|
|
Rapport
Moral du Président
|
De la part de Edmond Thanel, président
|
Aux adhérents
|
|
OBJET : Rapport moral Assemblée générale 2007
|
16 April 2008
|
Chers adhérents, Parents, amis
C’est
un moment particulier que nous célébrons aujourd’hui. En effet, j’ai l’honneur
de présider la 20ième assemblée générale du Théâtre De L’An Demain.
Dans le midi, les soirs d’hiver, la tradition voulait qu’on se réunisse dans
les cafés, salles des fêtes ou autres lieux de convivialité pour participer au
loto. Chaque numéro pioché dans l’urne nous valait un commentaire explicatif ou
imagé du préposé à l’animation et pour le chiffre 20, son visage s’éclairait tout en inspirant la
nostalgie et les souvenirs ; le commentaire qui l’accompagnait était le
suivant : 20, comme 20 ans... ah ! Le bel âge !
20
ans qui, pour le TDLAD, ont vu passer presque trois mille adhérents. 20 ans qui
ont vu petit à petit cette association à l’origine confidentielle -nous étions
7 fondateurs- passer du statut
d’association à celui de compagnie puis d’Académie pour regrouper
aujourd’hui ces termes dans un triptyque qui chaque année est à
redéfinir : Eduquer, Produire, Partager. 20 ans qui ont vu aussi se
succéder une trentaine d’élus dans son conseil d’administration. 20 ans,
auxquels on peut encore associer ces quelques chiffres :
-
presque 10000 heures de cours et ateliers
-
35 pièces produites (créations,
classiques, contemporaines) et jouées 20 fois en moyenne, plus de 70 fois pour
certaines
-
Plus de cent spectacles de fin d’année
-
plus de 1000 représentations
-
plus de 60000 spectateurs
-
plus de 100 festivals locaux, régionaux, nationaux et internationaux fréquentés
en France (dont Avignon) et en Autriche, au Maroc, en Inde, au Québec, en
Russie…bientôt à La Réunion
-
20 intervenants professionnels engagés ou salariés sur cette période pour les cours, les ateliers, les stages, les
régies, les mises en scène…
-
18 actions ou projets à caractère social : Classes CLIS, CLA,
interventions en milieu solaire, en milieux défavorisés, aide aux associations
caritatives….
Ce
n’est pas si mal ! Et pourtant peut-on
s’en satisfaire ? ….Je vous le dis sans détour ; tout est
encore à faire. Nous sommes encore devant un champ immense, comme un arbre au
milieu de la Beauce. Il y a tant à faire si l’on voulait bien se mettre
ensemble pour valoriser tout ce que peut apporter le théâtre aussi bien en tant
qu’élément de culture qu’en tant qu’outil de communication entre les êtres, de
lien avec la lecture, l’histoire, en tant qu’outil de sensibilisation à
l’écoute, à la littérature, à l’écriture, à l’espace, au temps, en tant
qu’outil de développement de soi, de sa perception du monde et enfin outil
d’émancipation. Le théâtre est à la fois le simple rapport d’un individu
collectif « le public » avec une histoire, non pas dite mais vécue,
et à la fois une porte ouverte sur le
passé, la compréhension, le libre arbitre et donc sur la création.
Le
Théâtre, à mon sens, devrait (au même titre que l’art en général), s’inscrire
dans un processus lui permettant de participer à tisser des liens entre
apprentissage et curiosité, entre les différents lieux de vies (familiale,
scolaire, professionnelle, politique……)tisser des liens entre les générations,
c’est un spectacle vivant avec et pour tous les vivants quel que soit leur âge,
tisser des liens entre les identités (qu’elles soient culturelles, religieuses
ou confessionnelles et même nationales),
TISSER
DES LIENS,
C’est
un projet en soi, un beau projet. Un projet humain, utopiste, abstrait,
ludique, enthousiasmant et même quelquefois jouissif. Je n’oserais pas dire un
projet de civilisation (ce terme est un peu connoté en ce moment) et pourtant
cette dimension là me plait bien !
Revenons
maintenant sur terre, approchons-nous de notre territoire, de notre périmètre
d’activités. Quelle est notre expérience, notre expertise, quelles sont nos
perspectives, bref, quelle est la situation aujourd’hui ?
Concernant le premier
aspect de notre triptyque, la formation :
Nous avons maintenu, encore cette année, le rapport entre le coût de la
formation pour l’association et les cotisations demandées, mais
également nos exigences de qualité tant au niveau de la compétence de nos
intervenants, qu’à celui du contenu de l’enseignement ou de l’organisation des cours (répartition,
tranches d’âge, nombre d’élèves,…).
Nous
avons par ailleurs augmenté significativement le salaire de nos salariés. Nous
considérons que c’est une mesure de justice et nous espérons que nous y
gagnerons en retour en autant de
motivation, d’engagement et d’implication au service de nos objectifs
associatifs.
A
ce jour, le nombre d’inscrits ne permet pas d’équilibrer le budget formation. A
ceci il y a plusieurs explications : le départ, cette fois définitif je pense, de Delphine qui a décidé de vivre
pleinement sa maternité -elle a
maintenant deux enfants-, explique de
façon tout de même assez marginale la fidélité de certains adhérents à leur
professeur. La seconde explication, plus significative est une diminution
importante de l’adhésion du nombre de jeunes enfants. Il me semble que sur cet
aspect, le fait de ne plus accueillir d’enfants en dessous de huit ans a été un élément important. Nous devrons
certainement réfléchir pour la prochaine saison à réintroduire cette tranche
d’âge en engageant peut-être un intervenant formé pour ce public. Nous avons eu
enfin un nombre de partants (36) supérieur au nombre de nouveaux (24) et malgré
une fidélisation assez forte (73%), ce déficit est préoccupant pour la
pérennité des emplois générés. Une
petite enquête faite il y a quelques années montrait que l’activité
« Théâtre » était souvent pour les enfants la deuxième, voire la
troisième activité (après le sport et/ou la musique). Il semble par ailleurs
évident, que malgré des tarifs calculés au plus juste, la baisse du pouvoir
d’achat, ressenti et vécu pour beaucoup,
a eu des conséquences sur les inscriptions.
Nous
avons ainsi sur la partie « Formation » une réflexion à mener d’une
part pour identifier et comprendre et d’autre part apporter, le cas échéant des correctifs à
notre organisation afin de continuer à développer les projets autour du
théâtre.
Comme
contributions personnelles à cette réflexion,
je ferai deux propositions :
1) Quel projet transversal, associant les
communes les établissements scolaires et d’autres associations, pourrait servir
le développement de notre activité formation ?
2) Quelle participation aux manifestations
locales ? Quelle action dans notre périmètre d’activités ? peuvent permettre de valoriser et de faire
connaître la démarche de l’association destinée à créer des liens par la
formation à l’art dramatique et au spectacle vivant ?
Deuxième aspect de
notre triptyque : Produire :
J’y reviendrai plus tard, mais il nous faut retrouver un niveau d’énergie
supérieur pour accéder à de nouveaux projets de production, encore plus
ambitieux. Certes, après avoir écouté le déroulé de la saison passée, vous vous
direz peut-être : mais que lui faut’ il donc ?
Nous
avons en effet vécu une saison très riche et qui pour la première fois, m’a
permis, nous a permis de mettre en œuvre un des objectifs qui me sont
chers : Tisser des liens entre générations. Outre nos deux spectacles
récurrents « La jeune fille et la mort » et « Le légataire
universel » qui ont poursuivi leur carrière en région parisienne mais
également en province, nous sommes allés, avec l’équipe des Zucco’s à Perm, en
Russie pour défendre le théâtre français contemporain et ce fut une bien belle
expérience …mais pas seulement. Nous avons découvert tant les uns des
autres que nos coopérations risquent, si tout va bien, de se multiplier dans
les années à venir. Une amitié est née. Nous sommes allés également présenter
une création (la dernière contribution de Delphine pour le compte du TDLAD) au
festival international jeune de Monistrol sur Loire avec un groupe ados
réjouissant et de bonne humeur.
Et
puis, sur une proposition de spectacle d’Amélie (Le songe d’une nuit d’été de
William Shakespeare, très ambitieux donc !), nous avons réalisé un projet
un peu fou : Organiser une tournée à travers la France en été, avec 18
comédiens dont trois enfants, une préado, cinq ados, cinq jeunes adultes et
d’autres plus âgés, un technicien et un metteur en scène, un camion, une
remorque, trois véhicules, quelques tonnes de matériel scénographique et
technique -le spectacle étant destiné à
être joué en extérieur dans des endroits parfois improbables-, un décor, des
costumes, une dizaine de tentes, des matelas, duvets….etc.
Une
vraie expérience de théâtre itinérant avec toutes les surprises que l’on peut
avoir, de la pluie à la magie en passant par la panne, la casse, la fatigue, la
tension, les coûts de gueules et les fous rires, l’aventure humaine quoi, et
puis la rencontre chaque jour renouvelée avec un public (en tout c’est bien
plus de mille personnes qui auront vu notre songe d’une nuit d’été), avec un
spectacle, avec une communion, un RDV passion…bref un très beau souvenir que
j’aimerais vous faire partager (pour celles et ceux qui n’ont malheureusement
pas pu nous rejoindre à l’une de nos étapes)…Nous allons penser à une
restitution sous forme d’expo photo/projection…c’est une idée que je propose en
tout cas.
Cette
saison bien chargée a « pompé » si je peux me permettre ce terme, pas
mal d’énergie. Il faut penser à retrouver celle-ci mais cela ne sera pas sans
qu’au niveau des adhérents ou des proches on ne s’approprie l’objet en
participant à régénérer et les idées et
l’envie d’aller toujours plus loin avec le TDLAD.
En
attendant, Le Légataire pourrait retrouver, sous certaines conditions, une
seconde vie puisqu’il nous est proposé de le jouer éventuellement à la Sorbonne
en cours de saison, « La jeune fille et la mort » va poursuivre son
chemin qui passera cette année par l’Ile de la Réunion et enfin un de nos
groupes « projet » travaille sur une pièce de Fabrice Melquiot (un
jeune auteur contemporain), dont le
titre est « KIDS » et qui nous promet beaucoup d’émotion et j’espère
une longue carrière.
Dernier
aspect ; « Partager » : Comme je le proposais plus haut, j’espère que
l’on pourra réaliser une restitution du projet 2007 de théâtre itinérant dans
le cadre... et là je commence à rêver, je vis d’espoir... dans le cadre disais-je
de l’organisation d’une manifestation plus large marquant, par exemple, les
vingt ans du TDLAD... où l’on pourrait également revisiter le passé, projet
roulotte, projet Inde, expo, projections, extraits de pièces....si nous sommes
assez nombreux pour l’imaginer, assez nombreux pour en accepter le challenge,
j’apporterai ma pierre bien entendu.
Les
Théâtrales 2008 seront normalement maintenues. Nous sommes même invités à les
produire une nouvelle fois au centre culturel de Dourdan où avait déjà lieu la
7ième édition en septembre 2007. Ce fut sans doute la programmation
la plus enlevée et la plus aboutie. 15 compagnies dont trois étrangères et de
nombreuses venues de province, sélectionnées pour la qualité de leur travail,
ont encore défendu avec passion le
Théâtre qui n’a d’ « amateur » que le nom.
Pour
celles et ceux qui ne connaissent pas cet évènement, il s’agit d’un festival
amateur de rencontres théâtrales proposant une programmation exigeante avec
pour but de partager et de faire aimer le théâtre (18 spectacles cette année).
Il
y a quatre ans encore, nous organisions trois manifestations en dehors des théâtrales ; trois WE qui avait
chacun un objectif différent. Le premier, c’était le WE « coups de
cœur » ; il proposait trois spectacles professionnels que nous avions
envie de faire connaître, de partager ; le second, c’était le WE jeune,
destiné la rencontre de troupes, de groupes de théâtre jeune ; on
alternait stages et spectacles. Le troisième ; c’était le WE classique,
entièrement consacré à revisiter notre répertoire. Il y a trois ans, nous avons
abandonné le WE jeune. Il y a deux ans nous avons abandonné le WE coup de cœur
et l’an dernier nous avons abandonné le WE classique. Pourquoi ? Question
de public ? Non ; question financière ? Oui mais pas seulement,
Alors ?Pourquoi ?
Vous
l’aurez peut-être ou peut-être pas remarqué. Le ton de ce 20ième
rapport moral est davantage empreint de
nostalgie, mais aussi de fierté mais
encore de doutes.
En
effet, quand je regarde le chemin parcouru, aussi loin que je puisse voir, il y
a un projet qui avance, qui n’a cessé de grandir, de s’adresser à toujours plus
de monde. Ce projet a sans doute dépassé l’imagination même de ce que l’on
pouvait en espérer au tout départ, dans le bureau d’un avocat (l’avocat de Jean
Le Poulain quand même...vous rappelez vous ? à l’époque, en 1987, il était
directeur de la comédie française), dans un bureau louis XIV, trop grand pour
ma salle à manger. Cet avocat nous avait écrit nos statuts, nous nous
apprêtions à les signer quand il nous a confié qu’il était lui-même président
d’une association (de chasse à courre, bon, chacun ses défauts) et que le
nombre d’adhérents allait bientôt friser la centaine.... Admiration, Etonnement
de notre part...Combien nous faudra t’il de vies pour arriver à ce résultat
pensions-nous ? Cet épisode là m’est revenu lorsqu’à la rentrée de la
saison 2000/2001, lorsque nous avons
inscrit notre 123ième
adhérent. Depuis nous sommes revenus un peu en dessous de cent mais qui
peut dire quelle tournure prendra le Théâtre De L’An Demain... j’espère
tellement qu’il poursuivra sur la route du développement durable !
Pour
cela, il faut absolument le sauvegarder, le protéger, le redéfinir, se
l’approprier... puis le mettre au service des autres. Il faut CHOISIR
d’être, non plus un participant, un
adhérent, un fidèle membre actif mais un moteur au milieu d’autres moteurs pour
redonner une dynamique, un élan, une perspective, un azimut, pour lui permettre
même de retrouver son utopie.
Le
Théâtre De L’An Demain, chers amis, n’est pas le bébé d’une seule ou de
quelques personnes
Le
Théâtre De L’An Demain n’est pas une société anonyme, une SARL ou tout autre
structure à but lucratif.
Le
Théâtre De L’An Demain est une association. Elle n’existe et ne prospère que par
la volonté des membres, les associés, qui la composent.
Le
Théâtre De L’An Demain, comme toutes les associations, mais aussi comme chacun
d’entre nous a besoin d’un cœur pour vivre, le ou les cerveaux ne suffisent
pas.
Alors
aujourd’hui, j’essaie de faire vibrer mon cœur aussi fort que possible pour que
vous entendiez son appel, que vous décrochiez le vôtre, que vous fassiez don de
votre énergie et que l’on fasse ensemble bouger son corps, objet de notre
passion commune.
Le
Théâtre De L’an Demain ne vaut que s’il subsiste, que s’il s’impose à l’avenir,
que s’il propose encore et encore de découvrir, pratiquer, défendre, aimer le
Théâtre. Il est fragile, il doit se régénérer toujours. Il peut s’arrêter
demain.
Voilà
20 ans que je participe à le faire connaître, à lui donner un sens, à lui
tracer un chemin. Il faut savoir aussi passer le relais et j’ai bien plus peur
de ce pas salutaire à franchir que de tous ceux que j’ai du faire en marche
avant ou marche arrière durant ses 20 années.
Je sais qu’il est obligatoire, primordial et qu’il ne faut pas le
manquer. Cela ne se fera effectivement pas sans vous, sans l’un d’entre vous,
sans quelques-uns d’entre vous, ni sans
vous tous.
Je
ne vais pas vous abandonner, mais je souhaite faire plus de théâtre et moins
d’autres choses. Chacun sait que mon numéro de téléphone n’en restera pas moins
ouvert et que je resterai disponible pour tous ceux qui oseront prendre le
destin en charge.
L’association
en a besoin, notre communauté de vie en a besoin, notre société en a besoin.
Je ne peux conclure sans remercier tous ceux
qui m’ont supporté et/ou me supportent
encore. Merci aux membres du CA Merci à nos animateurs, merci à tous ceux qui
ont à cœur de distraire tout en se distrayant puisque tel était et reste encore
le but fondateur de cette association.
Merci
de votre attention.
Edmond
_________________________
|
|