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Les états du coeur |
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Le coeur, miroir de la
Présence Le cheminement spirituel se
réalise par le coeur. Ce dernier est l'élément
essentiel et central de l'homme. Le Prophète - que la Paix et le
Salut soient sur lui - a dit: « Il est dans le corps un morceau
de chair qui, s'il est sain, rend tout le corps sain, mais s'il est corrompu,
corrompt tout le corps. Il s'agit du coeur. » Allah - Exalté soit-Il - dit
dans un verset : { Allah n'a pas placé deux coeurs
dans la poitrine de l'Homme [... ] } Un mystique commente ainsi ce verset:
« La Majesté Incomparable qui t'a conféré le
bienfait de l'existence n'a placé en toi qu'un seul coeur afin qu'avec
lui tu n'aimes qu'Allah Seul, et que tu renonces à tout le reste
et que tu ne le consacres qu'à Lui en t'abstenant de diviser ton
coeur. » Pour cheminer vers son Seigneur , le
coeur doit purifier son but par la sincérité et purifier sa
recherche par la véracité de l'effort , car Allah , comme l'a
dit Son Messager est pur et n'accepte que ce qui est pur. D'où l'importance, au début
du cheminement surtout, d'extirper du coeur tout amour d'autre que Lui
. La pureté de l'intention, à ce moment-là, est
une condition sine qua non. L'âme, toute âme, est
aspirante à la connaissance d'Allah . Au plus secret
d'elle-même, elle est consciente de cette recherche et de ce
désir de retour : { Et quand ton Seigneur tira une
descendance des reins des fils d'Adam et les fit témoigner sur eux
mêmes : "Ne suis-je pas votre Seigneur" - Ils répondirent
: "Mais si, nous en témoignons" ; afin que vous ne disiez
point au Jour de la Résurrection : "Vraiment, nous n'y avons pas
fais attention."} [ Sourate 7- Verset 172 ] L'homme dans sa nature première et
originelle est profondément croyant de par ce pacte qu'il a
noué avec son Créateur dans le monde invisible des
âmes. Le souvenir de cette rencontre est à jamais
gravé dans chaque âme humaine. C'est ce qu'explicite le
Prophète dans le hadîth suivant: « Chaque nouveau-né vient au
monde avec une nature pure, mais ce sont ses parents qui font de lui un juif,
un chrétien ou un zoroastrien. » Cette « nature pure » (fitra)
est une prédisposition innée, chez chaque être humain,
à connaître et à attester l'Unicité d'Allah.
Mais, par l'influence néfaste, le coeur peut être
dévié de son orientation originelle : { Malheur, ce jour-là, aux
négateurs, qui démentent le Jour de la
Rétribution. Or, ne le dément que tout transgresseur,
pécheur qui, lorsque Nos versets lui sont récités, dit :
"(Ce sont) des contes d'anciens!" Pas du tout, mais ce qu'ils ont
accompli (comme péchés) couvre leurs coeurs. En
vérité, ce jour-là, un voile les empêchera de voir
leur Seigneur. } [ Sourate 83 - Versets 10 à 15 ] Ainsi les péchés voilent le
coeur dans son cheminement du retour. À l'origine, l'âme
était encore dans sa nature première pure, elle pouvait
recevoir la parole et « percevoir » le Majestueux . La
purification du coeur et donc la transparence de l'âme aura pour but
ultime de permettre à l'homme de « revenir à cet
état », et de retrouver en lui-même la trace de cette
rencontre sublime. Le mystère de la vie humaine,
comme l'a dit un mystique, consiste en cette tension entre le désir du
« retour » et l'impossibilité de le faire sans
connaissance véritable d'Allah . Comme le dit El
Ghazâlî : « Chaque âme, malgré
les différences individuelles, est prédisposée à
connaitre la "Réalité" (al-haqq). C'est pour
cela que l'âme se distingue des autres substances du monde, car elle
est le lieu de la science des choses divines. » La seule dimension de l'homme capable de
connaitre et ressentir les réalités spirituelles est le coeur,
miroir de l'âme. Cette âme fait partie intégrante du monde
de l'au-delà et possède les moyens de l'explorer. Ceci
prend origine dans la raison, passe par l'adoration exotérique, par
les sens et les membres, et finit par l'adoration ésotérique du
coeur. Si l'âme a été
envoyée dans ce bas-monde enveloppée dans sa condition
corporelle, c'est pour lui permettre de remplir ce « mandat »
(amâna) de retour qui est sa véritable destinée ; ce
« mandat » que les cieux, la terre et les montagnes ont
refusé de porter : { Nous avions proposé le mandat
aux cieux, à la terre et aux montagnes. Ils ont refusé de
le porter et en ont eu peur, alors que l'Homme s'en est chargé ; il
est très injuste envers lui-même et très ignorant. } [
Sourate 33 - Verset 72 ] « L'homme doit en effet
acquérir en ce monde par l'usage de ses sens, et donc, sa raison, une
certaine connaissance des oeuvres d'Allah et, par ce truchement, une connaissance
d'Allah Lui-même. » Ainsi, l'itinéraire spirituel
présuppose-t-il, tout d'abord, que le coeur soit en perpétuelle
purification, car plus le coeur se vide des traces de ce bas-monde, plus son
miroir devient transparent, au point qu'il renvoie du profond de l'âme
le souvenir de la Présence d'Allah . En effet, Allah a donné
à Son livre le nom de dhikr, qui veut dire le rappel. Cette
dénomination n'a de sens que s'il y a eu déjà une
rencontre après laquelle l'oubli s'est installé. Ainsi, la prière, le jeûne,
la zakât, le pèlerinage et d'autres actes surérogatoires
tels que l'évocation et le rappel du Nom d'Allah (dhikr), la
demande (du'â), la méditation (tafakkur) etc., ainsi que tous
les actes relevant des enseignements de l'islam sont des échelles vers
la perfection recherchée et la transparence escomptée, et des
confluants vers une purification qui mène à la vraie Vie : { Ô vous qui croyez!
Répondez à Allah et au Messager lorsqu'Il vous appelle à
ce qui vous donne la (vraie) vie, et sachez qu'Allah s'interpose entre
l'Homme et son coeur, et que c'est vers Lui que vous serez rassemblés.
} [ Sourate 8 - verset 24 ] Ibn 'Atâllah Iskandarî disait
dans ses Sagesses « Comment un coeur peut-il s'illuminer, alors que son
miroir est imprégné par les formes illusoires de ce
monde. Ou comment peut-il partir vers Allah alors qu'il est
enchainé par ses désirs ou comment peut-il espérer
entrer dans la Proximité d'Allah sans se purifier de la souillure de
l'oubli et comment espère-t-il comprendre la subtilité des
secrets (spirituels) alors qu'il ne s'est pas repenti de ses fautes. » { Le jour où ni les biens, ni les
enfants ne seront d'aucune utilité, Mais l'outil est rouillé par les
péchés et par l'influence extérieure, et ne peut
retourner à sa nature première pure pour percevoir la
lumière que par une prise de conscience qui le remet sur le chemin du
retour. La noblesse de l'homme, comme le dit Ghazâlî
, par rapport aux autres créatures, est qu'il est
prédisposé à connaitre son Créateur , et ceci non
pas par un de ses sens ou par sa raison, mais par son coeur. C'est lui
qui oeuvre pour Lui, c'est lui qui chemine vers Lui et c'est lui qui
reçoit ce qui advient de Lui . Les sens et les membres ne sont
que ses serviteurs : « Il est dans le corps un morceau
de chair qui, s'il est sain, rend tout le corps sain mais s'il est corrompu,
tout le corps est corrompu - certes, il s'agit du coeur. » { A réussi, certes, celui qui la
(l'âme) purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt. } C'est pour cela qu'il faut bien
connaître son coeur, car celui qui le connaît, se connaît
bien lui-même et celui qui se connaît lui-même
connaîtra son Seigneur. Sinon, Allah s'interpose entre
l'homme et son coeur, c'est la perdition: { [...] Et sachez qu'Allah s'interpose
entre l'Homme et son coeur [... ] } Quand un coeur se détourne
continuellement de son Créateur , c'est la mort véritable dont
les symptômes consistent à ce que l'on ne réagisse plus
aux blessures de la désobéissance et que l'on ne ressente plus
l'effet dévastateur de l'ignorance de la vérité et de
l'adhésion aux vaines croyances. Les causes de cette mort sont
les séductions (fitna) de ce bas-monde qui assaillent les coeurs et
constituent les causes de leurs maladies. Elles peuvent être
résumées dans les désirs de concupiscence
(shahawât) et dans le doute (shakk). Les premiers impliquent la
corruption du dessein (al-'azm) et de la volonté (irâda)
à cheminer, les seconds impliquent la corruption de la connaissance et
de la croyance. En effet, le Prophète a dit : « Les séductions assaillent
les coeurs une tache noire s'inscrit sur chaque coeur qui se laisse tenter
par ces tentations, et une tache blanche s'inscrit sur chaque coeur qui les
rejette ; jusqu'à ce que le coeur continuellement séduit
devienne noirci et enflé comme une cruche usée qui ne
reconnaît aucun bien et ne rejette aucun mal, et que le coeur
résistant à la tentation devienne si blanc qu'aucune
séduction n'atteindra préjudiciablement tant que les cieux et
la terre perdurent. » [ Rapporté par Muslim.] Ainsi, faut-il purifier le coeur de tout
péché intérieur comme la jalousie (al-hasad), la haine
(al-hiqd), l'orgueil (al-kibr), l'ostentation (riyâ) et, surtout,
l'amour de ce bas-monde (hubbu-d-dunyâ) éphémère
et illusoire. Et pour faciliter cette tâche, il faut d'abord,
purifier les membres et les sens des péchés extérieurs
qui laissent un impact néfaste sur le coeur. Selon Ibn al-Mubârak : « Les
péchés tuent les coeurs, les mauvaises accoutumances
n'engendrent qu'humiliation (le Jour de Jugement), l'abandon des
péchés est la vie des coeurs et le bien pour toi est de
désobéir à ton ego (nafs). » Ka'b al-Ahbâr a dit: « Je suis entré chez
Aisha - Qu'Allah soit satisfait d'elle - et j'ai dit : "les yeux de l'homme sont son guide;
ses oreilles, des indicateurs ; sa langue est un interprète ; ses mains
sont des ailes ; ses jambes sont un facteur (qui le transporte) et son coeur
est le roi. Si le roi est juste, ses soldats le sont aussi" Aïsha a reprit : "C'est
exactement comme cela que j'ai entendu parler le Prophète
» Si le coeur se soumet à l'ego, le
Diable (shaytân) lui embellit les désirs et les plaisirs et lui
présente les séductions de ce bas-monde jusqu'à ce que
l'ego ordonne aux soldats d'assouvir ses penchants. Mais si le coeur a
la crainte d'Allah , il se rappelle que son but sur terre est ce mandat de
retour, il commence à rechercher la connaissance en se
débarrassant de tout ce qui peut perturber la transparence de
l'âme. C'est le sens du hadîth qui dit: « Si les Diables ne voilaient pas
(par les tentations égarantes) les coeurs des enfants d'Adam, ces
derniers auraient vu le Royaume des cieux. » [ Rapporté par
Ahmad.] Dans ce combat, rien ne vaut l'aide et la
grâce d'Allah . C'est Lui Seul qui a créé les
coeurs et Lui Seul sait comment les préserver de leurs ennemis.
Donc, attache-toi à Lui et implore Son aide et Sa Miséricorde,
et ne sois pas tel que celui qui cherche à ce que le Roi lui fasse
grâce et le rapproche alors qu'il fait tout pour qu'il le refuse et
l'éloigne : { Nous n'avons envoyé, avant toi,
ni messager ni prophète qui n'ait récité (ce qui lui a
été révélé) sans que le Diable n'ait
essayé d'intervenir (pour semer le doute dans le coeur des gens au
sujet) de Sa récitation. Allah abroge ce que le Diable suggère
et Allah renforce Ses versets. Allah est Omniscient et Sage. Afin
de faire de ce qu'insuffle le Diable une tentation pour ceux qui ont une
maladie au coeur et ceux qui ont le coeur dur. Les injustes sont certes
dans un schisme profond. Et afin que ceux à qui le savoir a
été donné sachent que (le Coran) est, en effet, la
Vérité venant de ton Seigneur, qu'ils y croient alors, et que
leurs coeurs s'y soumettent en toute humilité. Allah guide, certes,
vers le droit chemin ceux qui croient. } [ Sourate 22 - Versets 52 à
54 ] Dans ce verset, Allah - Exalté
soit-Il - décrit 3 sortes de coeurs : Un coeur malade (qalb marîdh) :
c'est un coeur alimenté tantôt par la foi et tantôt par la
concupiscence. Un coeur dur (qalb qâsî) :
c'est un coeur mort spirituellement. Dans cette catégorie, on
peut discerner: le coeur de l'hypocrite (munâfiq). C'est un coeur
qui sait mais refuse la vérité. Dans le Coran,
Allah nous dit: { Qu'avez-vous à vous diviser en
deux factions au sujet des hypocrites, alors qu'Allah les a refoulés
(dans leur infidélité) pour ce qu'ils ont acquis (en actes) ?
Voulez-vous guider ceux qu'Allah a égarés ? Et
quiconqu'Allah égare, tu ne lui trouveras pas de chemin (pour le
ramener). } Dans cette catégorie, il y a aussi
le coeur du mécréant qui ne croit pas ; c'est un coeur
voilé et couvert qu'Allah détourne de Sa parole: { Et quand tu lis le Coran, Nous
plaçons entre toi et ceux qui ne croient pas en l'au-delà, un
voile invisible. Nous avons mis des voiles sur leurs coeurs, de sorte
qu'ils ne le comprennent pas, et dans leurs oreilles une lourdeur. Et
quand, dans le Coran, tu évoques ton Seigneur l'Unique, ils tournent
le dos par répulsion. } [Sourate 17 - Versets 45 /46 ] Et enfin, Un coeur soumis à la parole d'Allah
en toute humilité (qalb mukhbit) - c'est un coeur vivant. Il est
le seul à avoir la garantie d'être guidé vers le droit
chemin. Causes et
symptômes des maladies du coeur Le coeur a des caractéristiques
qui présentent des similitudes avec le corps. Il a besoin de garder
ses forces par la foi et les différentes adorations , et
d'éliminer toute substance susceptible de le rendre malade quand elle
le touche . Aussi, faut-il qu'il renforce son immunité contre toute
maladie grave en se détournant de tout péché et toute
désobéissance. La maladie est ici un état anormal
du coeur qui n'arrive plus à discerner sainement la lumière de
la vérité . L’œil du coeur dans ce cas ne
perçoit plus l'image complète et parfaite de la vérité
. Le désir de celle-ci s'affaiblit dans le coeur à tel point
qu'il la répugne même. À ce stade, le cœur est
paralysé de toute volonté active. Plus grave, le coeur ne
répondant plus à l'appel divin (dhikr) , perd le sens de la
vérité et agit par conséquent dans le sens du mirage
illustré dans le verset suivant : { Quant à ceux qui ont
mécru, leurs actions sont comme un mirage dans une plaine
désertique que l'assoiffé prend pour de l'eau. Puis quand il y
arrive, il ne trouve rien et trouve auprès de lui Allah qui le
rétribue entièrement (pour sa mécréance), car
Allah est prompt à compter. } [ Sourate 24 - Verset 39 ] Quand le coeur est malade, la raison
devient fragile, assaillie à la moindre occasion, par le doute et les
plaisirs. Au contraire, le coeur sain maîtrise les sens au moment des
tentations par la force qu'Allah a mise en lui . C'est pour cela que,
dès que le croyant devient conscient de la maladie de son coeur, il
faut qu'il le secoure immédiatement avant qu'il ne meurt et ne
durcisse. Les maladies du coeur peuvent être ramenées à
deux sortes : La première est ressentie
dès qu'elle touche le coeur comme la haine (hiqd) , la jalousie
(hasad) , l'orgueil (kibr) et l'amour de l'éphémère . Ce
type de maladies est guéri dès que l'on coupe tout lien avec
leurs causes. La deuxième n'est pas souvent
ressentie, ce qui lui donne un caractère plus dévastateur dans
le sens où l'on persiste dans le mensonge tout en croyant qu'on est
dans la vérité. Elle est du type de l' ignorance (al jahl) et
du doute (shakk) . Ce type de maladies ne peut être guéri que
par la foi, mais faut-il encore acquérir la science qui illumine le
chemin. La vie du coeur, une
lumière Le coeur a besoin de nourriture
spirituelle pour pouvoir vivre et cheminer. Et dans ce cheminement, il a
aussi besoin d'une lumière guidante lui faisant découvrir les
obstacles de la voie. Allah - Exalté soit-Il - dit : { Est-ce que celui qui était mort
(de coeur) et que Nous avons ramené à la vie et à qui
Nous avons assigné une lumière grâce à laquelle il
marche parmi les gens, est pareil à celui qui est dans les
ténèbres sans pouvoir en sortir ? Ainsi, on a enjolivé
aux mécréants ce qu'ils œuvrent. } La réponse est implicite. Dans ce
verset, Allah a donné les deux choses nécessaires au
cheminement du coeur : la vie et la lumière guidante. La vie embrasse
le coeur par la foi et la croyance au livre révélé
(Coran) descendu pour donner la Vie à ceux qui la cherchent : { [...] Ceci n'est qu'un rappel et une
Lecture (Coran) claire, pour qu'il avertisse celui qui est vivant, et que la
parole se réalise contre les mécréants. } [ Sourate 36 -
Versets 69-70 ] C'est le sens de la parabole qu'utilise
le Coran quand il prend l'eau comme exemple : { Il a fait descendre une eau du ciel
à laquelle des vallées servent de lit, selon leur grandeur. Le
flot débordé a charrié une écume flottante. Et
semblable à celle-ci est l'écume provenant de ce qu'on porte
à fusion, dans le feu pour (fabriquer) des bijoux et des ustensiles.
Ainsi Allah représente en parabole la Vérité et le Faux
: l'écume (du torrent et du métal fondu) s'en va au rebut,
tandis que l'utile (l'eau et les objets) aux Hommes demeure sur la terre.
Ainsi, Allah propose des paraboles. } [Sourate 13 - Verset 17 ] Cet exemple est très parlant :
l'eau donne la vie, les vallées qui la reçoivent sont les
coeurs, et le feu l'illumine. Il existe des grandes vallées qui
reçoivent beaucoup d'eau et des petites qui n'en reçoivent que
peu. Aussi, les grands coeurs reçoivent beaucoup de savoir et de
connaissances spirituelles à l'inverse des petits qui n'en
reçoivent que peu. Le petit coeur ne l'est pas de nature,
mais il l'est devenu en raison de sa partie noircie par les séductions
illusoires de ce monde qui ressemblent à l'écume qui n'a ni
valeur ni poids. C'est le doute (shakk) et les désirs bas
(shahawât) qui se sont mélangés au Vrai : l'eau
représentant la révélation (wahy). Mais, plus la
Vérité s'installe et prend place dans le coeur par la science
de la révélation, plus l'écume est écartée
et renvoyée sur les rives de la vallée et s'en va au rebut. Ce
qui est utile demeure et donne vie : { Ô vous qui croyez !
Répondez à Allah et au Messager lorsqu'Il vous appelle à
ce qui vous donne la (vraie) Vie [...] } Quand la vie s'installe, la lumière
naît dans le coeur, c'est la guidée (hudâ-llah). C'est par
cette lumière que le coeur discerne le bien du mal et c'est par elle
que le droit chemin (as-sirât al-mustayîm) devient clair. Dans le coeur de tout musulman, il y a
une partie de cette vie mélangée, plus ou moins, aux
ténèbres causées par les péchés. Cette
partie de la vie est prête à reprendre le dessus si elle est
nourrie par le rappel : { Il y a bien là un rappel pour
quiconque a un cœur, prête l'oreille tout en étant
témoin. } La lumière, quant à elle,
tous les croyants ne l'ont pas forcément. Elle est attribuée
par la grâce divine à ceux qui ont la piété et la
crainte : { Ô vous qui croyez ! Si vous avez
la piété, II vous accordera la faculté de discerner
(entre le bien et le mal), vous effacera vos méfaits et vous
pardonnera. Et Allah est le Détenteur de l'énorme grâce.
} [ Sourate 8 - Verset 29 ] Cette faculté de discernement
(al-furqân) est la lumière par laquelle le croyant distingue,
à tout moment et en tout lieu, ce qui plaît ou non à
l'Éternel et que le verset décrit comme l'énorme
grâce. { Et c'est ainsi que Nous t'avons
révélé une âme (rûh) provenant de Notre
ordre. Tu n'avais aucune connaissance du Livre et de la foi mais Nous en
avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons
parmi nos serviteurs. Et, en vérité, tu guides vers un chemin
droit. } [ Sourate 42 - Verset 52 ] La lumière de la
Révélation est une âme par laquelle Allah fait
vivre celui qu'Il guide en lui ouvrant le coeur à Sa parole : {
Est-ce que celui dont Allah ouvre la poitrine (cœur) à l'islam et
qui détient ainsi une lumière venant de son Seigneur est
meilleur ou est-ce celui qui est resté mécréant [...]
Malheur donc à ceux dont les cœurs sont endurcis contre le rappel
d'Allah. Ceux-là sont dans un égarement évident. } [
Sourate 39 - Verset 22 ] Les dons et grâces divines
descendent perpétuellement sur terre, encore faut-il seulement leur
préparer les réceptacles purs pour les accueillir, car
Allah n'est pas avare - Exaltée soit Sa
Générosité - pour empêcher que Ses grâces
arrivent à tous les coeurs. Mais ces derniers, comme le dit
Ghazâlî sont voilés à cause de leurs
souillures et de leurs imprégnations par les formes illusoires de ce
monde et l'attachement à l'éphémère. Le coeur est
tel qu'un réceptacle, tant qu'il est plein d'eau, l'air ne peut y
entrer. En effet, les coeurs occupés par autre chose qu'Allah ne
peuvent recevoir la connaissance authentique de la Majesté Divine : { Ils n'ont pas estimé Allah comme
II devait l'être. } [ Sourate 39 - Verset 67 ] La plus noble des sciences est celle qui
nous fait connaître notre Seigneur par Ses Noms (asmâ), Ses
Attributs (sifât) et Ses Actes (af`âl), car c'est par cela que
l'humanité de l'homme devient parfaite puisqu'il retrouve sa nature
première qu'il a acquise lors du pacte (mîthâq). C'est par ce démarquage par
rapport aux autres créatures qu'Allah a anobli l'homme et l'a
élevé dans sa pleine humanité au rang de « vicaire
» (khalîfà) sur cette terre : { Nous avons certes créé
l'Homme dans la forme la plus parfaite. Ensuite, Nous l'avons ramené
au niveau le plus bas, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes
œuvres : ceux-là auront une récompense jamais interrompue.
} [ Sourate 95 - Versets 4 à 6 ] Ghazâlî dit : « Quand
l'homme occulte cette spécificité qu'Allah lui a
prodiguée, il se rabaisse du niveau de l'humanité au niveau de
la bestialité. Et quand il lui donne sa plénitude et utilise
ses sens et sa raison pour l'aider à acquérir cette
connaissance, il s'élève de l'état d'humanité et
se rapproche de l'état angélique. En effet, l'homme oscille
entre deux états existant en lui, un état angélique et
un état bestial. » Dans un autre récit,
Ghazâlî dit : « Un miroir oxydé dont la
rouille couvre la surface offusque la clarté et empêche les
images de s'y imprimer. Normalement, un miroir est susceptible de recevoir
les images et de les réfléchir telles quelles. Celui donc qui
voudra le remettre en état devra s' acquitter de deux besognes :
frotter et polir, c'est-à-dire éliminer la rouille qui ne
devrait pas exister, disposer le miroir face au Vrai. À l'instar de
l'image et du miroir, le cœur recevrait l' empreinte du Vrai . . .
» Le coeur cherchera alors à
s'identifier aux attributs divins. Si, cédant aux appétits et
à l'amour des plaisirs, il persiste à provoquer les causes qui
déterminent l' accumulation de la rouille sur le miroir de l'
âme, son aptitude à refléter le Vrai s'éclipsera
totalement. Cette ascèse n'est pas uniquement
d'ordre éthique et moral, mais aussi et surtout d'ordre interne et
spirituel. Junayd disait : « Sache que tu es voilé de
toi-même par toi-même, et que tu ne parviendras pas à Lui
par toi-même, mais c'est par Lui que tu pourras L' atteindre. » En effet, tant que l' homme est
attaché à sa nature bestiale et noyé dans les illusions
de l'éphémère et des désirs, il reste
voilé de sa nature spirituelle et de la pureté de son âme
et il ne saura donc la découvrir. Mais, dès que l'homme, par
l'ascèse (zuhd) nettoie et polit son cœur, les faveurs et dons
spirituels sont ressentis profondément. Ghazâlî a illustré cet
état par une parabole : Rûmî illustre par un
poème le rôle des mystiques symbolisés par les grecs : « Ils sont parfois sans
études, sans livres, sans érudition. Mais ils ont poli leurs
coeurs et les ont purifiés du désir, de la cupidité, de
l'avarice et de la haine. Cette pureté du miroir est sans nul doute le
coeur qui reçoit d'innombrables images. Le spirituel parfait
perçoit l'image infinie, sans forme, de l'invisible
reflété dans le miroir de son propre coeur. » La pureté du coeur dégage
des signes qui ne trompent pas comme le fait de se détacher de ce bas
monde et de vivre comme si l'on était dans l'au-delà en ayant
le sentiment de n'être venu sur terre qu'en passager et en
étranger pour s'approvisionner et prendre ce dont on a besoin pour le
chemin du retour dans sa patrie d'origine. Le Prophète a dit à
Abdallah ibn Umar : « Sois dans ce bas monde comme un
inconnu ou un passager (en voyage) et compte-toi parmi les occupants des
tombes. » [ Rapporté par Bukhârî ] Un sage nous enseigne : «
Pauvres sont les gens qui s'attachent à ce monde, ils sont partis sans
goûter à ce qu'il y a de meilleur. L'amour dans Sa
Proximité, le désir de Le rencontrer, le bonheur
engendré par Sa remémoration et Son adoration sont ce qu'il y a
de meilleur. » D'après une autre sagesse :
« Je jure par Allah que la vie d'ici-bas n'a de sens que si elle est
comblée par Son amour et Son adoration » Pour l' imam Ibn Qayyim al-Jawziya
: « Parmi les signes d'un coeur sain, le fait de ne pas se lasser
d'évoquer le Nom de son Seigneur , de Le servir et de se
détacher de tout ce qui est autre que Lui... » Parmi les signes de la vie du coeur, l'on
constate le fait qu'il devient très attentif à chaque souffle
de la vie pour ne l'utiliser que conformément à la
volonté de son Créateur. Aussi, doit-on acquérir
l'excellence dans ses actions et s'attacher à les purifier par une
sincérité profonde. L'ennemi du coeur et la
conscience de la Présence divine Pour guérir les maladies du coeur,
encore faut-il faire obstruction aux moyens par lesquels l'ennemi peut
attaquer et fortifier la paix intérieure du coeur. Le Diable ( qu'il
soit lapidé ! ) est certes le plus redoutable ennemi de l'Homme : { Satan est pour vous un ennemi.
Prenez-le donc pour ennemi. } Nous ne discuterons pas la
réalité de Satan mais nous pouvons dire en résumé
que c'est une créature invisible à l'oeil humain, qui guette
perpétuellement tout être humain et non pas, comme l'ont dit
certains philosophes, le mal existant dans le fond de l'homme. Allah - magnifiée soit Sa
Majesté - le Savant et l'Omniscient, le Créateur de toute chose
nous en parle dans Son Livre en des termes clairs comme étant une
créature faisant partie des Jinns, nous voyant sans pour autant qu'on
puisse le voir et ayant la capacité de nous insuffler le mal et nous
l'enjoliver : { II (Satan) leur fait des promesses et
leur donne de faux espoirs. Et le Diable ne leur fait que des promesses
trompeuses. Voilà ceux dont le refuge est l'Enfer, et ils ne
trouveront aucun moyen d'y échapper ! } Il est à l'origine de la descente
d'Adam du Paradis vers ce bas monde : { [...] Satan les fit glisser de
là et les fit sortir du lieu où ils étaient. Et Nous
dîmes : "Descendez (du Paradis) ennemis les uns des autres. Et
pour vous, il y aura une demeure sur la terre, et un usufruit pour un
temps." } [ Sourate 2 - Verset 36 ] L'une des armes les plus redoutables de
Satan est l'oubli d'Allah - ghafla -. Il en profite pour s'installer dans le
coeur et le détourner de son but. Allah - Exalté soit-Il - dit
: { Le Diable les a dominés et leur
a fait oublier le rappel d'Allah. Ceux-là sont le parti du Diable et
c'est le parti du Diable qui sont assurément les perdants. } [ Sourate
58 - Verset 19 ] Quand Satan domine le coeur, il devient
ténébreux, noirci et dur, ne discernant aucunement le bien du
mal : Seule la guidée d'Allah peut le sauver de cet état,
mais encore faut-il la mériter et la susciter en cherchant
sincèrement à se repentir et à vivre dans le souvenir : { II (Allah) guide une partie, tandis qu'
une autre partie a mérité l'égarement parce qu'ils ont
pris, au lieu d'Allah, les Diables pour alliés, et ils pensent qu'ils
sont bien guidés !} [ Sourate 7 - Verset 30] « Sache que l'exemple du coeur est
celui d'une tente qui a plusieurs issues. Les états lui proviennent de
chaque issue comme une cible vers laquelle arrivent les flèches de
tous côtés, ou comme un lac vers lequel coulent plusieurs
rivières différentes, c'est aussi l'exemple d'un miroir sur
lequel s'imprègnent, sans interruption, toutes les images qui passent
devant lui. Le coeur est atteint par 2 voies ; une
voie extérieure qui sont les 5 sens ; la deuxième est
intérieure, elle résulte de l'impact laissé par les
voies extérieures, ainsi que par les maladies intérieures du
cœur telles que l'avidité (shahwa), la colère (ghadhab),
les passions (hawâ)... Ces sentiments laissent sur le coeur une
empreinte selon laquelle il réagit immédiatement. La plus
subtile de ces empreintes est la pensée furtive (khâtira) :
c'est une idée ou image mémorisée qui passe furtivement
par le coeur. C'est ce genre de pensée qui
stimule les volontés par un certain processus. En effet, le
début de l'acte est une pensée subtile et furtive qui stimule
l'aspiration, (Raghba) elle-même stimule la décision (`azm) qui
à son tour stimule l'intention (niya) avant l'exécution de
l'acte. Les pensées furtives sont de deux
sortes : des pensées qui suscitent le mal et qui peuvent conduire au
châtiment dans l'au-delà. Ce sont les insufflations (waswasa) qui
s'opèrent par le Diable qui les enjolive et les embellit. L'autre
forme de pensées furtives sont les pensées qui suscitent le
bien et tout acte utile dans l'au-delà : c'est l'inspiration
(ilhâm) qui s'opère par l'ange attribué par Allah
à chaque être humain. Ainsi le coeur est en interaction
permanente entre les insufflations du Diable et les inspirations de l'ange. Le Prophète a dit : « Le coeur du croyant est entre
deux doigts parmis ceux du Miséricordieux. » [ Rapporté
par Muslim ] Et dans un autre hadîth, le
Prophète dit : « Deux susurrements surgissent dans
le coeur ; un premier venant de l'ange suscitant le bien et la volonté
de croire à la vérité, que celui qui la ressent, sache
que cela provient d'Allah , qu'il Le loue ; et un deuxième venant de
l'ennemi (Satan) suscitant le mal et la volonté de renier la
vérité et de détourner du bien, que celui qui ressent
cela, cherche secours auprès d'Allah contre Satan le maudit. »
[ Rapporté par Tirmidhî, hadîth assez authentique (hassan)
] Pour al-Hassan ibn 'Ali : « Il n'y a que deux
préoccupations majeures (hamm) dans le coeur ; une provenant d'Allah ,
l'autre provenant de l'ennemi ; que la Miséricorde d'Allah soit
sur celui qui vérifie les préoccupations de son coeur, si elle
est d'Allah, il l'exécute, et si elle est de l'ennemi, il la combat.
» Tant que le coeur est plein de passion
pour l'éphémère et les illusions, il penche et s'ouvre
aux susurrements et aux insufflations du Diable. Si, au contraire, il combat
l'avidité, les passions, et adopte des comportements s'approchant de
ceux des anges, ces derniers peuvent alors s'en approcher et lui inspirer le
bien. Le Prophète disait : « Il n'y a pas un d'entre vous qui
n'a pas avec lui un diable. » Ils dirent : « Même toi,
ô Messager d'Allah ? » Il répondit : «
Même moi, sauf qu'Allah m'a aidé jusqu'à ce qu'il.
soit devenu musulman, il ne m'inspire alors que le bien. » [
Rapporté par Muslim ] Cette interaction entre les anges et les
soldats du Diable dans la bataille du coeur est perpétuelle
jusqu'à ce que le coeur soit ouvert et acquis à l'un d'entre
eux : il s'installe alors et tente de renforcer son emprise
définitivement. Purifier le coeur de tout cela consiste à
éradiquer les causes de ces maladies et les remplacer par le Vrai, car
le coeur ne peut rester vide. Jâbir ibn `Ubayda al`Adawî a dit : « Je me suis plaint à
al-A`lâ ibn Ziyâd des susurrements et des insufflations du Diable
que je ressentais dans mon coeur. » Il m'a répondu : « C'est l'exemple d'une maison par
laquelle les voleurs passent, s'ils y trouvent un butin, ils l'attaquent,
sinon ils la laissent. » Donc, tout coeur vide des passions et des
penchants pour l'éphémère est immunisé contre les
attaques du Diable, c'est le sens du verset qui dit : { Sur Mes serviteurs, tu n'auras aucune
autorité, excepté sur celui qui te suivra parmi les
dévoyés.} [ Sourate 15 - Verset 43 ] { Il (Satan) n'a aucun pouvoir sur ceux
qui croient et qui placent leur confiance en leur Seigneur. Il n'a de pouvoir
que sur ceux qui le prennent pour allié et qui deviennent associateurs
à cause de lui.} [ Sourate 16 - Versets 99-100 ] Les ruses et les susurrements de Satan
n'ont guère de place dans un coeur soumis. C'est le seul chemin qui
mène à Allah . À l'opposé, existent les chemins
qui mènent à l'Enfer et qui sont bien évidemment
nombreux, ce qui a fait dire à juste titre à Ibn Mas'ûd : « Un jour, le Prophète
a dessiné un trait droit et a dit : " C'est le chemin d'Allah
" et Il a tracé d'autres traits des deux côtés du premier
et a dit : "Ce sont des sentiers, à la tête de chacun
d'entre eux, un démon y appelle " ... Les ruses de Satan sont multiples. Il
commence d'abord par les sentiments les plus subtiles du coeur pour enjoliver
le mal qu'il cache parfois derrière un bien, jusqu'à ce que le
serviteur succombe, et par le même processus, il continue
jusqu'à le faire tomber dans l'associationnisme (shirk). La conscience de la présence divine Donc, il est de première
importance de scruter son coeur à tout instant et de vérifier
ses intentions et ses décisions avant d'agir en ayant conscience de
l'omniprésence d'Allah (murâqabatu-llah) ; cela consiste
à se souvenir du regard permanent d'Allah et contrôler la
conformité de nos intentions et de nos actes. Aussi, après l'acte, faut-il
encore scruter son coeur pour savoir si l'acte a été totalement
fait pour Lui et conformément à ce qui Lui plaît,
après quoi il faut s'auto-critiquer, voire s'auto-juger : c'est
al-muhâsaba (se rendre des comptes). Umar ibn al-Khattâb disait : « Jugez-vous, vous-même,
avant qu'on ne vous juge et pesez vos actes avant qu'on ne les pèse
pour vous... » Le Prophète a dit : «
L'exemple du coeur est celui d'une plume dans une terre déserte que
les vents font tournoyer de tous côtés. » [
Rapporté par Al Bayhaqî et Tabarânî. ] Ces changements rapides des états
du coeur ne sont perçus que par ceux qui, conscients de la
Présence divine, scrutent leurs coeurs et sont attentifs à
leurs états intérieurs ; ceci n'est rendu aisé que par
la grâce divine accordée à ceux qui se remettent et
placent leur confiance en Allah : { Celui qui donne, tout en étant
pieux et déclare véridique la plus belle récompense,
Nous lui facilite-rons la vie au plus grand bonheur. } [ Sourate 92 -
Verset 5-7 ] |
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