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La Tradition [Sunna] est, après le Coran, la seconde source de législation en Islam; pour la définir, nous dirions qu'elle se constitue des actes, des paroles de l'Envoyé de Dieu , ainsi que des actes et des paroles d'autrui, qu'il a agréés. 

Par législation, il faut entendre les prescriptions qui se rapportent à la vie de l'homme, qu'il s'agisse de ses rapports à ses semblables ou à Dieu.

La Tradition est la concrétisation des préceptes divins contenus dans le Coran; elle met en exergue le modèle que doivent suivre les musulmans cheminant vers Allah  :

« Dis: "Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »
Sourate 3 la Famille d'Imran Verset  31

«En effet, vous avez dans le Messager d'Allah un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment.»
Sourate 33. Les coalisès (Al-Ahzab) Verset 21

Le prophète  à dit :

« Accrochez-vous à ma tradition »  [ Rapporté par At-Tirmidhî, Abû Dâwud ]

« Je vous ai laissé sur une voie éclatante de lumière, sa nuit ressemble à son jour;
ne s'en écarte, après moi, que celui qui doit périr »   [ Rapporté par Ibn Mâja ]

La Tradition a la même autorité juridique que le Coran ; le musulman ne peut que s'y conformer :

« Dis: « Obéissez à Dieu et à Son Envoyé » S'ils se dérobent, Dieu
n'aime pas les dénégateurs » Sourate 3 La Famille d'Imran verset 32

« [...] Ce que l'Envoyé vous a donné, prenez-le; ce qu'il vous a défendu
de prendre, n'y touchez pas. [...] » Sourate 59. L'exode (Al-Hasr) Verset 7

La Tradition verbale - Sunna Qawliyya - du Prophète  est une niche de sagesses; elle se particularise par son caractère laconique, s'exprimant dans un style concis mais éloquent, car riche de sens sagaces et pénétrants.  Elle est dans le Coran équivalente de la sagesse:

« Lui qui a envoyé au sein des illettrés un Envoyé des leurs pour leur réciter Ses Signes, les purifier, leur enseigner lecrit et la sagesse »
Sourate 62. Le vendredi (Al-Jumua) Verset 2

C'est ce que confirment nombre de savants et commentateurs du Coran comme Qatâda, AI-Hassan, Muqâtil Ibn Hayyân et Abû Malik.

Le travail des savants musulmans anciens et modernes a consisté à mettre en valeur ces sagesses, les mettant à la portée de la masse des musulmans; ces derniers n'étant pas qualifiés pour saisir le ou les sens du hadith.  Une telle tâche exige de posséder une somme de sciences notarmment religieuses, en sus d'une connaissance éclairée de la réalité.

La présente étude  - La sagesse du Prophète - se fixe pour objet d'expliquer et de commenter une somme de hadiths qui touchent à tous les volets de la vie du musulman: la foi, le comportement avec l'époux ou l'épouse, les enfants, les parents, le voisin, la responsabilité de l'homme dans la société, la morale, l'éducation, la santé, etc.. L'auteur s'appuie sur le Coran et la Tradition pour dégager des hadiths étudiés tous les sens et toutes les sagesses qui y sont enfouis

Nous espérons que le lecteur puisera dans ces écrits des enseignements qui lui serviront de lumière et de bonne direction dans sa vie personnelle, familiale et sociale.

Puisse cette oeuvre le conduire à gagner la proximité de Dieu et Son agrément, Dieu est certes Celui qui entend et exauce Ses créatures humbles aspirant à Lui.

Les actes ne valent que par l'intention

Umar Ibn AI-Khattâb  - qu'Allah soit satisfait de lui -  a dit : « J'ai entendu le Messager de Dieu dire :

« Les actions ne valent que par les intentions et chacun n'a pour lui que ce qu'il a eu réellement l'intention de faire.  Celui qui émigre pour Dieu et Son Messager, son émigration lui sera comptée comme étant pour Dieu et Son Messager. Et celui qui émigre pour acquérir des biens de ce bas-monde ou pour épouser une femme, son émigration ne lui sera comptée que pour ce vers quoiil a émigré » Hâdith rapporté par AI-Bukhârî et Muslim.

Ce hadith sublime montre que les oeuvres sont pesées à la balance de l'intention (Niyya); quand celle-ci est pure, l'oeuvre devient bonne et lorsqu'elle est mauvaise l'oeuvre s'en trouve corrompue.

C'est l'un des hadiths constituant le pivot de l'Islam.  Il résume - selon l'Imam Ach-Châfi'î   - le tiers de la religion, et se rapportent à lui soixante-dix chapitres de la jurisprudence.

Ainsi l'expression du Prophète  - que la Paix et le Salut soient sur lui -   « les actions ne valent que par les intentions », signifie que les oeuvres légales (Char'iyya) pour lesquelles est rétribué le musulman, comme les actes cultuels (Ibâdât) ou d'obéissance, ne sont valables, parfaits, considérables ou acceptables que si les accompagne l'intention pure par laquelle l'on ne recherche que la face d'Allah  - Exalté soit-Il - .  D'ailleurs, certains savants estiment que ce sens englobe tous les actes, que ceux-ci procèdent du religieux ou du temporel ( Dunyawi ).  Tout acte par lequel le musulman vise la proximité de Dieu, peut procurer à celui-ci une récompense.

S'agissant de l'expression du Prophète  « Chacun n'a pour lui que ce qu'il a eu réellement l'intention de faire », celle-ci signifie que la part et la récompense qui reviennent à l'homme, demeurent tributaires de son intention.  Si celle-ci est bonne et vouée à Dieu exclusivement, l'oeuvre sera agréée et son auteur récompensé.  En revanche, si l'intention est mauvaise ou corrompue, l'oeuvre sera elle-aussi mauvaise et son auteur en supportera le péché.

Donnons quelques exemples qui illustrent nos propos :

Celui qui tue délibérément un homme est à son tour tué,
et subit le jour du jugement dernier un châtiment douloureux.

Celui qui, par erreur, tue un homme paye le prix de sang et n'encourt aucun châtiment dans la vie ultime.

Celui qui formule l'intention de faire du bien, mais en est empêché, en sera récompensé.

Celui qui veut faire du mal, mais s'en abstient, par crainte de Dieu, Dieu le rétribue pour cela.

Celui qui veut faire du mal, mais en est empêché, supporte un péché.

L'intention a été instituée pour distinguer l'acte adoratif ('Ibâda) de la simple habitude ('Âda) ou encore pour différencier les degrés des actes cultuels.

Exemple du premier cas : s'asseoir dans la mosquée peut avoir pour finalité la recherche du repos ou la retraite spirituelle (l'tikâf). 

Ce qui distingue l'adoration de la simple habitude c'est l'intention.  Il en va de même du lavage du corps qui peut être accompli pour simplement laver le corps ou pour lever l'état d'impureté, à titre adoratif.

Exemple du second cas : l'intention hiérarchise les actes cultuels; car l'on peut accomplir - par exemple - deux unités de prière pour s'acquitter de la prière canonique du matin (Subh) ou simplement de la prière surérogatoire (Sunna).

L'intention a été instituée également pour que l'oeuvre soit vouée entièrement à Allah  .  En effet le croyant se doit de viser par ses oeuvres l'agrément divin. Il doit veiller à ce que ses oeuvres soient à l'abri des passions, de la recherche de la satisfaction de l'égo, c'est ainsi qu'il peut espérer une grande récompense de la part de Dieu.

En tant que consécration de l'oeuvre à Allah , l'intention a été évoquée, dans le Coran, par le biais de la recherche sincère du visage de Dieu.

Allah  dit :

« Reste en la compagnie de ceux qui, matin et soir, invoquent leur Seigneur en désirant Sa face »
Sourate 18. La caverne (Al-Kahf) Verset 28

Ailleurs, le Coran utilise le terme « Ibtighâ' » (recherche) pour parler de l'intention pure :

« Ne donnez que poussés par le désir de la face de Dieu »
Sourate 2. La vache (Al-Baqarah) Verset 272

Ainsi toute oeuvre qui n'est pas exclusivement vouée à Dieu, ne peut être agréée et son auteur récompensé. Abû Mûsâ  - qu'Allah soit satisfait de lui -  a rapporté l'événement suivant :

« Un homme vint trouver le Messager de Dieu  et lui demanda : « Lequel de ces trois combattants combat sur le chemin de Dieu: l'homme qui combat pour le butin, l'homme qui combat pour la réputation ou l'homme qui combat par ostentation ? »

Le Messager de Dieu   dit: « Celui qui combat pour que la parole de Dieu soit. la plus haute, c est celui-là qui combat sur le chemin de Dieu » (AI-Bukhârl et Muslim).

Donc, l'intention pure par laquelle n'est recherché que le visage d'Allah  constitue l'un des aspects de la sincérité envers Dieu et le signe de la validité de la foi et des actes.  C'est ce qu'exige, d'ailleurs, Allah  de Ses serviteurs :

« On leur avait seulement ordonné d'adorer Dieu comme de vrais croyants qui lui rendent un culte pur »
Sourate 98. La preuve (Al-Bayyinah) Verset 5

Abandonner l'ostentation dans les actes adoratifs, est un signe de sincérité vis-à-vis de Dieu, l'ostentation étant la recherche à travers I'oeuvre d'une autre finalité que Dieu.  La sincérité dans les actes constitue une règle générale à laquelle si les gens viennent à se conformer, l'état de la communauté, islamique se réformera et les musulmans mèneront dès lors une vie agréable et prospère.

La sincérité du commerçant, par exemple, envers Son seigneur revient à ce qu'il montre de la miséricorde envers les gens lorsque ceux-ci sont dans une mauvaise passe, se satisfaisant d'un minimum de profits et se gardant de monopoliser les denrées alimentaires nécessaires. La sincérité de l'ouvrier dans son travail fait accroître la production et généraliser le bien.  La sincérité des détenteurs du pouvoir, envers Dieu, remettrait leurs pays sur la voie de la réforme et ferait le bonheur et le succès de leurs peuples. La sincérité des riches les empêcherait lorsque viennent les temps difficiles, de se montrer ladres alors que leurs concitoyens succombent sous le poids de l'indigence et des maladies.

La deuxième partie du hadith met en exergue la place de l'intention, laquelle détermine le sort des oeuvres.  Le Prophète   dit : « Celui qui émigre pour Dieu et Son Messager, son émigration lui sera comptée comme étant pour Dieu et Son Messager » Le terme « hijra » (émigration) consistait à l'origine à ce que les musulmans faibles quittent un pays que dominent polythéisme, impiété et oppression pour la terre de I'Islam (Dar-Al-Islâm) ou un pays où ils ne sont pas inquiétés du fait de leurs convictions religieuses.

C'est ce que les musulmans premiers avaient fait en fuyant la persécution qu'ils subissaient à la Mecque.  Ils ralliaient Médine où l'Etat islamique premier était en phase de genèse.  Cette émigration renfermait certes une récompense immense, mais le Prophète  montre ici qu'elle dépendant de la nature de l'intention de l'émigrant.  Celui qui émigre à la demeure de l'Islam par amour pour Dieu et Son Envoyé et par désir de s'initier à l'Islam et que la parole de Dieu soit la plus haute, celui-là est en vérité l'homme qui émigre vers Dieu et Son Envoyé.  Et qu'il lui suffise comme honneur et gloire d'obtenir la récompense consécutive à son intention.

A la fin du hadith, le Messager de Dieu  dit :    « Et celui qui émigre pour acquérir des biens de ce bas-monde ou pour épouser une femme, son émigration ne lui sera comptée que pour ce vers quoi il a émigré.» C'est-à-dire que celui dont l'émigration a pour seul but d'obtenir un profit matériel, un bien relatif au monde d'ici-bas ou pour épouser une femme, son émigration ne lui sera comptée que pour ce vers quoi il a émigré.  Autrement dit aucune rétribution ne découle de son action.

A ce sujet, l'on rapporte l'histoire d'un musulman qui a émigré de la Mecque à Médine; celui-ci quitta la demeure des négateurs dans le seul but d'épouser une femme appelée Umm Qays, c'est pourquoi il fut appelé l'émigrant d'Umm Qays.

Il s'ensuit que celui qui accomplit le pèlerinage à la Maison de Dieu par pure ostentation, ne récoltera aucune récompense, contrairement au pèlerin sincère aspirant à la proximité d'Allah  et à la rémission de ses péchés; à celui-ci, Allah , s'Il le veut, agrée le pèlerinage et l'en rétribue.

Certains savants estiment que celui qui accomplit ses ablutions pour se rafraîchir ou jeûne dans un but thérapeutique (parce qu'il veut se mettre à la diète), recherchant par la même occasion la proximité d'Allah , ni ses ablutions ni son jeûne ne sont valides, car ayant associé à Dieu autre que Lui ; or les actes doivent être consacrés exclusivement à Dieu.

En somme, en Islam, les oeuvres ne valent pas par leur forme, mais par la bonne intention les générant, celle vouée à Dieu.  Nul doute qu'il s'agit là d'un principe sublime, procédant du comportement idéal, qui confère aux oeuvres éminence et leur fait gravir les degrés de la perfection.  Ce principe débarrasse les oeuvres, en même temps, des passions, de toute mauvaise envie ainsi que de toute forme d'ostentation.  C'est dire que lorsque n'est recherché que Dieu, les intentions en deviennent pures, les coeurs unis, le bien se généralise et les musulmans se tournent tous vers la même finalité: oeuvrer en conformité avec ce qu'Allah  agrée, or Allah n'ordonne à l'homme que ce qui renferme pour lui du bien, Dieu se passant des créatures.

Aime pour les autres ce que tu aimes pour toi-même

Anas  rapporte que le Prophète  a dit:

« L'un de vous n'est véritablement croyant que s'il aime pour son frère ce qu'il aime pour lui-même»
[ Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim ] 

La foi c'est consentir par le cœur qu'il n'y a d'autre dieu que Dieu et que Muhammad est le Messager de Dieu, et s'acquitter des piliers de l'Islam : la prière, le jeûne, la zakat et le pèlerinage. Celui qui s'y conforme, est musulman croyant.  Dans ce hadith, le Messager de Dieu dénie la foi à quiconque n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même.

Mais quelle est la réalité de cette dénégation ? Les savants répondent que ce qui est dénié c'est la foi parfaite, la foi authentique qui fait le bonheur de l'homme dans le monde présent et celui à venir.  Par « frère », il faut entendre la fraternité découlant de l'appartenance à l’Islam. Il est dit dans le Coran :  { Les croyants sont des frères }  [ 49 –   10 ]

Et le Prophètedit :  « Le musulman est le frère du musulman. » 

Par-là, il ne faut cependant pas conclure que l’lslam n'accorde pas d'attention aux non-musulmans et que ceux-ci ne sont pas touchés par son élan de bien. Car le Messager de Dieu dit :

« Et aime pour les gens ce que tu aimes pour toi-même, tu seras croyant »
[ Rapporté par At-Tirmidhî ] 

La sémantique se dégageant de ce dernier hadith porte le musulman à aimer pour les gens, tous les gens, ce qu'il aime pour sa propre personne, que ceux-ci viennent à l'Islam pour que la confirmation de l'unicité de Dieu (Tawhid) ainsi que la paix couvrent la terre entière et que les gens soient touchés par le bien ici-bas et dans la vie ultime.  Cet éclaircissement donné, nous mentionnons un autre hadith où l'Envoyé de Dieu indique en quoi consiste l'amour du musulman envers son frère musulman. Le Prophète dit :

« Aucun de vous n'est véritablement croyant tant qu'il n'aime pas pour son frère ce qu il aime pour lui-même
et ne déteste pour son frère ce qu'il déteste pour lui-même »
[ Rapporté par An-Nasâï ]

Le terme « bien » englobe tout ce qui touche l'homme en termes de bonté, d'avantage et de bonheur, que cela procède des choses relatives à la religion et ce qui s'ensuit comme récompense dans la vie dernière ou des affaires du monde d'ici-bas, comme l'acquisition de ce qui est bon et pur des biens octroyés (Rizq), et la douceur de l'existence.

Il est naturel que lorsque l'homme aime pour son frère ce qu'il aime pour lui-même, il déteste, à plus forte raison, pour lui ce qu'il déteste pour sa propre personne. Cela constitue la meilleure motivation pour lever la nuisance et le mal qui touchent les autres, l'homme détestant par nature en être victime.

Lorsque le croyant saisit le sens de ce hadith sublime de l'Envoyé de Dieu , il acquiert une haute moralité ; dans toute action ou tout comportement à l'égard d'autrui, il évaluera son acte selon les critères du droit et de l'équité et le jugera à l'aune de sa propre personne.

Ce hadith ouvre des horizons actifs quant à l'édification d'une société vertueuse où triomphent confiance et entraide, amour et solidarité.

Si les Hommes viennent à suivre la bonne orientation qu'il renferme, le ressentiment, l'animosité, l'inimitié et la jalousie n'auront plus droit de cité dans les cœurs ; ils seront débarrassés de l'égoïsme et de l'amour de soi, source de tous les maux et de tous les conflits entre les individus et les collectivités.

Parmi les degrés les plus élevés de la noblesse de caractère il y a le fait pour l'homme de débarrasser son cœur de toutes les marques d'égoïsme et de préférer autrui à soi-même. C'est ce que Ton appelle l'altruisme, lequel a valu aux musulmans premiers les louanges de Dieu dans le Coran :

{ Ceux qui, avant eux, se sont installés dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux
qui se sont réfugiés chez eux, qui ne ressentent aucune envie contre ce qui est octroyé à ces derniers. Ils les préfèrent à eux-mêmes, même s'il y a pénurie. }
[ Sourate 59 – Verset 9 ] 

Ainsi, le sacrifice pour autrui est la forme la plus élevée d'altruisme. L'exemple le plus éclatant en est donné par 'Ali Ibn Tâlib  lors de la nuit de l'émigration du Messager de Dieu vers Médine. Ce soir-là, il passa la nuit dans le lit du Messager de Dieu pour faire croire aux négateurs qu'il était le Prophète et ainsi rendre facile l'émigration de celui-ci. Il était conscient qu'il était à deux doigts de la mort, car armés, les négateurs surveillaient l'entrée de la maison du Messager de Dieu . Une attaque précipitée et irréfléchie des négateurs lui aurait ôté la vie. Seuls la foi en Dieu et en Son Messager et l'amour intense qu'il leur vouait l'ont poussé à consentir un tel sacrifice et à prendre un aussi grand risque qui auraient pu lui coûter la vie.

Un autre exemple est donné par l'attitude d'Abû Bakr le véridique . Sur le chemin de l'émigration à Médine, il se réfugie dans une grotte en compagnie du Messager de Dieu aux fins de s'extraire aux regards des négateurs les poursuivant. Son regard attiré par le trou d'un reptile venimeux, il y appliqua son pied protégeant ainsi le Messager de Dieu et s'exposant lui-même aux morsures du reptile.

Illustre aussi cet altruisme, l'attitude des combattants musulmans blessés lors de la bataille d'Al-Yarmûk; tenaillés par la soif et à l'article de la mort, chacun d'eux préférait cependant que l'on donnât l'eau aux autres blessés.

Tout cela montre que les premiers musulmans se sont conformés à la recommandation du Prophète et à la bonne direction mise en avant par la religion qui est la leur. Ils donnèrent ainsi l'exemple le plus éclatant en matière d'amour d'autrui, de renoncement à l'amour de soi [Tajarrud]. C'est pourquoi ils ont pu devenir les maîtres du monde d'ici-bas.

Les musulmans ont besoin aujourd'hui de renouveler le pacte avec l'Islam véritable tel qu'il fut incarné par les premiers musulmans, de marcher sur leurs traces et de suivre la bonne direction qui était la leur.

La douceur

Jâbir Ibn 'Abdullâh   a rapporté que le Messager de Dieu   a dit : « Quiconque est privé de douceur, est privé de tout bien » (Rapporté par At-Tirmidhî)

Aicha épouse du Prophète   a rapporté, quant à elle, que le Messager de Dieu a dit : « Dieu est Doux et Il aime la douceur. Il octroie en contrepartie de la douceur, ce qu'Il n'octroie point en contrepartie de Sa rigueur ni d'aucune autre qualité » (Rapporté par Muslim)

Aicha rapporte également que le Prophète   a dit : « Dieu aime la douceur en toute chose » (Rapporté par Al-Bukhârî).

Elle rapporte aussi de lui : « Il n'est rien qui ne soit embelli par la douceur, il n'est rien qui, privé de la douceur, ne soit terni» ( Rapporté par Muslim).

Linguistiquement parlant, « Ar-rifq » désigne la sociabilité et la délicatesse dans le comportement, et est antinomique de la rigueur et de la violence.

La douceur est une manière d'être avec les gens ainsi qu'avec les animaux; c'est un caractère agréable qui est source de beaucoup de bien, ainsi celui qui en est privé se voit priver de tout bien. En outre, la douceur apporte à l'homme ce qu'il ne peut, par d'autres voies, obtenir.

Nul doute que cette recommandation prophétique constitue pour les générations un bon enseignement et une sublime orientation d'où découle un bien abondant.

Nous ne manquons pas ici de souligner que ces hadith appelant à user de douceur constituent une école pour la psychologie moderne qui consacre la douceur et récuse la violence et la rigueur. En ce sens, les recommandations du Prophète   ont devancé ce qui a été apporté, dans les temps modernes, en matière d'éducation.

Il est à rappeler enfin que la douceur s'observe et dans les relations humaines et dans le traitement des animaux; c'est ce que nous nous emploierons à mettre en évidence dans l'étude du hadith suivant.

Miséricorde avec l'enfant et honneur au vieillard

Anas Ibn Mâlik  a dit: « Un vieillard est venu voir le Prophète , mais les gens présents mirent beaucoup de temps à lui céder le passage. Le Prophète  dit alors : « Ne fait pas partie de notre communauté celui-là qui ne se montre pas clément avec notre petit et n'honore pas notre grand » (At-Tirmidhî). 

Le Prophète  , dans ce hadith, désavoue ceux de sa communauté qui ont le coeur dur, ne prennent pas en pitié les enfants ni n'honorent les gens plus âgés qu'eux. Car un tel agir ne procède pas de la Tradition (Sunna), la bonne orientation, la voie et la morale qui sont celles du Prophète  et de la communauté qui est la sienne.

En disant: « Ne fait pas partie de notre communauté celui-là ... », le Prophète   n'entend pas l'exclusion de l'auteur de ce comportement, désavoué par lui, de la communauté islamique, mais cette expression a pour seul but de montrer la gravité de son action et de le menacer.

L'enfant, pour devenir un bon citoyen, a besoin que l'on soit, à son égard, miséricordieux et bienveillant. Car le négliger, être dur avec lui et le priver d'amour alors qu'il en a tellement besoin, peut le conduire vers le chemin de la déviance et de la délinquance, emprunté par les criminels. La perversion de ceux-ci est en grande partie due au défaut d'un comportement doux et bienveillant à leur égard.

Il est à remarquer ici que le fait de ne pas assurer à l'enfant une bonne éducation et une instruction utile, l'abandonnant à la rue et à la mauvaise fréquentation, est de la part des parents un comportement dénué de la clémence recommandée par le Prophète . De même, il est inhumain de confier à l'enfant des tâches insupportables pour lui ou de le corriger avec une main lourde. Plus l'on apporte de la bienveillance, du soin, de la douceur à l'enfant, plus l'on contribue à faire de lui un bon citoyen.

Du reste, l'Envoyé de Dieu    a désavoué le comportement de l'homme qui tient à l'égard de ses propres enfants un comportement rigide. C'est ce qu'affirme le hadith suivant rapporté par Abû Hurayra   :

« Le Messager de Dieu embrassa une fois son petit fils Al-Hassan Ibn 'Ali en présence de Al-Aqra' Ibn Habis qui lui dit: «J'ai une douzaine d'enfants et je n'en ai jamais embrassé un seul». Le Messager de Dieu   le regarda et lui dit: « Celui qui n'est pas clément avec les autres, Dieu n'est pas clément avec lui » ( unanimement reconnu authentique )

Autrement dit, celui-ci n'est pas digne que Dieu lui fasse miséricorde, surtout s'il n'est pas clément et compatissant envers ses enfants.D'ailleurs la prévenance envers l'orphelin participe de cette miséricorde due à autrui, c'est pourquoi l'Islam a-t-il montré beaucoup d'intérêt pour celle-ci. Dieu ne dit-Il pas:

« Quant à l'orphelin, ne l'opprime pas »
[ Sourate 93. Le jour montant (Ad-Duha). verset 9 ]

De son côté, le Messager de Dieu , montrant la rétribution qui échoit à celui qui prend en charge un orphelin, dit:

« Celui qui entretient l'orphelin (qu'il soit ou non de sa famille), nous sommes moi et lui,
dans le Paradis comme ces deux doigts ». Et il groupa son index et son majeur puis les sépara » (Al-Bukhârî).

Dans ce hadith que nous étudions présentement, le Messager de Dieu  dit: « Et n'honore pas notre grand». Les personnes plus âgées que nous ainsi que les vieillards ont droit au respect et aux honneurs. Violer ce droit est un signe de manque de fidélité et d'impolitesse pouvant conduire à l'irrespect des droits des gens. Car la génération montante a une dette envers les vieillards, et c'est faire preuve d'ingratitude que de ne pas les honorer.

Par ailleurs, le Messager de Dieu   incite au respect des personnes âgées. Il dit à ce propos :

« Il n'est pas un jeune homme qui n'honore un vieillard à cause de son âge, auquel Allah  ne destine,
sur ses vieux jours, quelqu'un qui l'honorera pour la même raison » (At-Tirmidhî).

Le respect dû à la personne âgée consiste à l'écouter attentivement, notamment lorsqu'elle nous prodigue des conseils, à satisfaire ses besoins, à ne pas parler avant elle ni marcher devant elle, à lui consacrer toutes formes de respect et à ne pas la blesser par des mots inconvenants.

De ce qui précède, il ressort que l'Islam prend en haute considération les enfants ainsi que les personnes âgées et qu'il dirige les musulmans vers le bien, cela aux fins d'établir une société vertueuse et solidaire où sont préservés les droits de tous, de quelque âge qu'ils soient.

Ne t'emporte pas

Abu Hurayra a rapporté qu'un homme dit au Prophète  :

« Fais-moi une recommandation », « Ne te mets pas en colère » lui répondit-il.

L'homme réitéra sa demande plusieurs fois, et le Prophète  de lui répondre à chaque fois :

« Ne te mets pas en colère. » ( Hadith rapporté par Al-Bukhârî ).

Ce noble hadith constitue la preuve évidente que le Prophète  avait reçu le don de parler en peu de mots, mais riches en sens et tout de sagesse emplis. En effet, la colère renferme tout le mal et est source du malheur.Le Prophète  répéta à plusieurs fois: « Ne te mets pas en colère », parce que la colère prive l'homme de sa raison, or celui qui est privé de sa raison s'expose au danger, dans tous ses actes, la raison perdant de son efficacité sous l'emprise de la colère.

Les causes de la colère sont multiples : La maladie, la faiblesse dans la constitution, le travail éreintant, le manque de sommeil, l'excès dans le luxe, la haute sensibilité aux événements qui sont en vérité insignifiants, la perméabilité aux « on-dit » ou à la médisance, mais aussi la défiance, l'humiliation ou l'offense subite. 

Victime de la colère, l'homme perd son bon sens et sort hors de ses gonds. D'aucuns profèrent toutes sortes d'injures, voire des impiétés; parfois même, la colère donne lieu à une légèreté dans le comportement, suscite l'hostilité entre membres de la même famille et amis. Il est des cas où le coléreux recourt à la violence et va jusqu'à verser le sang. C'est pourquoi la colère est terriblement mauvaise et son danger considérable.

La colère nuit également à la santé du coléreux, car provoquant l'aggravation de la tension artérielle et l'accélération du rythme cardiaque. L'emportement peut même causer l'éclatement des nerfs cérébraux ou la crise cardiaque lorsque celui-ci est cardiaque.D'où la vive mise en garde contre la colère et la considération, par le Prophète , de la maîtrise de soi comme marque d'héroïsme. Le Prophète  a dit : « Le fort n'est pas celui qui terrasse les gens dans la lutte, mais le fort est celui qui reste maître de lui-même dans la colère. » (Al-Bukhârî).

Emanant du Prophète , cette parole est venue nier que la robustesse et la capacité de terrasser l'adversaire soient chez l'homme symbole de force, comme le croient les gens. Elle établit que la force authentique consiste à se maîtriser lorsque l'on s'emporte. 

Du reste, le noble Coran compte, parmi les traits de caractère des croyants, la mansuétude, la magnanimité envers les injustes, ainsi que la maîtrise de soi, laquelle met à l'abri de l'esprit de vengeance.

Allah dit :

"Qui évitent [de commettre] des péchés les plus graves ainsi que les turpitudes,  et qui pardonnent après s'être mis en colère"  Sourate 42. Achoura " la Consultation " verset 37

De même, le Coran considère que l'une des qualités majeures des pieux à qui est réservée la félicité dans la vie ultime, c'est la maîtrise de la colère et le pardon accordé par eux à ceux qui les offensent.

Allah dit :

"Qui dépensent dans l'aisance et dans l'adversité, qui dominent leur rage et pardonnent à autrui - car Allah aime les bienfaisants - . et pour ceux qui, s'ils ont commis quelque turpitude ou causé quelque préjudice à leurs propres âmes (en désobéissant à Allah), se souviennent d'Allah et demandent pardon pour leur péchés - et qui est-ce qui pardonne les péchés sinon Allah? - et qui ne persistent pas sciemment dans le mal qu'ils ont fait. Ceux-là ont pour récompense le pardon de leur Seigneur, ainsi que les Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement. Comme est beau le salaire de ceux qui font le bien !"  Sourate 3.  Al Imran " La Famille d'Imran " verset 134-136

L'on a rapporté qu'une servante de l'imam Zayn Al-'Âbidîn Ibn Al-Husayn , un broc à la main, versant de l'eau sur les mains de son maître, fit tomber par inadvertance le broc dans la bassine, l'eau éclaboussa le visage de Zayn Al-'Âbidîn qui se tourna vers elle en colère; c'est alors qu'elle récita cette parole d'Allah : "Pour ceux qui maîtrisent leur colère" Il dit : « Je l'ai maîtrisée » . Elle ajouta : "Ceux qui pardonnent aux hommes". Il dit : « Que Dieu te pardonne ! » Elle dit : "Dieu aime ceux qui font le bien". Il dit : « Va, tu es libre pour Dieu ! »

Cette servante est étonnante ! Sa connaissance du Coran est grande et elle a l'esprit de répartie, car aussitôt qu'elle sentit venir la colère de l'imam Zayn Al-'Âbidîn, elle le renvoya à la parole d'Allah . La réaction immédiate et soumise de l'imam, aux versets coraniques, nonobstant sa colère et son irritation, est non moins merveilleuse. Il fut tellement touché qu'il affranchit sa servante, alors qu'il lui aurait suffi comme marque de noblesse de caractère de lui pardonner.

Selon Sulaymân Ibn Surad  :

« Deux hommes s'insultaient, en présence du Prophète . L'un d'eux, injuriait l'autre si violemment que le visage de celui-ci s'empourpra de colère, Le Prophète  dit : « Je connais une parole qui fera disparaître sa colère s'il la prononce. C'est :  « Je demande refuge auprès de Dieu contre Satan le lapidé. (A'oudho billahi mina Shaytan Arrajim) » (Rapporté par les auteurs des Sunans).

De même, Abû Dharr  a rapporté : « Le Messager de Dieu  nous a dit : « Que celui d'entre vous qui se met en colère s'assoit s'il est debout; si sa colère ne se dissipe pas, qu'il s'allonge sur le côté. » (Abû Dâwud et Ahmad).

Selon Atiyya As-Sa'dî  , le Messager de Dieu  a dit : « La colère vient de Satan. Et Satan a été créé de feu. Or rien n'éteint le feu si ce n'est l'eau. Que celui d'entre vous qui se met en colère fasse ses petites ablutions. » (Abû Dâwud).

Il nous incombe de méditer sur ces sages paroles du Prophète  ; combien serions-nous inspirés si nous les appliquions à nous-mêmes et en tirions profit, surtout à l'époque qui est la nôtre où beaucoup, la fragilité des nerfs aidant, ne maîtrisent pas leur colère.

En recommandant au coléreux de faire ses ablutions mineures pour dissiper le feu de la colère, le Prophète  détourne son attention de l'objet de la colère; ainsi les ablutions finies, se détend-t-il et sa tension baisse, ce qui le met à l'abri des comportements inconséquents et des initiatives effervescentes.

Le Tout-Miséricordieux fait miséricorde aux miséricordieux

Jâbir Ibn 'Abdallâh   a rapporté que le Messager de Dieu   a dit :
« Celui qui n'est pas clément avec les autres, Dieu  n'est pas clément avec lui »
[ Rapporté par Al-Bukhâri ]

'Abdallâh Ibn 'Amrû   a rapporté que le Messager de Dieu  a dit :
« Ceux qui sont cléments avec les autres, Dieu est clément avec eux ; soyez cléments avec les créatures
, Celui qui est aux cieux vous sera clément »  [ Rapporté par At-Tirmidhî ]

L'Islam est la seule religion à avoir autant insisté sur l'obligation pour l'homme d'être clément avec les autres, car la clémence est absolument la plus noble des qualités humaines, et d'elle découlent beaucoup de vertus.

Car si les hommes se faisaient miséricorde, il n'y aurait ni malheureux ni déshérité. Si les hommes se faisaient miséricorde, ils ne feraient pas couler leur sang à flots, ne se querelleraient pas, ne se tourneraient pas vers les tribunaux aux fins de trancher leurs différends, aucun individu ne subirait un mal ou une nuisance ; la paix régnerait sur Terre et la quiétude gagnerait les âmes.

C'est parce que la miséricorde fait défaut aux coeurs que l'humanité souffre autant du désordre et des conflits; et c'est parce que le sentiment de miséricorde subsiste encore qu'il y a encore de la noblesse et que les gens consentent au sacrifice.

Dieu - Exalté soit-Il - est la source de toute miséricorde et Il s'est décrit comme miséricordieux dans le Coran :

« Le Plus Miséricordieux parmi les miséricordieux »
[ Sourate 12. Youssouf  Joseph  Verset 92 ]

« Ma miséricorde embrasse toute chose »
[ Sourate 7. Al Araf  Verset 156 ]

« Votre Seigneur s'est imposé la Miséricorde à Lui-même »
[ Sourate 6. Al Anam   Les Bestiaux   Verset 54 ]

« Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux »
[ Sourate 1. Al Fatihah L'Ouverture Verset 3 ]

Le Messager de Dieu   a décrit d'une manière éloquente la grandeur de la miséricorde divine en disant :

« Dieu a divisé la miséricorde en cent parties. Il en a retenu auprès de Lui quatre-vingt-dix neuf et fait descendre sur terre une seule. C'est grâce à cette partie que toutes les créatures sont clémentes les unes envers les autres, au point que la jument soulève son sabot pour ne pas blesser son poulain » [Al Boukhari]

Le Messager de Dieu   veillait, dans ses exhortations, à enraciner le sentiment de miséricorde, envers tous les gens, qu'ils soient croyants ou non, dans les coeurs de ses disciples. Il disait notamment:

« Dieu prend en miséricorde ses seuls serviteurs miséricordieux »
( Unanimement reconnu authentique )

De même, Il a beaucoup mis en garde contre le défaut de miséricorde dans le coeur. Il dit:

« Dieu châtie ceux qui, dans ce monde, font souffrir les hommes »
( Rapporté par Muslim )

Dans un autre hadith, il dit:

« La miséricorde n'est retirée qu'à l'homme malheureux »
( Rapporté par Abû Dâwud et At-Tirmidhî )

Participe de la grandeur de la sagesse prophétique son appel à observer la clémence même avec les animaux, montrant la récompense qui revient aux miséricordieux parmi les créatures ainsi que le châtiment qui attend les gens aux coeurs durs. La miséricorde a toujours été le fondement des religions révélées ; tous les Prophètes y ont appelé.

C'est pourquoi un coeur dénué de miséricorde ne peut être empli de sentiments religieux,
ce qui finit par effacer toute trace de religion elle-même.

La piété filiale 

Abdullâh Ibn Mas'ûd  a dit :  « J'ai demandé au Prophète  : " Quelle est l'oeuvre la plus aimée de Dieu ? » Il dit : « La prière à son heure. » Je dis: « Et puis ? » Il dit : « La piété filiale » Je dis : « Et puis ? » Il dit : « Le combat sur la voie de Dieu » [Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim]

Dans le hadith précédent, nous nous sommes attachés à mettre en évidence l'importance du respect dû aux liens de parenté et comment Allah  les met sous Sa protection, demeure lié à celui qui les respecte et rompt avec celui qui les brise. Il va de soi que les père et mère méritent plus que quiconque ce respect; c'est pourquoi il convient d'être bon en premier lieu envers eux et de les traiter avec beaucoup de bienveillance et de prévenance en raison de la grande dette que l'on a à leur égard.

Dans le présent hadith, la piété filiale (Birru Al-Wâlidayn) est considérée parmi les oeuvres les plus éminentes et les plus méritoires, le Messager de Dieu   montrant que la rétribution qui s'ensuit vient en deuxième rang après celle de la prière, un des piliers fondamentaux de l'Islam, et allant jusqu'à lui accorder préséance sur le combat sur la voie de Dieu (Jihâd). La bienveillance et l'honneur réservés à la mère sont cependant plus grands que ceux dus au père; L'on a rapporté :  "Un homme vint chez le Messager de Dieu  et lui dit : « O Messager de Dieu ! Quel est celui qui mérite le plus que je lui tienne compagnie ? » Il dit : « Ta mère. » « Et qui encore ? » Il dit : « Ta mère. » Il dit : « Et qui encore ? » Il dit : « Ta mère. » Il dit : « Et qui encore ? » Il dit : « Ton père. » (Al-Bukhârî et Muslim).

On rapporte également que Jâhima   est venu voir le Prophète  et lui dit:

« O Messager de Dieu ! je désire m'engager dans le combat sur la voie d'Allah  , c'est pourquoi je viens te consulter. » Il lui dit : « Ta mère est encore en vie ? » Il dit : « Oui » Il lui dit : « Demeure auprès d'elle, car le Paradis est à ses pieds. » ( Rapporté par An-Nasâî).

De même, Al-Barâ' Ibn 'Âzib   a dit : « La tante maternelle est comme la mère. » ( Rapporté par At-Tirmidhî).

Par ailleurs, le Messager de Dieu  a montré la haute position du géniteur et la nécessité de le respecter, en liant son agrément et son mécontentement au contentement et au courroux de Dieu :

« La satisfaction du Seigneur découle de celle du géniteur et Son mécontentement de celui du géniteur. »
( Rapporté par At-Tirmidhî).

On rapporte qu'un homme vint voir le Messager de Dieu  et lui dit :  « O Messager de Dieu ! J'ai des biens et des enfants, or mon père dilapide mes biens ! » Il lui dit : « Tu es à ton père ainsi que tes biens. Vos enfants sont votre meilleure acquisition; mangez donc de ce que vos enfants acquièrent. » ( Rapporté par Abû Dâwud, Ibn Mâja et Ahmad).

L'on rapporta aussi qu'un homme vint au Messager de Dieu  et lui dit : «Je te fais acte d'alégeance à l'exil ( à Médine ) et au combat sur la voie de Dieu  dans l'espoir d'un salaire de Dieu » Il lui dit : «As-tu l'un de tes parents encore en vie ? » Il dit : « Oui, les deux même. » Il dit : « Retourne auprès de tes parents et tiens-leur bonne compagnie ! »
(Rapporté par Muslim).

Et si le Messager de Dieu   fait de la piété filiale le meilleur moyen d'accéder à la proximité d'Allah , il considère en revanche l'ingratitude envers les père et mère comme un péché majeur:

« Les péchés majeurs sont : L'associationnisme, l'ingratitude envers les père et mère, le meurtre et le faux serrnent. »
(Rapporté par Al-Bukhârî).

Le Messager de Dieu  consacre même un hadith pour interdire l'ingratitude envers la mère, ce qui s'explique par le fait que l'on est souvent porté à la négligence à l'égard d'elle plus que vis-à-vis du père. Il dit :

« Dieu vous a interdit l'ingratitude avec vos mères. »
(Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim).

Parmi les formes de méconnaissance des géniteurs, nous citerons l'agression physique, les insultes, leur imposer plus qu'ils ne peuvent comme le fait de leur réclamer souvent de l'argent, voire les menacer pour en obtenir même lorsqu'ils n'ont pas les moyens, et la négligence par les enfants aisés de leurs parents pauvres et nécessiteux.

Parmi les spectacles douloureux, notons le fait que beaucoup d'enfants ne considèrent pas [la parole de] Dieu dans le comportement qu'ils adoptent avec leurs parents, allant jusqu'à leur faire du mal et à leur tenir des propos grossiers, surtout lorsqu'ils sont très âgés et ressentent le besoin de miséricorde et de compassion.

Pourtant la première chose incombant à l'homme est de ne pas être méconnaissant de ses géniteurs. C'est pourquoi le Coran considère la bienfaisance envers les parents comme une obligation que doivent observer tous les Hommes et non pas seulement les musulmans:

« Nous avons recommandé à l'Homme la bonté envers son père et sa mère. »
[ Sourate 46. Al Ahqaf verset 15 ]

D'ailleurs, le Coran évoque presque souvent la bonté avec les père et mère lorsqu'il exhorte les humains à l'adoration exclusive d'Allah  et à la reconnaissance envers Lui. Médite donc les versets suivants:

« Adorez Dieu ! Ne lui associez rien ! Vous devez user de bonté envers vos parents »
[ Sourate 4. An-nissa " les femmes " verset 36 ]

« Vous n'adorerez que Dieu; soyez bons à l'égard de vos parents »
[ Sourate 2. Al baqara " la Vache " verset 83 ]

« Nous avons commandé à l'homme [la bienfaisance envers] ses père et mère; sa mère l'a porté [subissant pour lui] peine sur peine: son sevrage a lieu à deux ans." Sois reconnaissant envers Moi ainsi qu'envers tes parents. Vers Moi est la destination.  »
[ Sourate 31. Luqman verset 14 ]

L'une des plus illustres et globales recommandations qu'Allah  fait à propos de la piété filiale, est la suivante :

« Ton Seigneur a décrété que vous n'adoriez que Lui. II a prescrit la bonté à l'égard de vos père et mère.
Si l'un d'entre eux ou bien tous les deux ont atteint la vieillesse près de toi, ne leur dis pas : « Fi ! »
Ne les repousse pas, adresse-leur des paroles respectueuses.
Incline, vers eux, avec bonté, l'aile de la tendresse et dis :
« Mon Seigneur ! Sois miséricordieux envers eux, comme ils l'ont été envers moi,
lorsqu'ils m'ont élevé quand j'étais un enfant. »
[ Sourate 17. Le voyage nocturne (Al-Isra). verset 23 - 24 ]

Regarde comment Allah  consacre ces versets à la bonté avec les géniteurs âgés, c'est-à-dire à ces instants de leur vie où l'enfant les trouve ennuyeux et où leur présence à ses côtés l'incommode; or c'est dans ces moments qu'ils ont le plus besoin de lui après tous les efforts qu'ils ont consentis pour l'élever et lui assurer une bonne éducation. D'où les recommandations du Coran à l'enfant de pas montrer une quelconque marque de lassitude, ne serait-ce qu'en proférant un « Fi !», autrement dit le vocable le plus insignifiant qui soit.

Enlever de la voie publique ce qui est nuisible

Abu Hurayra a rapporté que le Messager de Dieu a dit :

« Cependant que quelqu'un poursuivait sa route, voilà qu'il trouva une branche épineuse qu'il en retira.
Dieu loua son acte et lui accorda Son absolution. »
[ Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim ] 

L'un des bienfaits de Dieu, à la faveur de l'Homme, est qu'Il a aménagé, pour lui, la terre et y a tracé des chemins; ainsi celui-ci peut-il la parcourir sans difficulté pour assurer sa subsistance et mettre à profit ses ressources.

Rappelant à Ses serviteurs ces bienfaits, Allah  dit :  "C'est Lui, en effet qui a fait pour vous de la terre un berceau, y a tracé des sentiers afin que vous puissiez vous guider." [ Sourate 43 – Verset 10 ]

Or, les chemins ont, en Islam, un caractère inviolable (Hurma), l'homme les utilisant et en tirant avantage. Aussi celui qui s'emploie à enlever de la voie publique ce qui nuit aux passants aura un salaire auprès de Dieu. C’est ce qui se dégage de ce hadith décrivant le comportement, loué par Dieu, d'un homme appartenant à une communauté ancienne.

A travers ce hadith, l’on discerne l'élévation civilisationnelle ainsi que l'élan humaniste sublime que le Messager de Dieu établit dans l'esprit de sa communauté en promettant une récompense divine immense à celui qui ôte les objets nuisibles de la voie publique.

Si les pays développés affectent des budgets considérables à la construction des routes ainsi que pour assurer leur entretien et leur praticabilité, le Messager de Dieua été le premier à mettre en valeur cette conception civilisationnelle et à mobiliser, pour la concrétiser - dans la vie quotidienne - tous les musulmans.

Ôter de la voie publique ce qui gêne les gens est un acte qui peut revêtir diverses formes :

• Combler une excavation qui peut représenter - surtout l'hiver où les pluies viennent la cacher à la vue - un danger réel aussi bien pour l'homme que pour l'animal ou prévenir les services compétents pour le faire. Un tel geste attire la rétribution de Dieu.

• Ôter de la route une grosse pierre qui peut gêner la circulation des voitures et même provoquer des accidents pouvant être graves.

• Enlever la pelure d'une banane jetée sur le chemin sur laquelle peut glisser un piéton et se casser un membre ou subir un choc grave, c'est également accomplir une bonne action dont l'on est récompensé. 

Ces exemples illustrent bien le sens qui émerge du hadith cité par nous, et que vient consolider le hadith suivant :

« Tu retires de la voie publique ce qui peut nuire aux passants et c'est pour toi une aumône. »
[ Rapporté par Muslim ]

Oui, un tel acte entraîne une récompense au même titre que celle découlant d'une aumône faite aux pauvres et aux nécessiteux. Mais si s'acquitter de cette tâche représente une aumône à l'actif du musulman, jeter sur la voie publique ou laisser ce qui est susceptible de causer une nuisance aux passants est un péché dont l'homme se rend coupable devant Dieu et la société des hommes.

La gêne la plus grave consiste à jeter sur la voie publique les déchets ménagers, en raison de leurs conséquences nuisibles : odeurs nauséabondes qui gagnent l'ensemble du quartier, pullulement des insectes et des microbes et risque de propagation des maladies. Plus grave encore est l'acte de brûler ces déchets dehors, polluant ainsi l'air que respirent les gens.

II incombe à tous de placer les détritus dans des sacs poubelle, de bien les fermer et d'attendre le passage des services municipaux pour les enlever et non les jeter dans la rue, causant ainsi de la gêne à autrui. Une telle attitude est observée dans les pays civilisés qui, en cas d'infraction, sévissent.

Il est malheureusement des gens qui ne respectent pas ces qualités procédant pourtant de la religion qui est la leur ; le Messager de Dieu dit en effet :

« La foi compte un peu plus de 70 branches ; la plus élevée est la proclamation qu'il n'est de dieu que Dieu
et la moindre est le fait d’ôter de la voir publique ce qui peut nuire aux passants. »

Se détourner de l'inutile

Abu Hurayra   rapporte que le Messager de Dieu  a dit :

« Fait partie du bel Islam de quelqu'un le fait, pour lui, d'éviter de se mêler de ce qui ne le regarde pas. »
[ Rapporté par At-Tirmidhî et Ibn Mâja ] 

Ce hadith fait partie des paroles totalisatrices de l'Envoyé de Dieu et témoigne de sa merveilleuse éloquence.

Il nous donne un exemple de la bonne éducation, du comportement élevé et du fait de s'adonner aux devoirs. Car l'Islam revient à se soumettre à la législation que Dieu a faite pour Ses serviteurs. Quant au bel Islam c'est appliquer vraiment la législation de Dieu et l'accepter en observant scrupuleusement ses prescriptions (Amr et Nahy).

Parmi les bonnes choses que l'Envoyé de Dieu  recommande au musulman il y a le fait d'éviter de se mêler de ce qui ne le regarde ni de près ni de loin. Car ce qui importe pour le musulman c'est de contrôler constamment sa propre âme (Nafs) en la parant des bons caractères ; c'est aussi de parfaire son oeuvre et de s'acquitter des droits de Dieu comme de ceux des serviteurs.

Le musulman est aussi concerné par sa famille, les membres de sa communauté envers qui il doit se montrer bienfaisant, ainsi que par sa patrie qu'il a l'obligation, de toutes ses forces, de défendre et d'oeuvrer pour sa grandeur.

Lorsque chacun a conscience de ce qui le regarde, il lui est de fait facile de savoir ce qui ne le concerne pas ; les choses se distinguant par leur contraire. Ainsi tout ce qui n'est pas d'importance touchant la religion ou le monde ici-bas ou encore la vie personnelle présente ou à venir, ne nous regarde pas ; c'est le cas du verbiage, des actes inutiles ou des choses futiles qui absorbent notre temps. Décrivant les croyants qui récoltent le succès, le Coran parle en ces termes :

{ Qui évitent les propos vains (Laghw) }
[ Sourate 23 – Verset 3 ]

Au regard de l'Islam, est considéré comme vain tout ce sur quoi - qu'il s'agisse de paroles ou d'actes - l'on ne peut compter et ce qui est inutile. Par ce vocable (Laghw), l'on entend aussi le vice (Ithm).

Nous citerons ci-dessous quelques exemples qui illustrent les choses dont l'homme ne doit pas s'occuper :

• Chercher à connaître les propos échangés par deux personnes qui se font des confidences.
C'est là une curiosité malsaine.
• Chercher à savoir ce que quelqu'un met dans sa poche ou son sac.
• Poser des questions insupportables du type :
D'où venez-vous ? Où allez-vous ? Comment vit untel ? Que possède-t-il ? etc., qui poussent autrui à mentir, ce qui les fait supporter un péché, ou à dire la vérité, ce qui les met dans l'embarras.

Parmi les formes de curiosité blâmable, il y a lieu de citer le comportement des gens qui se réunissent pour s'attaquer à l'honneur des gens, passer en revue leurs affaires publiques comme privées, les juger, et qui se laissent aller à la médisance, aux propos calomnieux et au mensonge. Ils perdent leur temps dans des inutilités. Et leur islam n'est pas sans défectuosité, car ils désobéissent à Dieu .

Il est à considérer que le fait de ne pas se mêler de ce qui ne le regarde pas constitue pour l'homme la seule voie menant au succès dans la vie ; ainsi, peut-il se concentrer sur les oeuvres qui le concernent et consacrer à celles-ci sa pensée et ses efforts, ce qui lui permet de les soigner et de les réussir. Il s'avère en effet que seul se vouer au travail permet de se distinguer, d'innover et d'exceller.

Or, l’une des caractéristiques majeures des savants qui se sont distingués dans leurs domaines respectifs, réside dans le fait qu'ils s'y sont adonnés, se détournant de toutes les futilités et tirant profit de leur temps précieux.

Les peuples avancés d'aujourd'hui se différencient eux aussi par leur désintérêt des choses qu'ils pensent être inutiles pour eux, tandis que les nations arriérées épuisent leurs actions ainsi que leurs énergies dans des oeuvres et des entreprises stériles.

L'éducation de l'enfant 

Ayyûb Ibn Mûsâ a rapporté d'après son père et son grand-père que le Messager de Dieu a dit :

« Jamais un père n'a fait à son enfant meilleur présent qu'une bonne éducation »
[ Rapporté par At-Tirmidhî ]

Ce hadith fait partie des merveilles des sagesses prophétiques. Car l’homme a besoin de s'éduquer tout comme il a besoin de se nourrir, car si le corps ne se développe que s'il est nourri, de même l'âme (Nafs) ne se purifie ni n'atteint la perfection que si elle se pare de bons caractères ; d'où le besoin de l'éducation.

Indubitablement, les enfants d'aujourd'hui sont les hommes de demain ; aussi, autant les parents prendront soin de les élever et de les éduquer en leur apprenant les règles de politesse, autant plus tard, une fois âgés, ils récolteront les fruits de cette bonne éducation, leurs enfants s'occupant d'eux et les aidant lorsque nécessaire.

L'état de la société est tributaire de celui des enfants; lorsque ceux-ci sont pieux, la société l'est aussi; par contre lorsqu'ils sont corrompus, cela se répercute sur la société. Du reste, la mauvaise éducation ainsi que la négligence des jeunes les abandonnant à la mauvaise fréquentation sont la source de la criminalité qui attente à la sécurité de la société.

L'éducation des enfants passe par deux phases : l'éducation familiale et l'éducation scolaire.

La première représente le socle sur lequel s'établit la deuxième. Aussi, les parents sont tenus d'être attentifs à l'égard de leur enfant dès son bas âge, car l'éducation s'apparente à la plantation d'un arbre : si le paysan ne l'irrigue pas régulièrement, celui-ci risque de se faner, s'il ne le redresse pas lorsqu'il n'est pas droit, son tronc grandira déformé et s'il le néglige jusqu'à devenir dur, il ne pourra le redresser que difficilement, comme le confirment ces paroles poétiques :

Les branches, si tu les redresses, se redresseront.
Mais le bois sec, jamais tu ne pourras le redresser. 

L'enfant est à l'image de son père ou, comme le dit le proverbe arabe, le secret de celui-ci. Par nature, il l'imite ; aussi, le meilleur moyen de l'éduquer consiste, pour le père, à ne jamais accomplir devant lui ce qu'il n'aime pas le voir faire et à ne pas proférer des propos inconvenants. Bref, le père doit être pour son enfant un bon modèle.

L'imam Al-Ghazâlî  affirme avec justesse que «L'enfant est un dépôt confié aux parents par Dieu; son coeur est une perle précieuse brute, ne portant ni inscription ni image. Mais il est prédisposé à porter toute gravure et à se diriger là où on le dirige ; si on l'accoutume et si on lui enseigne le bien, il le pratiquera, il sera alors bienheureux dans ce bas-monde et dans la vie dernière, et ses parents, son maître et son éducateur auront la même récompense que lui. Si, au contraire, on l'habitue au mal et qu'on le néglige, comme on agirait avec une bête, il sera malheureux et périra; la responsabilité de sa déviation incombera à celui qui en a la charge. »

Participent des bons caractères que les parents doivent imprimer dans l'esprit de leurs enfants, l'attachement à l'Islam et l'observance des règles de politesse et des vertus prônées par lui. En effet, l'Islam ordonne aussi bien l'équité, la bienfaisance, la bonté envers les père et mère, les proches et les voisins, que la sincérité et la fidélité envers les gens. L'Islam interdit, par ailleurs, les actes immoraux, le blâmable, l'orgueil, l'hypocrisie ainsi que toutes les actions mauvaises.

D'une somme de recommandations sublimes et utiles que fait Alî Ibn Abî Tâlib à son fils Al-Hussayn , nous citerons ici les fragments suivants :

Ô mon fils !  Je te recommande la crainte de Dieu dans l'indigence comme dans l'aisance, de dire la vérité dans le contentement comme dans l'emportement, d'observer la rectitude dans le manque comme dans la fortune, d'être juste avec ton ami comme avec ton ennemi.

Ô mon fils ! Celui qui a conscience de ses défauts, se détourne des défauts d’autrui ; celui qui est dépourvu de la parure de la crainte révérencielle, nul vêtement ne peut cacher sa nudité; celui qui se contente de ce que Dieu lui destine ne s'attriste point pour ce qu'il rate; celui qui se sert de l'épée périra par l'épée, celui qui creuse pour son frère un fossé pour l'y faire tomber, y tombera lui-même ; celui qui divulgue les défauts d'autrui, verra les défauts des siens se dévoiler ; celui qui oublie son propre péché s'étonnera des péchés des autres; celui qui s'infatue de son opinion s'égarera; celui qui s'en remet à sa seule raison, trébuchera ; celui qui prend les gens de haut, Dieu l'humiliera; celui qui fréquente les savants sera respecté et considéré; celui qui hante les vils, s'avilira; celui qui est grossier, sera injurié; celui qui s'engage sur la voie du mal, s'exposera à l'accusation; celui qui plaisante, récoltera le mépris; celui qui s'adonne à une chose, en sera caractérisé ; celui qui parle trop, multipliera ses écarts ; celui qui multiplie ses écarts, perdra sa pudeur ; celui qui perd de sa pudeur, perdra de son scrupule ; celui qui perd de son scrupule, verra son coeur périr; celui qui voit son coeur mourir, se verra précipiter en Enfer.

Ô mon fils ! Il n'est de meilleur legs que l'éducation ni de meilleur compagnon que le bon comportement; le salut réside dans dix qualités : neuf consistent à se détourner de tout ce qui n'est pas rappel de Dieu, la dixième à se détourner des sots.

Ô mon fils ! La cupidité est la clé de l'épuisement, la monture de la peine et ce qui fait succomber aux péchés ; celui qui s'engage dans les affaires sans envisager leur issue, s'exposera aux malheurs ; la réflexion, avant l'action, épargne les remords; celui qui vérifie les différentes opinions, se rend compte des lieux de l'erreur.

Ô mon fils ! Quel mauvais viatique pour la vie ultime que l'inimitié envers les gens ! Heureux celui qui voue à Dieu son action et sa science, son amour aussi bien que sa haine pour ce qui est détestable à Dieu, son don ainsi que son abandon, ses paroles et son silence, ses actes et ses dires. »

[ D'après « Tuhaf Al-'Uqûl 'An AI Ar-Rasûl » Abu Muhammad Al-Hasan Ibn ' Alî Ibn Al-Husayn Ibn Chu'ba Al-Harrânî ]

 

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