deuxième partie

Les Initiatives et expériences conduites dans le domaine littéraire

C/ Architecture de base du Web littéraire français

Il s’agira ici, très rapidement, de donner une idée de l’ampleur prise par les expériences de diffusion de textes littéraires menées sur le média Internet. Le Web littéraire dans son ensemble (anglophone, francophone, hispanophone, ec.), et le Web littéraire français notamment, est en pleine ébullition, en pleine effervescence. Nous ne retiendrons ici que quelques sites, dont les activités vont certainement, dans les prochaines années, marquer le champ littéraire et le monde de l’édition.

1)     les revues en ligne

La Toile française regorge de sites et de blogs dédiés aux critiques littéraires (Librairing, Le Littéraire, Fluctuat, Remue.net créé par l’écrivain François Bon, la partie Web du magazine Chronicart, etc.), de plus ou moins bonne tenue, certains consacrés à des genres spécifiques (comme le Cafard Cosmique ou Mauvais genres).

Signe de ce foisonnement, depuis quatre ans la revue Fluctuat organise le salon de la revue en ligne (www.revues-electroniques.net) dont la dernière édition, intitulée Be the medias ? Play the medias, s’est déroulée le 29 mai 2005 à Paris, au Point éphémère (avec comme invités, entre autres, les éditions è®e, les éditions Manuscrit.com, Antidata, la revue des Ressources, Chaoid). Au programme : des tables rondes, des installations multimédias et des « fight pods » (échange de fichiers mp3 et sampling).

Deux revues littéraires en ligne nous semblent particulièrement importantes, du fait de la qualité des textes qu’elles diffusent et de leur articulation on-line et off-line proche du modèle de la plateforme è®e : la Revue des Ressources et Antidata. Ces deux revues fonctionnent sur le même patron : elles éditent en ligne des textes de fiction ou de réflexion sur l’art littéraire (ceux-ci font l’objet d’une sélection attentive de la part du comité de rédaction et sont librement consultables) et développent depuis peu une activité éditoriale classique, puisqu’elles publient également ces textes sous forme de livres.

Le site de la Revue des Ressources a vu le jour en 1998. La Revue existe aujourd’hui sous trois formes :

Le Revue des Ressources est une association qui s’autofinance et fait des appels à contribution pour pouvoir assurer certaines de ses réalisations. Le comité éditorial est composé de quatre membres. Son activité peut se résumer à travers les mots : collectif, hybridation, ressources libres, réseaux de partenariats.

Sur la quatrième page de sa revue-tract n°1 (imprimée en 2003), la Revue des Ressources énumère en quelques points sa nature, son fonctionnement, ses principes fondateurs. Elle s’y démarque très clairement de l’univers du Web officiel et se définit par la négative : « La Revue des Ressources n’est pas un site-portail, n’est pas un webzine, n’est pas un site commercial, n’est pas un site d’information, n’est pas un site personnel, n’est pas une vitrine. Elle tâche de filtrer et d’organiser les flux d’informations et de connaissances errant sur la Toile (…). » Elle y affiche son caractère idéaliste : « La revue conjugue les expressions individuelles et collectives. L’Internet Collectuel considère comme prioritaire l’interaction individuelle et collective. (..) De vastes espaces de liberté individuelle et collective doivent trouver place et se développer sans contrainte ni mercatique ni financière, ni technocratique ni idéologique. Une utopie est en marche. » En référence implicite à l’open access et à l’open source, elle y définit le concept d’open text proche du lyber : « Revue de contenu structurée par le logiciel libre spip, elle fonctionne selon le principe de l’open text : chaque internaute peut consulter sans restriction les textes que mettent à disposition les auteurs, ceux-ci conservant leurs droits sur leurs contributions. » Elle dit appartenir à un « mode de pensée rhizomique », elle définit bien sûr sa politique éditoriale et surtout, pour ce qui nous intéresse, réfléchit sur les articulations possibles entre l’imprimé et l’Internet et écarte d’emblée le fantasme de la disparition du livre : « L’univers du web ne s’oppose pas à l’univers du livre et de l’édition ; l’objet-livre demeure irremplaçable, support de fixation dans une mémoire écrite et une présence imprimée. La Revue envisage d’éditer plusieurs lybers, ouvrages à la fois diffusés en librairie et librement accessibles sur Internet. Parmi les premiers projets, un ensemble de textes consacrés à Lewis Carroll et à Alice, et un recueil de récits de voyage sur la ville de Lisbonne, pour lequel la revue a lancé un appel à contribution. »

La revue Antidata, dont l’ambition est de donner ses lettres d’or au genre de la nouvelle peu goûté en France, fonctionne sur le même patron que la Revue des Ressources à ceci près qu’elle n’affiche pas d’engagement du côté du Libre (mais les textes en ligne sont libres) et que les livres qu’elles publient sont commercialisés. Sur son site, Antidata distingue d’ailleurs nettement ces deux activités : sur la page d’accueil, deux larges bandeaux ; « Antidata, la revue » et « Antidata, les éditions ». À ce jour, les éditions Antidata comptent deux ouvrages dans leur catalogue. Ils sont auto-diffusés mais la vente n’est pas directe : l’internaute obtient un formulaire de commande postale sur le site.

2)     Zazieweb, la communauté des e-lecteurs.

Il nous aurait aussi fallu parler de tous les blogs d’auteurs, de tous ces blogs de passionnés ou de lettrés dont certains sont de très bonne qualité (comme le blog http://lafeuille.blogspot.com qui surveille de très près l’actualité de l’édition et de l’édition électronique et qui contient quantité de réflexions sur les mutations de l’édition en rapport avec les ntic), de tous les sites d’écriture interactive et de toutes les ressources littéraires présentes sur la Toile… Mais nous n’en avons pas ici le loisir et prétendre à l’exhaustivité est un pari intenable sur une galaxie mouvante, en constante évolution et transformation. Il nous a cependant paru nécessaire de s’arrêter rapidement sur le site littéraire français qui est certainement, pour bon nombre de lecteurs et d’acteurs du monde de l’édition, devenu Le site de référence : Zazieweb.

Zazieweb cumule plusieurs fonctions :

Zazieweb a créé le Prix de la petite édition et concentre une grande partie de ses forces à la promotion des petits éditeurs de littérature. Voilà donc un site Internet dédié à la promotion de la chose imprimée ! Signe de reconnaissance, le quotidien Liberation.fr organise chaque jeudi, en partenariat avec Zazieweb, un Chat littéraire avec un écrivain.

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