pour effacer cette erreur de leur part, ils se mirent
à commettre dans toute la mesure du possible, les mêmes actes
qu'auparavant. Ils ne cessaient d’adorer les idoles et de
persécuter les croyants. L'information parvint à ceux qui
avaient émigré en Abyssinie mais sous une forme totalement
différente de la réalité. On leur raconta que les
Qouraichites s'étaient convertis à l'islam en
conséquence de quoi ils revinrent à la Mecque au mois de
Chawwal (le dixième mois lunaire) de la même année. Parvenus à proximité de la
Mecque, ils s’aperçurent que la conversion des Qouraichites
était illusoire. Certains décidèrent d’entrer
clandestinement à la Mecque et furent de nouveau exposé aux
supplices, les autres retournèrent en Abyssinie. De nouveaux groupes
de croyants les y rejoignirent et leur nombre fut estimé à plus
de 80 personnes. Qouraich Envoie Deux Hommes En Abyssinie Lorsque les Qouraichites apprirent que
les émigrants s’étaient établis en
sécurité en Ethiopie, ils décidèrent
d’envoyer deux hommes fermes et robustes de Qouraïch à
Al-Najashi (le Négus, roi d’Abyssinie) pour qu’il renvoie
les émigrants et les expulsent de son pays. Ils envoyèrent
alors ‘Abdullah Ibn Abi Rabi’a et ‘Amr Ibn Al-‘As,
chargés de cadeaux à l'intention du Négus et de ses
généraux. Les deux hommes arrivèrent chez
les patriarches auxquels ils fournirent des arguments en faveur de
l'expulsion des musulmans et leur offrirent les cadeaux afin d’obtenir
leur soutien dans leur plaidoirie auprès du Négus. Après
cela, ils rencontrèrent le Négus et lui offrirent
également des présents que ce dernier accepta. Ils lui parlèrent ensuite en ces
termes : « Ô Roi ! Des jeunes gens insensés se sont
réfugiés dans votre pays. Ils ont quitté la religion de
leur peuple et n'ont pas pour autant embrassé la vôtre. Ils ont
suivi une religion qu'ils ont créée de toutes pièces et
que personne ne connaît, ni nous, ni vous-mêmes. Aussi,
avons-nous été dépêchés auprès de
vous par les nobles de leur peuple, par leurs pères, leurs oncles et
leurs clans qui vous demandent de les leur rendre, car ils veillent sur eux
mieux que quiconque et savent mieux que quiconque ce qu'ils ont eu à
leur reprocher ». Les généraux dirent : « Ô
Roi ! Livre-les à ce deux hommes pour qu'ils retournent avec dans leur
pays et auprès de leur peuple ». Le Négus tenait, avant de prendre
sa décision, à examiner la question et à écouter
toutes les parties. Il envoya donc chercher les musulmans qui, ensuite, se
présentèrent, prêts à dire la vérité
sous toutes ses formes. Le Négus leur dit : « Quelle est donc cette
religion pour laquelle vous vous séparez de votre peuple, sans
embrasser la mienne, ni aucune des autres religions ? ». Et nous verrons prochainement, incha
Allah, quelle fut la réponse de Ja’far Ibn Abi Talib, le cousin
du Prophète. Donc le Négus interrogea les
musulmans : « Quelle est donc cette religion pour laquelle vous vous
séparez de votre peuple, sans embrasser la mienne, ni aucune des
autres religions ? » Ja'far ibn Abi Talib, en qualité
de porte-parole dit : « Ô roi ! Nous faisions partie
des gens de l'ignorance et comme eux, adorions les idoles, mangions de la
bête morte, pratiquions les turpitudes, rompions les liens de
parenté et maltraitions nos voisins. Les plus forts parmi nous se
nourrissaient des plus faibles. Nous vivions ainsi jusqu'au jour où
Allah nous envoya un Messager qu'il choisit parmi nous, un Messager dont nous
connaissons la généalogie, la franchise,
l'honnêteté et la chasteté. Il nous a appelé
à croire en un Dieu unique que nous devons adorer, et à
abandonner tout ce que nous adorions autre que Lui, nous et nos
ancêtres, comme pierres et idoles. Il nous a ordonné de dire la
vérité, d’être fidèles à nos
engagements, d’honorer les liens de parenté, d’assurer le
bon voisinage, d’éviter le crime et le versement du sang. Il nous
a interdit la turpitude, le mensonge, l'abus des biens des orphelins et
l'accusation des femmes vertueuses. Il nous a ordonné d'adorer Allah,
Lui Seul, sans L'associer à rien ni à personne,
d’accomplir la prière, de s'acquitter de la Zakat et d'observer
le jeune. Nous avons cru en lui et nous l'avons
suivi en ce qui lui venait d’Allah : nous avons adoré Allah, Lui
Seul, sans Lui associer aucun autre ; Nous avons considéré
comme illicite ce qu'on nous a interdit et comme licite ce qu'on nous a
autorisé. Alors notre peuple nous a agressés, torturés,
tourmentés à cause de notre religion, afin de nous faire
retourner à l'adoration des idoles au lieu d'Allah le Très
Haut, et aux perversités que, jadis, nous considérions comme
licites. Lorsqu'ils nous eurent contraints, lésés de nos
droits, réduits à la misère, ne nous laissant aucune
chance de pratiquer notre religion, nous sommes partis vers votre pays ; Nous
vous avons choisi à l'exclusion des autres, pour être sous votre
protection et nous espérons, ô roi, qu'auprès de vous,
nous ne subirons aucune forme d'injustice ». Le Négus dit alors : «
Peux-tu me dire tant soit peu de ce qu'Allah a révélé ?
». Ja'far répondit : « Oui ». Le Négus
lui dit : « Récite-le moi ». Ja'far lut des passages de la
sourate Mariam. Le Négus pleura alors jusqu’à mouiller sa
barbe. Ses évêques pleurèrent aussi à mouiller
leurs livres lorsqu'ils eurent entendu la sourate. Le Négus dit
ensuite aux évêques : « II ne fait pas de doute que ceci
et ce que ‘Issa avait apporté sortent de la même niche
». Se retournant vers les deux émissaires, il dit : «
Partez ! Par Allah, je ne vous les livrerai pas. Ils sont sous ma protection
». Quand ‘Amr Ibn Al-‘As et son
compagnon sortirent, le premier dit au second : « Je jure par Allah que
demain je reviendrai avec de quoi les faire expulser ». ‘Abdullah
Ibn Rab’ia s'adressa à lui en ces termes : « Ne le fais
pas car ils sont nos parents, même s'ils nous ont contrariés
». Cependant ‘Amr Ibn Al-‘As persista dans sa
démarche et, le lendemain, il dit au Négus : « Ô
roi ! Ils disent des choses étranges au sujet de ‘Issa, le fils
de Mariam. Faites-les venir et questionnez-les sur ce sujet ». Celui-ci envoya chez les musulmans leur
demander ce qu'ils disaient au sujet du Messie. Les musulmans se
trouvèrent dans l’embarras mais s'entendirent entre eux pour ne
dire que la vérité. Dès leur arrivée, à la
cour, le Négus les interrogea et Ja'far répondit : « Nous
disons de lui ce que nous a enseigné notre Prophète à
savoir que ‘Issa est le serviteur d’Allah, Son messager, Son
esprit et Sa parole qu’Il a insufflé à la vierge Mariam
». Le Négus ramassa un bâton
à terre et dit : « Par Allah ! Ce que tu viens de dire ne
dépasse la vérité sur ‘Issa Ibn Mariam d’une
longueur plus grande que ce bâton ». Voyant que ses
généraux grommelèrent, il leur dit : « Ne vous en
déplaise ! ». Il dit ensuite aux musulmans : « Allez !
Vous êtes en sécurité dans mon pays, quiconque vous
insulte paiera une amende, quiconque vous insulte paiera une amende,
quiconque vous insulte paiera une amende. Je n'aimerais pas avoir une
montagne d'or si je devais l'obtenir en portant préjudice à
l'un d'entre vous ». Il ordonna que l’on rende les
cadeaux aux deux émissaires de Qouraïch qui sortirent
renfrognés avec tout ce qu'ils avaient apporté. Les
émigrant demeurèrent ainsi dans ce pays hospitalier,
entourés des meilleurs voisins. L'embargo L’échec sévère
essuyé par leur délégation auprès du
Négus, la diffusion de l’Islam et le nombre croissant de ses
adeptes, avec notamment la conversion de ‘Omar Ibn Al-Khattab et Hamza
Ibn ‘Abdel Mouttalib (deux fortes personnalités de la
Mecque) : tout cela exaspérait les notables de Qouraïch. Ils se réunirent donc et
décidèrent d’écrire un document contre les Bani
Hashim et les Bani Al-Mouttalib, en raison de leur lien de parenté
avec Mohammad . Ils stipulèrent qu’ils ne
devaient pas épouser les femmes appartenant à ces deux tribus,
ni accorder leurs propres femmes en mariage avec leurs hommes, et qu’ils
ne devaient pas faire le commerce avec eux. S’étant mis d’accord
sur ces stipulations, ils les assignèrent par écrit dans un
document (sahifah) qu’ils suspendirent à
l’intérieur de la Ka’ba, pour mieux se l"affirmer.
Après cela, les Bani Hashim et Bani Al-Mouttalib, hommes, femmes et
enfants se retirèrent dans le fief (shi’b) d’Abou Talib,
excepté Abou Lahab qui s’allia aux Qouraichites et les soutint.
Cet isolement débuta durant l’an sept de la mission du
Prophète et dura trois ans. Les Bani Hashim et Bani Al-Mouttalib
souffrirent, pendant ces trois années, de la faim et de la privation :
rien ne leur parvenait a moins que ce soit en secret et à l’insu
de Qouraïch, de la part de quelques-uns qui voulaient les aider. Exténués
et poussés par la faim, ils en arrivèrent au point de manger
les feuilles des arbres, si bien qu’à l’extérieur
du fief on pouvait percevoir les cris et les pleurs des enfants
affamés. La Révocation Du Document
Stipulant L'embargo Après ces trois années de
souffrance, en l'an 10 de la mission prophétique, le document
stipulant l’embargo des Bani Hashim et Bani Al-Mouttalib fut
détruit et le pacte rompu. En effet, parmi les Qouraichites, certains
étaient satisfaits du pacte, d'autres insatisfaits. Ces derniers
s'employèrent à faire rompre le pacte. L'initiateur des
démarches ayant abouti à la rupture fut Hicham Ibn ‘Amr
(appartenant à Bani ‘Amir Ibn Lou'ay) qui avait l'habitude
d'accéder au fief, la nuit, pour secrètement apporter de la
nourriture à Bani Hashim et Bani Al-Mouttalib. Hicham contacta 4 autres personnes qui,
comme lui, désapprouvaient cet acte injuste et arbitraire. Il
s’agissait de Zouhir Ibn Abi Oumayya Al-Makhzoumi (dont la mère
était ‘Atika, la fille de Abdel Mouttalib), Al-Mout’im Ibn
‘Ady, Abou Al-Bakhtari Ibn Hicham et Zom’a Ibn Al-Aswad. Ils se
réunirent tous et prirent l'engagement de rompre le pacte. Zouhir dit
: « Je serai le premier à parler ». Le lendemain matin, ils se rendirent au
cercle des Qouraichites. Vêtu d'un beau manteau, Zouhir fit sept fois
le tour de la Kaaba avant de venir rejoindre les gens. Il dit : «
Ô habitants de la Mecque ! Est-il normal que nous consommions de la
nourriture et portions des vêtements alors que les Banou Hashim
périssent, sans pouvoir vendre ou acheter quoi que ce soit ? Par Allah
! Je ne m’assiérai pas avant que ce pacte injuste et
éprouvant ne soit rompu ». Après cette épreuve de 3
années, Abou Talib, qui continuait d'assurer son neveu de sa protection,
avait dépassé les 80 ans. Les souffrances et les
événements qui se succédaient depuis des années -
notamment le blocus du fief - avaient usé et affaibli ses
articulations, et eu raison de sa solidité. Ainsi, quelques mois
après sa sortie du fief, il fut atteint d'une maladie assez
sérieuse. Alors, dans la crainte de salir leur
réputation parmi les arabes, ce qui serait le cas, s'ils attendaient
jusqu'après sa mort pour s'attaquer à son neveu, les notables
de Qouraïch essayèrent, encore une fois, de négocier avec
le Messager Ils allèrent donc trouver Abou
Talib et lui parlèrent. Leur délégation était
constituée des dignitaires de leur peuple : 'Otba Ibn Rabi'a, Chayba
Ibn Rabi'a, Abou Jahl Ibn Hichâm, Oumayya Ibn Khalaf, Abou Soufyan Ibn
Harb et d'autres notables de leur tribu. Ils dirent : « Ô Abou
Talib ! Tu occupes parmi nous la place que tu connais. Te rendent visite
aujourd'hui ceux que tu vois ici. Nous craignons pour toi. Mais tu sais aussi
ce qui nous oppose à ton neveu. Alors appelle-le ! Et qu'il se détourne
de nous et que nous nous détournions de lui ! Qu'il nous laisse avec
notre religion et que nous le laissions avec la sienne ! » Abou Talib envoya chercher le
Prophète qui, aussitôt se présenta. Son oncle lui dit :
« Neveu, voici les dignitaires de ton peuple, ils se sont réunis
pour toi, afin de te donner et de prendre de toi ! ». Il l'informa
ensuite de ce que ces dignitaires avaient dit et proposé pour
éviter la confrontation. Le Messager d'Allah leur dit : « Bien !
Vous me donnerez un seul mot, grâce auquel vous maîtriserez les
arabes, et par lequel les non arabes vous seront redevables ». Abou
Jahl répondit : « D'accord, nous te donnerons même
volontiers dix mots ». Le Prophète dit : « Vous direz : Surpris, ils battirent des mains et
dirent : « Ô Mohammad ! Veux-tu faire de toutes les
divinités un seul Dieu ? Ton affaire est vraiment étrange !
». Ensuite, ils se dirent les uns aux autres : « Cet homme ne
vous donnera rien de ce que vous voulez. Partez donc et continuez dans la
religion de vos ancêtres jusqu'au jour où Allah vous
départagera de lui ». Sur ces mots, le groupe se dispersa. Sur le cas de ces gens, Allah
révéla à son Messager les versets ci- après : { Sad. Par le Coran au nom glorieux !
Ceux qui ont mécru sont plutôt dans l'orgueil et le schisme !
Que de générations avant eux avons-nous fait périr qui
ont crié : «hélas» quand il n'était plus
temps d'échapper ? Et ils (les Mecquois) s'étonnèrent
qu'un avertisseur parmi eux leur soit venu, et les infidèles disent :
« C'est un magicien et un grand menteur. Réduira-t-il les
divinités à un Seul Dieu ? Voilà une chose vraiment
étonnante ». Et leurs notables partirent en disant : «
Allez-vous-en et restez constants à vos dieux : c'est là,
vraiment une chose souhaitable } Rongé par sa maladie, Abou Talib
ne tarda pas à mourir quelques mois après la levée de
l'embargo, dont nous avons fait le récit précédemment. Un hadith authentique rapporté
d'Al-Mousayyab mentionne que sur son lit de mort, Abou Talib reçut la
visite du « Ô oncle ! Dis : « Il
n'y a pas d'autre divinité qu'Allah » ; une parole au moyen de
laquelle j'argumenterai en ta faveur auprès d'Allah ». Abou Jahl
et 'Abdullah Ibn Abi Oumayya s'empressèrent de dire : « Ô
Abou Talib ! Vas-tu renoncer à la religion de 'Abdel Mouttaleb ?
». Le Prophète ne cessa de lui proposer de témoigner en
répétant les mêmes mots, mais les dernières
paroles prononcées par le moribond affirmaient qu'il suivait toujours
la religion de 'Abdel Mouttaleb et refusait de dire : « Il n'y a pas
d'autre divinité qu'Allah ». Alors le Messager d'Allah dit : « Par Allah ! J'implorerai le
pardon en ta faveur, tant qu'il ne me sera pas interdit de le faire !
». Allah , cependant, lui
révéla : { II n'appartient pas au Prophète
et aux croyants d'implorer le pardon en faveur des associateurs, En s'adressant à Son Messager, au
sujet d'Abou Talib, Allah révéla : { Tu ne diriges pas celui que tu aimes :
mais c'est Allah qui guide qui Il veut. Il connaît mieux cependant les
bien-guidés} [ Sourate 28 : verset 56 ] |
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