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La Tradition [Sunna] est, après le
Coran, la seconde source de législation en Islam; pour la
définir, nous dirions qu'elle se constitue des actes, des paroles de
l'Envoyé de Dieu , ainsi que des actes et des paroles d'autrui, qu'il
a agréés. Par législation, il faut entendre
les prescriptions qui se rapportent à la vie de l'homme, qu'il
s'agisse de ses rapports à ses semblables ou à Dieu. La Tradition est la concrétisation
des préceptes divins contenus dans le Coran; elle met en exergue le
modèle que doivent suivre les musulmans cheminant vers Allah : « Dis: "Si vous aimez vraiment
Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos
péchés. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » «En effet, vous avez dans le
Messager d'Allah un excellent modèle [à suivre], pour quiconque
espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah
fréquemment.» Le prophète à dit : « Accrochez-vous à ma
tradition » [ Rapporté par At-Tirmidhî, Abû
Dâwud ] « Je vous ai laissé sur une
voie éclatante de lumière, sa nuit ressemble à son jour;
La Tradition a la même
autorité juridique que le Coran ; le musulman ne peut que s'y
conformer : « Dis: « Obéissez
à Dieu et à Son Envoyé » S'ils se dérobent,
Dieu « [...] Ce que l'Envoyé vous
a donné, prenez-le; ce qu'il vous a défendu La Tradition verbale - Sunna Qawliyya -
du Prophète est une niche de sagesses; elle se particularise par
son caractère laconique, s'exprimant dans un style concis mais
éloquent, car riche de sens sagaces et pénétrants.
Elle est dans le Coran équivalente de la sagesse: « Lui qui a envoyé au sein
des illettrés un Envoyé des leurs pour leur réciter Ses
Signes, les purifier, leur enseigner lecrit et la sagesse » C'est ce que confirment nombre de savants
et commentateurs du Coran comme Qatâda, AI-Hassan, Muqâtil Ibn
Hayyân et Abû Malik. Le travail des savants musulmans anciens
et modernes a consisté à mettre en valeur ces sagesses, les
mettant à la portée de la masse des musulmans; ces derniers
n'étant pas qualifiés pour saisir le ou les sens du
hadith. Une telle tâche exige de posséder une somme de
sciences notarmment religieuses, en sus d'une connaissance
éclairée de la réalité. La présente étude -
La sagesse du Prophète - se fixe pour objet d'expliquer et de
commenter une somme de hadiths qui touchent à tous les volets de la
vie du musulman: la foi, le comportement avec l'époux ou
l'épouse, les enfants, les parents, le voisin, la
responsabilité de l'homme dans la société, la morale,
l'éducation, la santé, etc.. L'auteur s'appuie sur le Coran et
la Tradition pour dégager des hadiths étudiés tous les
sens et toutes les sagesses qui y sont enfouis Nous espérons que le lecteur
puisera dans ces écrits des enseignements qui lui serviront de
lumière et de bonne direction dans sa vie personnelle, familiale et
sociale. Puisse cette oeuvre le conduire à
gagner la proximité de Dieu et Son agrément, Dieu est certes
Celui qui entend et exauce Ses créatures humbles aspirant à
Lui. Les actes ne valent que
par l'intention Umar Ibn AI-Khattâb -
qu'Allah soit satisfait de lui - a dit : « J'ai entendu le
Messager de Dieu dire : « Les actions ne valent que par les
intentions et chacun n'a pour lui que ce qu'il a eu réellement
l'intention de faire. Celui qui émigre pour Dieu et Son
Messager, son émigration lui sera comptée comme étant
pour Dieu et Son Messager. Et celui qui émigre pour acquérir
des biens de ce bas-monde ou pour épouser une femme, son
émigration ne lui sera comptée que pour ce vers quoiil a
émigré » Hâdith rapporté par AI-Bukhârî
et Muslim. Ce hadith sublime montre que les oeuvres
sont pesées à la balance de l'intention (Niyya); quand celle-ci
est pure, l'oeuvre devient bonne et lorsqu'elle est mauvaise l'oeuvre s'en
trouve corrompue. C'est l'un des hadiths constituant le
pivot de l'Islam. Il résume - selon l'Imam
Ach-Châfi'î - le tiers de la religion, et se
rapportent à lui soixante-dix chapitres de la jurisprudence. Ainsi l'expression du
Prophète - que la Paix et le Salut soient sur lui -
« les actions ne valent que par les intentions », signifie
que les oeuvres légales (Char'iyya) pour lesquelles est
rétribué le musulman, comme les actes cultuels
(Ibâdât) ou d'obéissance, ne sont valables, parfaits,
considérables ou acceptables que si les accompagne l'intention pure
par laquelle l'on ne recherche que la face d'Allah - Exalté
soit-Il - . D'ailleurs, certains savants estiment que ce sens englobe
tous les actes, que ceux-ci procèdent du religieux ou du temporel (
Dunyawi ). Tout acte par lequel le musulman vise la proximité de
Dieu, peut procurer à celui-ci une récompense. S'agissant de l'expression du
Prophète « Chacun n'a pour lui que ce qu'il a eu
réellement l'intention de faire », celle-ci signifie que la part
et la récompense qui reviennent à l'homme, demeurent
tributaires de son intention. Si celle-ci est bonne et vouée
à Dieu exclusivement, l'oeuvre sera agréée et son auteur
récompensé. En revanche, si l'intention est mauvaise ou
corrompue, l'oeuvre sera elle-aussi mauvaise et son auteur en supportera le
péché. Donnons quelques exemples qui illustrent
nos propos : Celui qui tue délibérément
un homme est à son tour tué, Celui qui, par erreur, tue un homme paye
le prix de sang et n'encourt aucun châtiment dans la vie ultime. Celui qui formule l'intention de faire du
bien, mais en est empêché, en sera récompensé. Celui qui veut faire du mal, mais s'en
abstient, par crainte de Dieu, Dieu le rétribue pour cela. Celui qui veut faire du mal, mais en est
empêché, supporte un péché. L'intention a été
instituée pour distinguer l'acte adoratif ('Ibâda) de la simple
habitude ('Âda) ou encore pour différencier les degrés
des actes cultuels. Exemple du premier cas : s'asseoir dans
la mosquée peut avoir pour finalité la recherche du repos ou la
retraite spirituelle (l'tikâf). Ce qui distingue l'adoration de la simple
habitude c'est l'intention. Il en va de même du lavage du corps
qui peut être accompli pour simplement laver le corps ou pour lever
l'état d'impureté, à titre adoratif. Exemple du second cas : l'intention
hiérarchise les actes cultuels; car l'on peut accomplir - par exemple
- deux unités de prière pour s'acquitter de la prière
canonique du matin (Subh) ou simplement de la prière
surérogatoire (Sunna). L'intention a été
instituée également pour que l'oeuvre soit vouée
entièrement à Allah . En effet le croyant se doit
de viser par ses oeuvres l'agrément divin. Il doit veiller à ce
que ses oeuvres soient à l'abri des passions, de la recherche de la
satisfaction de l'égo, c'est ainsi qu'il peut espérer une
grande récompense de la part de Dieu. En tant que consécration de
l'oeuvre à Allah , l'intention a été
évoquée, dans le Coran, par le biais de la recherche
sincère du visage de Dieu. Allah dit : « Reste en la compagnie de ceux
qui, matin et soir, invoquent leur Seigneur en désirant Sa face
» Ailleurs, le Coran utilise le terme
« Ibtighâ' » (recherche) pour parler de l'intention pure : « Ne donnez que poussés par
le désir de la face de Dieu » Ainsi toute oeuvre qui n'est pas
exclusivement vouée à Dieu, ne peut être
agréée et son auteur récompensé. Abû
Mûsâ - qu'Allah soit satisfait de lui - a
rapporté l'événement suivant : « Un homme vint trouver le Messager
de Dieu et lui demanda : « Lequel de ces trois combattants combat
sur le chemin de Dieu: l'homme qui combat pour le butin, l'homme qui combat
pour la réputation ou l'homme qui combat par ostentation ? » Le Messager de Dieu dit:
« Celui qui combat pour que la parole de Dieu soit. la plus haute, c
est celui-là qui combat sur le chemin de Dieu »
(AI-Bukhârl et Muslim). Donc, l'intention pure par laquelle n'est
recherché que le visage d'Allah constitue l'un des aspects de la
sincérité envers Dieu et le signe de la validité de la
foi et des actes. C'est ce qu'exige, d'ailleurs, Allah de Ses
serviteurs : « On leur avait seulement
ordonné d'adorer Dieu comme de vrais croyants qui lui rendent un culte
pur » Abandonner l'ostentation dans les actes
adoratifs, est un signe de sincérité vis-à-vis de Dieu,
l'ostentation étant la recherche à travers I'oeuvre d'une autre
finalité que Dieu. La sincérité dans les actes
constitue une règle générale à laquelle si les
gens viennent à se conformer, l'état de la communauté,
islamique se réformera et les musulmans mèneront dès
lors une vie agréable et prospère. La sincérité du
commerçant, par exemple, envers Son seigneur revient à ce qu'il
montre de la miséricorde envers les gens lorsque ceux-ci sont dans une
mauvaise passe, se satisfaisant d'un minimum de profits et se gardant de
monopoliser les denrées alimentaires nécessaires. La
sincérité de l'ouvrier dans son travail fait accroître la
production et généraliser le bien. La
sincérité des détenteurs du pouvoir, envers Dieu,
remettrait leurs pays sur la voie de la réforme et ferait le bonheur
et le succès de leurs peuples. La sincérité des riches
les empêcherait lorsque viennent les temps difficiles, de se montrer ladres
alors que leurs concitoyens succombent sous le poids de l'indigence et des
maladies. La deuxième partie du hadith met
en exergue la place de l'intention, laquelle détermine le sort des
oeuvres. Le Prophète dit : « Celui qui
émigre pour Dieu et Son Messager, son émigration lui sera
comptée comme étant pour Dieu et Son Messager » Le terme
« hijra » (émigration) consistait à l'origine
à ce que les musulmans faibles quittent un pays que dominent
polythéisme, impiété et oppression pour la terre de
I'Islam (Dar-Al-Islâm) ou un pays où ils ne sont pas
inquiétés du fait de leurs convictions religieuses. C'est ce que les musulmans premiers
avaient fait en fuyant la persécution qu'ils subissaient à la
Mecque. Ils ralliaient Médine où l'Etat islamique premier
était en phase de genèse. Cette émigration
renfermait certes une récompense immense, mais le
Prophète montre ici qu'elle dépendant de la nature de
l'intention de l'émigrant. Celui qui émigre à la
demeure de l'Islam par amour pour Dieu et Son Envoyé et par
désir de s'initier à l'Islam et que la parole de Dieu soit la
plus haute, celui-là est en vérité l'homme qui
émigre vers Dieu et Son Envoyé. Et qu'il lui suffise
comme honneur et gloire d'obtenir la récompense consécutive à
son intention. A la fin du hadith, le Messager de
Dieu dit : « Et celui qui émigre pour
acquérir des biens de ce bas-monde ou pour épouser une femme,
son émigration ne lui sera comptée que pour ce vers quoi il a
émigré.» C'est-à-dire que celui dont
l'émigration a pour seul but d'obtenir un profit matériel, un bien
relatif au monde d'ici-bas ou pour épouser une femme, son
émigration ne lui sera comptée que pour ce vers quoi il a
émigré. Autrement dit aucune rétribution ne
découle de son action. A ce sujet, l'on rapporte l'histoire d'un
musulman qui a émigré de la Mecque à Médine;
celui-ci quitta la demeure des négateurs dans le seul but
d'épouser une femme appelée Umm Qays, c'est pourquoi il fut
appelé l'émigrant d'Umm Qays. Il s'ensuit que celui qui accomplit le
pèlerinage à la Maison de Dieu par pure ostentation, ne
récoltera aucune récompense, contrairement au pèlerin
sincère aspirant à la proximité d'Allah et
à la rémission de ses péchés; à celui-ci,
Allah , s'Il le veut, agrée le pèlerinage et l'en
rétribue. Certains savants estiment que celui qui
accomplit ses ablutions pour se rafraîchir ou jeûne dans un but
thérapeutique (parce qu'il veut se mettre à la diète),
recherchant par la même occasion la proximité d'Allah , ni ses
ablutions ni son jeûne ne sont valides, car ayant associé
à Dieu autre que Lui ; or les actes doivent être
consacrés exclusivement à Dieu. En somme, en Islam, les oeuvres ne valent
pas par leur forme, mais par la bonne intention les générant,
celle vouée à Dieu. Nul doute qu'il s'agit là d'un
principe sublime, procédant du comportement idéal, qui
confère aux oeuvres éminence et leur fait gravir les
degrés de la perfection. Ce principe débarrasse les
oeuvres, en même temps, des passions, de toute mauvaise envie ainsi que
de toute forme d'ostentation. C'est dire que lorsque n'est recherché
que Dieu, les intentions en deviennent pures, les coeurs unis, le bien se
généralise et les musulmans se tournent tous vers la même
finalité: oeuvrer en conformité avec ce qu'Allah
agrée, or Allah n'ordonne à l'homme que ce qui renferme pour
lui du bien, Dieu se passant des créatures. Aime pour les autres ce
que tu aimes pour toi-même Anas rapporte que le
Prophète a dit: « L'un de vous n'est
véritablement croyant que s'il aime pour son frère ce qu'il
aime pour lui-même» La foi c'est consentir par le cœur
qu'il n'y a d'autre dieu que Dieu et que Muhammad est le Messager de Dieu, et
s'acquitter des piliers de l'Islam : la prière, le jeûne, la
zakat et le pèlerinage. Celui qui s'y conforme, est musulman
croyant. Dans ce hadith, le Messager de Dieu dénie la foi
à quiconque n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour
lui-même. Mais quelle est la réalité
de cette dénégation ? Les savants répondent que ce qui
est dénié c'est la foi parfaite, la foi authentique qui fait le
bonheur de l'homme dans le monde présent et celui à
venir. Par « frère », il faut entendre la
fraternité découlant de l'appartenance à l’Islam.
Il est dit dans le Coran : { Les croyants sont des frères
} [ 49 – 10 ] Et le Prophètedit : « Le
musulman est le frère du musulman. » Par-là, il ne faut cependant pas
conclure que l’lslam n'accorde pas d'attention aux non-musulmans et que
ceux-ci ne sont pas touchés par son élan de bien. Car le
Messager de Dieu dit : « Et aime pour les gens ce que tu
aimes pour toi-même, tu seras croyant » La sémantique se dégageant
de ce dernier hadith porte le musulman à aimer pour les gens, tous les
gens, ce qu'il aime pour sa propre personne, que ceux-ci viennent à
l'Islam pour que la confirmation de l'unicité de Dieu (Tawhid) ainsi
que la paix couvrent la terre entière et que les gens soient
touchés par le bien ici-bas et dans la vie ultime. Cet
éclaircissement donné, nous mentionnons un autre hadith
où l'Envoyé de Dieu indique en quoi consiste l'amour du
musulman envers son frère musulman. Le Prophète dit : « Aucun de vous n'est
véritablement croyant tant qu'il n'aime pas pour son frère ce
qu il aime pour lui-même Le terme « bien » englobe
tout ce qui touche l'homme en termes de bonté, d'avantage et de
bonheur, que cela procède des choses relatives à la religion et
ce qui s'ensuit comme récompense dans la vie dernière ou des
affaires du monde d'ici-bas, comme l'acquisition de ce qui est bon et pur des
biens octroyés (Rizq), et la douceur de l'existence. Il est naturel que lorsque l'homme aime
pour son frère ce qu'il aime pour lui-même, il déteste,
à plus forte raison, pour lui ce qu'il déteste pour sa propre
personne. Cela constitue la meilleure motivation pour lever la nuisance et le
mal qui touchent les autres, l'homme détestant par nature en
être victime. Lorsque le croyant saisit le sens de ce
hadith sublime de l'Envoyé de Dieu , il acquiert une haute
moralité ; dans toute action ou tout comportement à
l'égard d'autrui, il évaluera son acte selon les
critères du droit et de l'équité et le jugera à
l'aune de sa propre personne. Ce hadith ouvre des horizons actifs quant
à l'édification d'une société vertueuse où
triomphent confiance et entraide, amour et solidarité. Si les Hommes viennent à suivre la
bonne orientation qu'il renferme, le ressentiment, l'animosité,
l'inimitié et la jalousie n'auront plus droit de cité dans les
cœurs ; ils seront débarrassés de l'égoïsme et
de l'amour de soi, source de tous les maux et de tous les conflits entre les
individus et les collectivités. Parmi les degrés les plus
élevés de la noblesse de caractère il y a le fait pour
l'homme de débarrasser son cœur de toutes les marques
d'égoïsme et de préférer autrui à
soi-même. C'est ce que Ton appelle l'altruisme, lequel a valu aux
musulmans premiers les louanges de Dieu dans le Coran : { Ceux qui, avant eux, se sont
installés dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux Ainsi, le sacrifice pour autrui est la
forme la plus élevée d'altruisme. L'exemple le plus
éclatant en est donné par 'Ali Ibn Tâlib lors de la
nuit de l'émigration du Messager de Dieu vers Médine. Ce
soir-là, il passa la nuit dans le lit du Messager de Dieu pour faire
croire aux négateurs qu'il était le Prophète et ainsi
rendre facile l'émigration de celui-ci. Il était conscient
qu'il était à deux doigts de la mort, car armés, les
négateurs surveillaient l'entrée de la maison du Messager de
Dieu . Une attaque précipitée et irréfléchie des
négateurs lui aurait ôté la vie. Seuls la foi en Dieu et
en Son Messager et l'amour intense qu'il leur vouait l'ont poussé
à consentir un tel sacrifice et à prendre un aussi grand risque
qui auraient pu lui coûter la vie. Un autre exemple est donné par
l'attitude d'Abû Bakr le véridique . Sur le chemin de
l'émigration à Médine, il se réfugie dans une
grotte en compagnie du Messager de Dieu aux fins de s'extraire aux regards
des négateurs les poursuivant. Son regard attiré par le trou
d'un reptile venimeux, il y appliqua son pied protégeant ainsi le
Messager de Dieu et s'exposant lui-même aux morsures du reptile. Illustre aussi cet altruisme, l'attitude
des combattants musulmans blessés lors de la bataille
d'Al-Yarmûk; tenaillés par la soif et à l'article de la
mort, chacun d'eux préférait cependant que l'on donnât
l'eau aux autres blessés. Tout cela montre que les premiers
musulmans se sont conformés à la recommandation du
Prophète et à la bonne direction mise en avant par la religion
qui est la leur. Ils donnèrent ainsi l'exemple le plus éclatant
en matière d'amour d'autrui, de renoncement à l'amour de soi
[Tajarrud]. C'est pourquoi ils ont pu devenir les maîtres du monde
d'ici-bas. Les musulmans ont besoin aujourd'hui de
renouveler le pacte avec l'Islam véritable tel qu'il fut
incarné par les premiers musulmans, de marcher sur leurs traces et de
suivre la bonne direction qui était la leur. La douceur Jâbir Ibn 'Abdullâh
a rapporté que le Messager de Dieu a dit : «
Quiconque est privé de douceur, est privé de tout bien » (Rapporté
par At-Tirmidhî) Aicha épouse du
Prophète a rapporté, quant à elle, que le
Messager de Dieu a dit : « Dieu est Doux et Il aime la douceur. Il
octroie en contrepartie de la douceur, ce qu'Il n'octroie point en
contrepartie de Sa rigueur ni d'aucune autre qualité »
(Rapporté par Muslim) Aicha rapporte également que le
Prophète a dit : « Dieu aime la douceur en toute
chose » (Rapporté par Al-Bukhârî). Elle rapporte aussi de lui : « Il
n'est rien qui ne soit embelli par la douceur, il n'est rien qui,
privé de la douceur, ne soit terni» ( Rapporté par
Muslim). Linguistiquement parlant, « Ar-rifq
» désigne la sociabilité et la délicatesse dans le
comportement, et est antinomique de la rigueur et de la violence. La douceur est une manière
d'être avec les gens ainsi qu'avec les animaux; c'est un
caractère agréable qui est source de beaucoup de bien, ainsi
celui qui en est privé se voit priver de tout bien. En outre, la
douceur apporte à l'homme ce qu'il ne peut, par d'autres voies,
obtenir. Nul doute que cette recommandation
prophétique constitue pour les générations un bon
enseignement et une sublime orientation d'où découle un bien
abondant. Nous ne manquons pas ici de souligner que
ces hadith appelant à user de douceur constituent une école
pour la psychologie moderne qui consacre la douceur et récuse la
violence et la rigueur. En ce sens, les recommandations du
Prophète ont devancé ce qui a été
apporté, dans les temps modernes, en matière
d'éducation. Il est à rappeler enfin que la
douceur s'observe et dans les relations humaines et dans le traitement des
animaux; c'est ce que nous nous emploierons à mettre en
évidence dans l'étude du hadith suivant. Miséricorde avec
l'enfant et honneur au vieillard Anas Ibn Mâlik a dit: «
Un vieillard est venu voir le Prophète , mais les gens présents
mirent beaucoup de temps à lui céder le passage. Le
Prophète dit alors : « Ne fait pas partie de notre
communauté celui-là qui ne se montre pas clément avec
notre petit et n'honore pas notre grand » (At-Tirmidhî). Le Prophète , dans ce
hadith, désavoue ceux de sa communauté qui ont le coeur dur, ne
prennent pas en pitié les enfants ni n'honorent les gens plus
âgés qu'eux. Car un tel agir ne procède pas de la Tradition
(Sunna), la bonne orientation, la voie et la morale qui sont celles du
Prophète et de la communauté qui est la sienne. En disant: « Ne fait pas partie de
notre communauté celui-là ... », le Prophète
n'entend pas l'exclusion de l'auteur de ce comportement,
désavoué par lui, de la communauté islamique, mais cette
expression a pour seul but de montrer la gravité de son action et de
le menacer. L'enfant, pour devenir un bon citoyen, a
besoin que l'on soit, à son égard, miséricordieux et
bienveillant. Car le négliger, être dur avec lui et le priver
d'amour alors qu'il en a tellement besoin, peut le conduire vers le chemin de
la déviance et de la délinquance, emprunté par les
criminels. La perversion de ceux-ci est en grande partie due au défaut
d'un comportement doux et bienveillant à leur égard. Il est à remarquer ici que le fait
de ne pas assurer à l'enfant une bonne éducation et une
instruction utile, l'abandonnant à la rue et à la mauvaise
fréquentation, est de la part des parents un comportement dénué
de la clémence recommandée par le Prophète . De
même, il est inhumain de confier à l'enfant des tâches
insupportables pour lui ou de le corriger avec une main lourde. Plus l'on
apporte de la bienveillance, du soin, de la douceur à l'enfant, plus l'on
contribue à faire de lui un bon citoyen. Du reste, l'Envoyé de Dieu
a désavoué le comportement de l'homme qui tient à
l'égard de ses propres enfants un comportement rigide. C'est ce
qu'affirme le hadith suivant rapporté par Abû Hurayra
: « Le Messager de Dieu embrassa une
fois son petit fils Al-Hassan Ibn 'Ali en présence de Al-Aqra' Ibn
Habis qui lui dit: «J'ai une douzaine d'enfants et je n'en ai jamais
embrassé un seul». Le Messager de Dieu le regarda et
lui dit: « Celui qui n'est pas clément avec les autres, Dieu
n'est pas clément avec lui » ( unanimement reconnu authentique ) Autrement dit, celui-ci n'est pas digne
que Dieu lui fasse miséricorde, surtout s'il n'est pas clément
et compatissant envers ses enfants.D'ailleurs la prévenance envers
l'orphelin participe de cette miséricorde due à autrui, c'est
pourquoi l'Islam a-t-il montré beaucoup d'intérêt pour
celle-ci. Dieu ne dit-Il pas: « Quant à l'orphelin, ne
l'opprime pas » De son côté, le Messager de
Dieu , montrant la rétribution qui échoit à celui qui
prend en charge un orphelin, dit: « Celui qui entretient l'orphelin
(qu'il soit ou non de sa famille), nous sommes moi et lui, Dans ce hadith que nous étudions
présentement, le Messager de Dieu dit: « Et n'honore pas
notre grand». Les personnes plus âgées que nous ainsi que
les vieillards ont droit au respect et aux honneurs. Violer ce droit est un
signe de manque de fidélité et d'impolitesse pouvant conduire
à l'irrespect des droits des gens. Car la génération
montante a une dette envers les vieillards, et c'est faire preuve
d'ingratitude que de ne pas les honorer. Par ailleurs, le Messager de Dieu
incite au respect des personnes âgées. Il dit à ce
propos : « Il n'est pas un jeune homme qui
n'honore un vieillard à cause de son âge, auquel Allah ne
destine, Le respect dû à la personne
âgée consiste à l'écouter attentivement, notamment
lorsqu'elle nous prodigue des conseils, à satisfaire ses besoins,
à ne pas parler avant elle ni marcher devant elle, à lui
consacrer toutes formes de respect et à ne pas la blesser par des mots
inconvenants. De ce qui précède, il
ressort que l'Islam prend en haute considération les enfants ainsi que
les personnes âgées et qu'il dirige les musulmans vers le bien,
cela aux fins d'établir une société vertueuse et
solidaire où sont préservés les droits de tous, de
quelque âge qu'ils soient. Ne t'emporte pas Abu Hurayra a rapporté qu'un homme
dit au Prophète : « Fais-moi une recommandation
», « Ne te mets pas en colère » lui
répondit-il. L'homme réitéra sa demande
plusieurs fois, et le Prophète de lui répondre à
chaque fois : « Ne te mets pas en colère.
» ( Hadith rapporté par Al-Bukhârî ). Ce noble hadith constitue la preuve
évidente que le Prophète avait reçu le don de
parler en peu de mots, mais riches en sens et tout de sagesse emplis. En
effet, la colère renferme tout le mal et est source du malheur.Le
Prophète répéta à plusieurs fois: «
Ne te mets pas en colère », parce que la colère prive
l'homme de sa raison, or celui qui est privé de sa raison s'expose au
danger, dans tous ses actes, la raison perdant de son efficacité sous
l'emprise de la colère. Les causes de la colère sont
multiples : La maladie, la faiblesse dans la constitution, le travail
éreintant, le manque de sommeil, l'excès dans le luxe, la haute
sensibilité aux événements qui sont en
vérité insignifiants, la perméabilité aux «
on-dit » ou à la médisance, mais aussi la
défiance, l'humiliation ou l'offense subite. Victime de la colère, l'homme perd
son bon sens et sort hors de ses gonds. D'aucuns profèrent toutes
sortes d'injures, voire des impiétés; parfois même, la
colère donne lieu à une légèreté dans le
comportement, suscite l'hostilité entre membres de la même
famille et amis. Il est des cas où le coléreux recourt à
la violence et va jusqu'à verser le sang. C'est pourquoi la
colère est terriblement mauvaise et son danger considérable. La colère nuit également
à la santé du coléreux, car provoquant l'aggravation de
la tension artérielle et l'accélération du rythme
cardiaque. L'emportement peut même causer l'éclatement des nerfs
cérébraux ou la crise cardiaque lorsque celui-ci est
cardiaque.D'où la vive mise en garde contre la colère et la
considération, par le Prophète , de la maîtrise de soi
comme marque d'héroïsme. Le Prophète a dit : «
Le fort n'est pas celui qui terrasse les gens dans la lutte, mais le fort est
celui qui reste maître de lui-même dans la colère. »
(Al-Bukhârî). Emanant du Prophète , cette parole
est venue nier que la robustesse et la capacité de terrasser l'adversaire
soient chez l'homme symbole de force, comme le croient les gens. Elle
établit que la force authentique consiste à se maîtriser
lorsque l'on s'emporte. Du reste, le noble Coran compte, parmi
les traits de caractère des croyants, la mansuétude, la magnanimité
envers les injustes, ainsi que la maîtrise de soi, laquelle met
à l'abri de l'esprit de vengeance. Allah dit : "Qui évitent [de commettre]
des péchés les plus graves ainsi que les turpitudes, et
qui pardonnent après s'être mis en colère"
Sourate 42. Achoura " la Consultation " verset 37 De même, le Coran considère
que l'une des qualités majeures des pieux à qui est
réservée la félicité dans la vie ultime, c'est la
maîtrise de la colère et le pardon accordé par eux
à ceux qui les offensent. Allah dit : "Qui dépensent dans l'aisance
et dans l'adversité, qui dominent leur rage et pardonnent à
autrui - car Allah aime les bienfaisants - . et pour ceux qui, s'ils ont
commis quelque turpitude ou causé quelque préjudice à
leurs propres âmes (en désobéissant à Allah), se
souviennent d'Allah et demandent pardon pour leur péchés - et
qui est-ce qui pardonne les péchés sinon Allah? - et qui ne
persistent pas sciemment dans le mal qu'ils ont fait. Ceux-là ont pour
récompense le pardon de leur Seigneur, ainsi que les Jardins sous
lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement. Comme
est beau le salaire de ceux qui font le bien !" Sourate 3.
Al Imran " La Famille d'Imran " verset 134-136 L'on a rapporté qu'une servante de
l'imam Zayn Al-'Âbidîn Ibn Al-Husayn , un broc à la main,
versant de l'eau sur les mains de son maître, fit tomber par
inadvertance le broc dans la bassine, l'eau éclaboussa le visage de
Zayn Al-'Âbidîn qui se tourna vers elle en colère; c'est
alors qu'elle récita cette parole d'Allah : "Pour ceux qui
maîtrisent leur colère" Il dit : « Je l'ai
maîtrisée » . Elle ajouta : "Ceux qui pardonnent aux
hommes". Il dit : « Que Dieu te pardonne ! » Elle dit :
"Dieu aime ceux qui font le bien". Il dit : « Va, tu es libre
pour Dieu ! » Cette servante est étonnante ! Sa
connaissance du Coran est grande et elle a l'esprit de répartie, car
aussitôt qu'elle sentit venir la colère de l'imam Zayn
Al-'Âbidîn, elle le renvoya à la parole d'Allah . La
réaction immédiate et soumise de l'imam, aux versets
coraniques, nonobstant sa colère et son irritation, est non moins
merveilleuse. Il fut tellement touché qu'il affranchit sa servante,
alors qu'il lui aurait suffi comme marque de noblesse de caractère de
lui pardonner. Selon Sulaymân Ibn Surad : « Deux hommes s'insultaient, en
présence du Prophète . L'un d'eux, injuriait l'autre si
violemment que le visage de celui-ci s'empourpra de colère, Le
Prophète dit : « Je connais une parole qui fera disparaître
sa colère s'il la prononce. C'est : « Je demande refuge
auprès de Dieu contre Satan le lapidé. (A'oudho billahi mina
Shaytan Arrajim) » (Rapporté par les auteurs des Sunans). De même, Abû Dharr a
rapporté : « Le Messager de Dieu nous a dit : « Que
celui d'entre vous qui se met en colère s'assoit s'il est debout; si
sa colère ne se dissipe pas, qu'il s'allonge sur le côté.
» (Abû Dâwud et Ahmad). Selon Atiyya As-Sa'dî , le
Messager de Dieu a dit : « La colère vient de Satan. Et
Satan a été créé de feu. Or rien n'éteint
le feu si ce n'est l'eau. Que celui d'entre vous qui se met en colère
fasse ses petites ablutions. » (Abû Dâwud). Il nous incombe de méditer sur ces
sages paroles du Prophète ; combien serions-nous inspirés
si nous les appliquions à nous-mêmes et en tirions profit,
surtout à l'époque qui est la nôtre où beaucoup,
la fragilité des nerfs aidant, ne maîtrisent pas leur
colère. En recommandant au coléreux de
faire ses ablutions mineures pour dissiper le feu de la colère, le
Prophète détourne son attention de l'objet de la
colère; ainsi les ablutions finies, se détend-t-il et sa
tension baisse, ce qui le met à l'abri des comportements
inconséquents et des initiatives effervescentes. Le
Tout-Miséricordieux fait miséricorde aux miséricordieux Jâbir Ibn 'Abdallâh
a rapporté que le Messager de Dieu a dit : 'Abdallâh Ibn 'Amrû
a rapporté que le Messager de Dieu a dit : L'Islam est la seule religion à
avoir autant insisté sur l'obligation pour l'homme d'être clément
avec les autres, car la clémence est absolument la plus noble des
qualités humaines, et d'elle découlent beaucoup de vertus. Car si les hommes se faisaient
miséricorde, il n'y aurait ni malheureux ni
déshérité. Si les hommes se faisaient miséricorde,
ils ne feraient pas couler leur sang à flots, ne se querelleraient
pas, ne se tourneraient pas vers les tribunaux aux fins de trancher leurs
différends, aucun individu ne subirait un mal ou une nuisance ; la
paix régnerait sur Terre et la quiétude gagnerait les
âmes. C'est parce que la miséricorde
fait défaut aux coeurs que l'humanité souffre autant du
désordre et des conflits; et c'est parce que le sentiment de
miséricorde subsiste encore qu'il y a encore de la noblesse et que les
gens consentent au sacrifice. Dieu - Exalté soit-Il - est la
source de toute miséricorde et Il s'est décrit comme
miséricordieux dans le Coran : « Le Plus Miséricordieux
parmi les miséricordieux » « Ma miséricorde embrasse
toute chose » « Votre Seigneur s'est
imposé la Miséricorde à Lui-même » « Le Tout-Miséricordieux, Le
Très-Miséricordieux » Le Messager de Dieu a
décrit d'une manière éloquente la grandeur de la
miséricorde divine en disant : « Dieu a divisé la
miséricorde en cent parties. Il en a retenu auprès de Lui
quatre-vingt-dix neuf et fait descendre sur terre une seule. C'est
grâce à cette partie que toutes les créatures sont
clémentes les unes envers les autres, au point que la jument
soulève son sabot pour ne pas blesser son poulain » [Al
Boukhari] Le Messager de Dieu veillait,
dans ses exhortations, à enraciner le sentiment de miséricorde,
envers tous les gens, qu'ils soient croyants ou non, dans les coeurs de ses
disciples. Il disait notamment: « Dieu prend en miséricorde
ses seuls serviteurs miséricordieux » De même, Il a beaucoup mis en garde
contre le défaut de miséricorde dans le coeur. Il dit: « Dieu châtie ceux qui, dans
ce monde, font souffrir les hommes » Dans un autre hadith, il dit: « La miséricorde n'est
retirée qu'à l'homme malheureux » Participe de la grandeur de la sagesse
prophétique son appel à observer la clémence même
avec les animaux, montrant la récompense qui revient aux
miséricordieux parmi les créatures ainsi que le châtiment
qui attend les gens aux coeurs durs. La miséricorde a toujours
été le fondement des religions révélées ;
tous les Prophètes y ont appelé. C'est pourquoi un coeur
dénué de miséricorde ne peut être empli de
sentiments religieux, La piété
filiale Abdullâh Ibn Mas'ûd a
dit : « J'ai demandé au Prophète : "
Quelle est l'oeuvre la plus aimée de Dieu ? » Il dit : «
La prière à son heure. » Je dis: « Et puis ?
» Il dit : « La piété filiale » Je dis :
« Et puis ? » Il dit : « Le combat sur la voie de Dieu
» [Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim] Dans le hadith précédent,
nous nous sommes attachés à mettre en évidence
l'importance du respect dû aux liens de parenté et comment
Allah les met sous Sa protection, demeure lié à celui qui
les respecte et rompt avec celui qui les brise. Il va de soi que les
père et mère méritent plus que quiconque ce respect;
c'est pourquoi il convient d'être bon en premier lieu envers eux et de les
traiter avec beaucoup de bienveillance et de prévenance en raison de
la grande dette que l'on a à leur égard. Dans le présent hadith, la
piété filiale (Birru Al-Wâlidayn) est
considérée parmi les oeuvres les plus éminentes et les
plus méritoires, le Messager de Dieu montrant que la
rétribution qui s'ensuit vient en deuxième rang après
celle de la prière, un des piliers fondamentaux de l'Islam, et allant
jusqu'à lui accorder préséance sur le combat sur la voie
de Dieu (Jihâd). La bienveillance et l'honneur réservés
à la mère sont cependant plus grands que ceux dus au
père; L'on a rapporté : "Un homme vint chez le
Messager de Dieu et lui dit : « O Messager de Dieu ! Quel est
celui qui mérite le plus que je lui tienne compagnie ? » Il dit
: « Ta mère. » « Et qui encore ? » Il dit :
« Ta mère. » Il dit : « Et qui encore ? » Il
dit : « Ta mère. » Il dit : « Et qui encore ?
» Il dit : « Ton père. » (Al-Bukhârî et
Muslim). On rapporte également que
Jâhima est venu voir le Prophète et lui dit: « O Messager de Dieu ! je
désire m'engager dans le combat sur la voie d'Allah , c'est
pourquoi je viens te consulter. » Il lui dit : « Ta mère
est encore en vie ? » Il dit : « Oui » Il lui dit : «
Demeure auprès d'elle, car le Paradis est à ses pieds. »
( Rapporté par An-Nasâî). De même, Al-Barâ' Ibn
'Âzib a dit : « La tante maternelle est comme la
mère. » ( Rapporté par At-Tirmidhî). Par ailleurs, le Messager de Dieu a
montré la haute position du géniteur et la
nécessité de le respecter, en liant son agrément et son
mécontentement au contentement et au courroux de Dieu : « La satisfaction du Seigneur
découle de celle du géniteur et Son mécontentement de
celui du géniteur. » On rapporte qu'un homme vint voir le
Messager de Dieu et lui dit : « O Messager de Dieu ! J'ai
des biens et des enfants, or mon père dilapide mes biens ! » Il
lui dit : « Tu es à ton père ainsi que tes biens. Vos
enfants sont votre meilleure acquisition; mangez donc de ce que vos enfants
acquièrent. » ( Rapporté par Abû Dâwud, Ibn
Mâja et Ahmad). L'on rapporta aussi qu'un homme vint au
Messager de Dieu et lui dit : «Je te fais acte d'alégeance
à l'exil ( à Médine ) et au combat sur la voie de
Dieu dans l'espoir d'un salaire de Dieu » Il lui dit : «As-tu
l'un de tes parents encore en vie ? » Il dit : « Oui, les deux
même. » Il dit : « Retourne auprès de tes parents et
tiens-leur bonne compagnie ! » Et si le Messager de Dieu
fait de la piété filiale le meilleur moyen
d'accéder à la proximité d'Allah , il considère
en revanche l'ingratitude envers les père et mère comme un
péché majeur: « Les péchés majeurs
sont : L'associationnisme, l'ingratitude envers les père et
mère, le meurtre et le faux serrnent. » Le Messager de Dieu consacre
même un hadith pour interdire l'ingratitude envers la mère, ce
qui s'explique par le fait que l'on est souvent porté à la
négligence à l'égard d'elle plus que vis-à-vis du
père. Il dit : « Dieu vous a interdit
l'ingratitude avec vos mères. » Parmi les formes de méconnaissance
des géniteurs, nous citerons l'agression physique, les insultes, leur
imposer plus qu'ils ne peuvent comme le fait de leur réclamer souvent
de l'argent, voire les menacer pour en obtenir même lorsqu'ils n'ont
pas les moyens, et la négligence par les enfants aisés de leurs
parents pauvres et nécessiteux. Parmi les spectacles douloureux, notons
le fait que beaucoup d'enfants ne considèrent pas [la parole de] Dieu
dans le comportement qu'ils adoptent avec leurs parents, allant
jusqu'à leur faire du mal et à leur tenir des propos grossiers,
surtout lorsqu'ils sont très âgés et ressentent le besoin
de miséricorde et de compassion. Pourtant la première chose
incombant à l'homme est de ne pas être méconnaissant de
ses géniteurs. C'est pourquoi le Coran considère la
bienfaisance envers les parents comme une obligation que doivent observer
tous les Hommes et non pas seulement les musulmans: « Nous avons recommandé
à l'Homme la bonté envers son père et sa mère.
» D'ailleurs, le Coran évoque
presque souvent la bonté avec les père et mère lorsqu'il
exhorte les humains à l'adoration exclusive d'Allah et à
la reconnaissance envers Lui. Médite donc les versets suivants: « Adorez Dieu ! Ne lui associez rien
! Vous devez user de bonté envers vos parents » « Vous n'adorerez que Dieu; soyez
bons à l'égard de vos parents » « Nous avons commandé
à l'homme [la bienfaisance envers] ses père et mère; sa
mère l'a porté [subissant pour lui] peine sur peine: son
sevrage a lieu à deux ans." Sois reconnaissant envers Moi ainsi
qu'envers tes parents. Vers Moi est la destination. » L'une des plus illustres et globales
recommandations qu'Allah fait à propos de la piété
filiale, est la suivante : « Ton Seigneur a
décrété que vous n'adoriez que Lui. II a prescrit la
bonté à l'égard de vos père et mère. Regarde comment Allah consacre ces
versets à la bonté avec les géniteurs âgés,
c'est-à-dire à ces instants de leur vie où l'enfant les
trouve ennuyeux et où leur présence à ses
côtés l'incommode; or c'est dans ces moments qu'ils ont le plus
besoin de lui après tous les efforts qu'ils ont consentis pour
l'élever et lui assurer une bonne éducation. D'où les
recommandations du Coran à l'enfant de pas montrer une quelconque
marque de lassitude, ne serait-ce qu'en proférant un « Fi
!», autrement dit le vocable le plus insignifiant qui soit. Enlever de la voie
publique ce qui est nuisible Abu Hurayra a rapporté que le
Messager de Dieu a dit : « Cependant que quelqu'un
poursuivait sa route, voilà qu'il trouva une branche épineuse
qu'il en retira. L'un des bienfaits de Dieu, à la
faveur de l'Homme, est qu'Il a aménagé, pour lui, la terre et y
a tracé des chemins; ainsi celui-ci peut-il la parcourir sans
difficulté pour assurer sa subsistance et mettre à profit ses
ressources. Rappelant à Ses serviteurs ces
bienfaits, Allah dit : "C'est Lui, en effet qui a fait pour
vous de la terre un berceau, y a tracé des sentiers afin que vous
puissiez vous guider." [ Sourate 43 – Verset 10 ] Or, les chemins ont, en Islam, un
caractère inviolable (Hurma), l'homme les utilisant et en tirant
avantage. Aussi celui qui s'emploie à enlever de la voie publique ce
qui nuit aux passants aura un salaire auprès de Dieu. C’est ce
qui se dégage de ce hadith décrivant le comportement,
loué par Dieu, d'un homme appartenant à une communauté
ancienne. A travers ce hadith, l’on discerne
l'élévation civilisationnelle ainsi que l'élan humaniste
sublime que le Messager de Dieu établit dans l'esprit de sa
communauté en promettant une récompense divine immense à
celui qui ôte les objets nuisibles de la voie publique. Si les pays développés
affectent des budgets considérables à la construction des
routes ainsi que pour assurer leur entretien et leur praticabilité, le
Messager de Dieua été le premier à mettre en valeur
cette conception civilisationnelle et à mobiliser, pour la
concrétiser - dans la vie quotidienne - tous les musulmans. Ôter de la voie publique ce qui
gêne les gens est un acte qui peut revêtir diverses formes : • Combler une excavation qui peut
représenter - surtout l'hiver où les pluies viennent la cacher
à la vue - un danger réel aussi bien pour l'homme que pour
l'animal ou prévenir les services compétents pour le faire. Un
tel geste attire la rétribution de Dieu. • Ôter de la route une grosse
pierre qui peut gêner la circulation des voitures et même
provoquer des accidents pouvant être graves. • Enlever la pelure d'une banane
jetée sur le chemin sur laquelle peut glisser un piéton et se
casser un membre ou subir un choc grave, c'est également accomplir une
bonne action dont l'on est récompensé. Ces exemples illustrent bien le sens qui
émerge du hadith cité par nous, et que vient consolider le
hadith suivant : « Tu retires de la voie publique ce
qui peut nuire aux passants et c'est pour toi une aumône. » Oui, un tel acte entraîne une
récompense au même titre que celle découlant d'une
aumône faite aux pauvres et aux nécessiteux. Mais si s'acquitter
de cette tâche représente une aumône à l'actif du musulman,
jeter sur la voie publique ou laisser ce qui est susceptible de causer une
nuisance aux passants est un péché dont l'homme se rend
coupable devant Dieu et la société des hommes. La gêne la plus grave consiste
à jeter sur la voie publique les déchets ménagers, en
raison de leurs conséquences nuisibles : odeurs nauséabondes
qui gagnent l'ensemble du quartier, pullulement des insectes et des microbes
et risque de propagation des maladies. Plus grave encore est l'acte de
brûler ces déchets dehors, polluant ainsi l'air que respirent
les gens. II incombe à tous de placer les
détritus dans des sacs poubelle, de bien les fermer et d'attendre le
passage des services municipaux pour les enlever et non les jeter dans la
rue, causant ainsi de la gêne à autrui. Une telle attitude est
observée dans les pays civilisés qui, en cas d'infraction,
sévissent. Il est malheureusement des gens qui ne
respectent pas ces qualités procédant pourtant de la religion
qui est la leur ; le Messager de Dieu dit en effet : « La foi compte un peu plus de 70
branches ; la plus élevée est la proclamation qu'il n'est de
dieu que Dieu Se détourner de
l'inutile Abu Hurayra rapporte que le
Messager de Dieu a dit : « Fait partie du bel Islam de
quelqu'un le fait, pour lui, d'éviter de se mêler de ce qui ne
le regarde pas. » Ce hadith fait partie des paroles
totalisatrices de l'Envoyé de Dieu et témoigne de sa
merveilleuse éloquence. Il nous donne un exemple de la bonne
éducation, du comportement élevé et du fait de s'adonner
aux devoirs. Car l'Islam revient à se soumettre à la
législation que Dieu a faite pour Ses serviteurs. Quant au bel Islam
c'est appliquer vraiment la législation de Dieu et l'accepter en
observant scrupuleusement ses prescriptions (Amr et Nahy). Parmi les bonnes choses que
l'Envoyé de Dieu recommande au musulman il y a le fait
d'éviter de se mêler de ce qui ne le regarde ni de près
ni de loin. Car ce qui importe pour le musulman c'est de contrôler
constamment sa propre âme (Nafs) en la parant des bons
caractères ; c'est aussi de parfaire son oeuvre et de s'acquitter des
droits de Dieu comme de ceux des serviteurs. Le musulman est aussi concerné par
sa famille, les membres de sa communauté envers qui il doit se montrer
bienfaisant, ainsi que par sa patrie qu'il a l'obligation, de toutes ses
forces, de défendre et d'oeuvrer pour sa grandeur. Lorsque chacun a conscience de ce qui le
regarde, il lui est de fait facile de savoir ce qui ne le concerne pas ; les
choses se distinguant par leur contraire. Ainsi tout ce qui n'est pas
d'importance touchant la religion ou le monde ici-bas ou encore la vie
personnelle présente ou à venir, ne nous regarde pas ; c'est le
cas du verbiage, des actes inutiles ou des choses futiles qui absorbent notre
temps. Décrivant les croyants qui récoltent le succès,
le Coran parle en ces termes : { Qui évitent les propos vains
(Laghw) } Au regard de l'Islam, est
considéré comme vain tout ce sur quoi - qu'il s'agisse de
paroles ou d'actes - l'on ne peut compter et ce qui est inutile. Par ce
vocable (Laghw), l'on entend aussi le vice (Ithm). Nous citerons ci-dessous quelques
exemples qui illustrent les choses dont l'homme ne doit pas s'occuper : • Chercher à connaître
les propos échangés par deux personnes qui se font des
confidences. Parmi les formes de curiosité
blâmable, il y a lieu de citer le comportement des gens qui se
réunissent pour s'attaquer à l'honneur des gens, passer en
revue leurs affaires publiques comme privées, les juger, et qui se
laissent aller à la médisance, aux propos calomnieux et au
mensonge. Ils perdent leur temps dans des inutilités. Et leur islam
n'est pas sans défectuosité, car ils désobéissent
à Dieu . Il est à considérer que le
fait de ne pas se mêler de ce qui ne le regarde pas constitue pour
l'homme la seule voie menant au succès dans la vie ; ainsi, peut-il se
concentrer sur les oeuvres qui le concernent et consacrer à celles-ci
sa pensée et ses efforts, ce qui lui permet de les soigner et de les
réussir. Il s'avère en effet que seul se vouer au travail
permet de se distinguer, d'innover et d'exceller. Or, l’une des
caractéristiques majeures des savants qui se sont distingués
dans leurs domaines respectifs, réside dans le fait qu'ils s'y sont
adonnés, se détournant de toutes les futilités et tirant
profit de leur temps précieux. Les peuples avancés d'aujourd'hui
se différencient eux aussi par leur désintérêt des
choses qu'ils pensent être inutiles pour eux, tandis que les nations
arriérées épuisent leurs actions ainsi que leurs
énergies dans des oeuvres et des entreprises stériles. L'éducation de
l'enfant Ayyûb Ibn Mûsâ a
rapporté d'après son père et son grand-père que
le Messager de Dieu a dit : « Jamais un père n'a fait
à son enfant meilleur présent qu'une bonne éducation
» Ce hadith fait partie des merveilles des
sagesses prophétiques. Car l’homme a besoin de s'éduquer
tout comme il a besoin de se nourrir, car si le corps ne se développe
que s'il est nourri, de même l'âme (Nafs) ne se purifie ni
n'atteint la perfection que si elle se pare de bons caractères ;
d'où le besoin de l'éducation. Indubitablement, les enfants
d'aujourd'hui sont les hommes de demain ; aussi, autant les parents prendront
soin de les élever et de les éduquer en leur apprenant les
règles de politesse, autant plus tard, une fois âgés, ils
récolteront les fruits de cette bonne éducation, leurs enfants
s'occupant d'eux et les aidant lorsque nécessaire. L'état de la société
est tributaire de celui des enfants; lorsque ceux-ci sont pieux, la
société l'est aussi; par contre lorsqu'ils sont corrompus, cela
se répercute sur la société. Du reste, la mauvaise
éducation ainsi que la négligence des jeunes les abandonnant
à la mauvaise fréquentation sont la source de la
criminalité qui attente à la sécurité de la société.
L'éducation des enfants passe par
deux phases : l'éducation familiale et l'éducation scolaire. La première représente le
socle sur lequel s'établit la deuxième. Aussi, les parents sont
tenus d'être attentifs à l'égard de leur enfant
dès son bas âge, car l'éducation s'apparente à la
plantation d'un arbre : si le paysan ne l'irrigue pas
régulièrement, celui-ci risque de se faner, s'il ne le redresse
pas lorsqu'il n'est pas droit, son tronc grandira déformé et
s'il le néglige jusqu'à devenir dur, il ne pourra le redresser
que difficilement, comme le confirment ces paroles poétiques : Les branches, si tu les redresses, se
redresseront. L'enfant est à l'image de son
père ou, comme le dit le proverbe arabe, le secret de celui-ci. Par
nature, il l'imite ; aussi, le meilleur moyen de l'éduquer consiste,
pour le père, à ne jamais accomplir devant lui ce qu'il n'aime
pas le voir faire et à ne pas proférer des propos inconvenants.
Bref, le père doit être pour son enfant un bon modèle. L'imam Al-Ghazâlî
affirme avec justesse que «L'enfant est un dépôt
confié aux parents par Dieu; son coeur est une perle précieuse
brute, ne portant ni inscription ni image. Mais il est prédisposé
à porter toute gravure et à se diriger là où on
le dirige ; si on l'accoutume et si on lui enseigne le bien, il le
pratiquera, il sera alors bienheureux dans ce bas-monde et dans la vie
dernière, et ses parents, son maître et son éducateur
auront la même récompense que lui. Si, au contraire, on
l'habitue au mal et qu'on le néglige, comme on agirait avec une
bête, il sera malheureux et périra; la responsabilité de
sa déviation incombera à celui qui en a la charge. » Participent des bons caractères
que les parents doivent imprimer dans l'esprit de leurs enfants,
l'attachement à l'Islam et l'observance des règles de politesse
et des vertus prônées par lui. En effet, l'Islam ordonne aussi
bien l'équité, la bienfaisance, la bonté envers les
père et mère, les proches et les voisins, que la sincérité
et la fidélité envers les gens. L'Islam interdit, par ailleurs,
les actes immoraux, le blâmable, l'orgueil, l'hypocrisie ainsi que
toutes les actions mauvaises. D'une somme de recommandations sublimes
et utiles que fait Alî Ibn Abî Tâlib à son fils
Al-Hussayn , nous citerons ici les fragments suivants : Ô mon fils ! Je te recommande
la crainte de Dieu dans l'indigence comme dans l'aisance, de dire la
vérité dans le contentement comme dans l'emportement,
d'observer la rectitude dans le manque comme dans la fortune, d'être
juste avec ton ami comme avec ton ennemi. Ô mon fils ! Celui qui a conscience
de ses défauts, se détourne des défauts d’autrui ;
celui qui est dépourvu de la parure de la crainte
révérencielle, nul vêtement ne peut cacher sa nudité;
celui qui se contente de ce que Dieu lui destine ne s'attriste point pour ce
qu'il rate; celui qui se sert de l'épée périra par
l'épée, celui qui creuse pour son frère un fossé
pour l'y faire tomber, y tombera lui-même ; celui qui divulgue les
défauts d'autrui, verra les défauts des siens se
dévoiler ; celui qui oublie son propre péché
s'étonnera des péchés des autres; celui qui s'infatue de
son opinion s'égarera; celui qui s'en remet à sa seule raison,
trébuchera ; celui qui prend les gens de haut, Dieu l'humiliera; celui
qui fréquente les savants sera respecté et
considéré; celui qui hante les vils, s'avilira; celui qui est
grossier, sera injurié; celui qui s'engage sur la voie du mal,
s'exposera à l'accusation; celui qui plaisante, récoltera le
mépris; celui qui s'adonne à une chose, en sera
caractérisé ; celui qui parle trop, multipliera ses
écarts ; celui qui multiplie ses écarts, perdra sa pudeur ;
celui qui perd de sa pudeur, perdra de son scrupule ; celui qui perd de son
scrupule, verra son coeur périr; celui qui voit son coeur mourir, se
verra précipiter en Enfer. Ô mon fils ! Il n'est de meilleur
legs que l'éducation ni de meilleur compagnon que le bon comportement;
le salut réside dans dix qualités : neuf consistent à se
détourner de tout ce qui n'est pas rappel de Dieu, la dixième
à se détourner des sots. Ô mon fils ! La cupidité est
la clé de l'épuisement, la monture de la peine et ce qui fait
succomber aux péchés ; celui qui s'engage dans les affaires
sans envisager leur issue, s'exposera aux malheurs ; la réflexion,
avant l'action, épargne les remords; celui qui vérifie les
différentes opinions, se rend compte des lieux de l'erreur. Ô mon fils ! Quel mauvais viatique
pour la vie ultime que l'inimitié envers les gens ! Heureux celui qui
voue à Dieu son action et sa science, son amour aussi bien que sa
haine pour ce qui est détestable à Dieu, son don ainsi que son
abandon, ses paroles et son silence, ses actes et ses dires. » [ D'après « Tuhaf Al-'Uqûl
'An AI Ar-Rasûl » Abu Muhammad Al-Hasan Ibn ' Alî Ibn
Al-Husayn Ibn Chu'ba Al-Harrânî ] |
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